“Nous sommes des explorateurs en politique”

“Nous sommes des explorateurs en politique”

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
 
ENTRETIEN – Le réseau citoyen de Grenoble fête sa pre­mière année d’existence. Ce ras­sem­ble­ment, ini­tia­le­ment infor­mel, de plu­sieurs col­lec­tifs mili­tants gre­no­blois s’est pro­gres­si­ve­ment struc­turé avec l’objectif avoué de peser sur l’élection muni­ci­pale de 2014. Quelques jours avant l’assemblée géné­rale qui défi­nira la stra­té­gie de cette année élec­to­rale, leurs porte-parole Alain Denoyelle, Martine Jullian et Pascal Clouaire nous ont confié les pre­mières unions envi­sa­geables, leur « phi­lo­so­phie poli­tique » et leur diag­nos­tic de la situa­tion municipale.
 
 
 
© Nils Louna

© Nils Louna

Le réseau citoyen a vu le jour en juin 2012 grâce à la ren­contre de mili­tants gre­no­blois (de Mounier, Esplanade, Villeneuve, de conseils de quar­tier, etc.) et suite à un constat com­mun de « décon­nec­tion des élus ». Il a depuis reçu le sou­tien de plu­sieurs cen­taines de Grenoblois.
Ses orga­ni­sa­teurs reven­diquent aujourd’hui l’héritage des groupes d’action muni­ci­pale (GAM), fon­dés par Hubert Dubedout dans les années 60, avant son acces­sion au fau­teuil de maire de Grenoble. Deux autres élé­ments entrent dans le « code géné­tique » de cette struc­ture : l’implantation poli­tique locale, sans objec­tif natio­nal, et l’échéance du scru­tin muni­ci­pal comme finalité.
 
 
Présenterez-vous une liste auto­nome à l’élection muni­ci­pale de Grenoble ?
 
Notre seule cer­ti­tude, c’est notre volonté de peser sur le scru­tin et de ne pas ter­mi­ner le reste du man­dat dans une oppo­si­tion che­villée. Pour influen­cer la poli­tique muni­ci­pale, il faut appar­te­nir à une majo­rité capable de l’emporter au pre­mier tour. Cependant, nous serons très vigi­lants à ne pas com­pro­mettre nos idées dans des alliances poli­ti­ciennes. Nous sommes des explo­ra­teurs en poli­tique. Nous n’aurons pas une can­di­da­ture de témoi­gnage, après toute une année de tra­vail à la ren­contre des Grenoblois qui attendent que nous por­tions leur déception.
 
 
© Nils Louna
© Nils Louna
Êtes-vous déjà en dis­cus­sion avec des par­tis poli­tiques ? L’UMP38 vous accuse notam­ment d’être pilo­tés par l’Association démo­cra­tie éco­lo­gie et soli­da­rité (Ades).
 
Cette polé­mique lan­cée par l’UMP38 est typique des méthodes d’Alain Carignon. Mais en essayant de salir notre réseau par de fausses accu­sa­tions, celui-ci se décré­di­bi­lise, si c’est encore néces­saire, et nous offre une visi­bi­lité ines­pé­rée. Concernant les rap­pro­che­ments avec d’autres orga­ni­sa­tions, nous sommes en rela­tion avec plu­sieurs struc­tures sans aucun enga­ge­ment. Europe-Ecologie les Verts a sou­haité nous ren­con­trer et nous avons sol­li­cité Stéphane Gemmani et le ras­sem­ble­ment citoyen qu’il coor­donne pour nous pré­sen­ter à eux. Nous par­ta­geons des posi­tions sur plu­sieurs thé­ma­tiques, mais il n’y a actuel­le­ment aucun échange pro­gram­ma­tique, seule­ment des dis­cus­sions de fond.
 
 
Certains membres du réseau citoyen sont enga­gés poli­ti­que­ment. N’y a‑t-il pas conflit d’intérêts ?
 
Nous n’avons aucune gêne lorsqu’ils par­ti­cipent au réseau de façon indi­vi­duelle et non pas sous l’é­ti­quette d’un parti qui les man­date pour nous ren­con­trer. Cependant, nous avons demandé à la tren­taine de membres du bureau de s’exprimer publi­que­ment au nom du réseau citoyen et d’aucune autre for­ma­tion poli­tique. Le réseau citoyen doit être leur éti­quette privilégiée.
 
 
© Nils Louna

© Nils Louna

Êtes-vous pré­pa­rés à la rudesse d’une cam­pagne élec­to­rale et à assu­mer le finan­ce­ment que cela représente ?
 
Nous avons conscience des dif­fi­cul­tés, ainsi que des méthodes uti­li­sées par d’autres for­ma­tions pour désta­bi­li­ser leurs adver­saires, mais nous n’avons pas connu l’épreuve du feu. Peut-être est-ce un avan­tage. Les élec­teurs recon­naî­tront notre posi­tion­ne­ment, qui consiste à ne pas entrer dans des luttes poli­tiques intes­tines. Nous ris­quons cepen­dant d’en être la cible et serons sur nos gardes. Le com­bat est pri­mor­dial pour nous sur le plan des idées, mais nous n’avons aucune dépen­dance vis-à-vis des résul­tats, contrai­re­ment aux gros par­tis. Nous sou­hai­tons prendre le pou­voir à Grenoble et non uti­li­ser cette élec­tion comme un trem­plin vers le cumul de man­dats locaux ou nationaux.
Le finan­ce­ment pas­sera inévi­ta­ble­ment par des emprunts, dont la somme dépen­dra de notre stra­té­gie. Cependant, même si les finan­ce­ments de cam­pagne sont enca­drés et pla­fon­nés, toutes les listes ne partent pas sur un pied d’égalité. La majo­rité sor­tante a pris les devants en fai­sant finan­cer par les Grenoblois, à hau­teur d’environ 200 000 euros, l’exposition Grenoble Factory qui était une habile cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion expo­sant les chan­ge­ments de la ville sous la man­da­ture de Michel Destot. La meilleure preuve, c’est que l’exposition s’est clô­tu­rée le 28 février, soit un jour avant que cela ne soit pris en compte dans les frais de cam­pagne du can­di­dat sortant.
 
 
Avoir plu­sieurs fonc­tions exé­cu­tives dis­cré­dite-t-il la parole politique ?
 
Cela éloigne les res­pon­sables poli­tiques des pro­blèmes quo­ti­diens de leurs élec­teurs. Le cumul des man­dats est une des rai­sons de ce dis­cré­dit, mais la pro­fes­sion­na­li­sa­tion des car­rières poli­tiques éga­le­ment. Comment ne pas dou­ter de l’implication muni­ci­pale des élus quand ils par­tagent leur temps avec d’autres res­pon­sa­bi­li­tés élec­tives ? Lorsque Michel Destot ouvre le conseil muni­ci­pal par une demi-heure de dis­cours sur la situa­tion éco­no­mique natio­nale et inter­na­tio­nale, cela laisse un goût amer de dés­in­té­rêt des pro­blèmes locaux.
 
 
© Nils Louna

© Nils Louna

Quelle dif­fé­rence entre le popu­lisme des­truc­teur et sa forme créatrice ?
 
C’est la force de pro­po­si­tion. Derrière les cri­tiques, il faut sou­mettre des solu­tions rai­son­nées et lucides. Ne pas for­mu­ler de pro­messes irréa­li­sables. Sur la ques­tion de la sécu­rité par exemple, nous refu­sons les rac­cour­cis xéno­phobes et ceux qui dressent un lien entre pau­vreté et délin­quance. Notre solu­tion à ce pro­blème passe davan­tage par l’éducation à la citoyen­neté dès le plus jeune âge, plu­tôt que par l’ap­port d’une réponse tech­nique avec l’ar­me­ment des poli­ciers muni­ci­paux ou la vidéo­sur­veillance, déma­go­giques et élec­to­ra­listes. Ce sont ces mesures-là qui sont popu­listes en stig­ma­ti­sant des popu­la­tions et en pro­vo­quant une esca­lade de la violence.
 
 
© Nils Louna

© Nils Louna

Mais les repré­sen­tants poli­tiques ont été élus sur la base d’un pro­gramme. Remettre en cause les déci­sions, n’est-ce pas indi­rec­te­ment remettre en cause le pro­ces­sus démo­cra­tique qui les a ins­tal­lés à des fonc­tions exécutives ?
 
Ecouter les citoyens en cours de man­dat per­met aussi d’ajuster sa poli­tique en fonc­tion de l’attente des élec­teurs. Lorsque des col­lec­tifs, des oppo­si­tions ou des luttes réunissent plu­sieurs mil­liers de per­sonnes, il est légi­time d’entendre leurs remarques et de les prendre en compte. Les alertes citoyennes for­mu­lées au sujet de la carte sco­laire inégale ou du pro­jet d’aménagement de l’Esplanade doivent être entendues.
C’est éga­le­ment le rôle des citoyens de prendre la parole quand des enga­ge­ments sont bafoués. Michel Destot avait fait la pro­messe de cam­pagne de ne pas aug­men­ter les impôts locaux mais a renoncé, dès le pre­mier conseil muni­ci­pal, en fai­sant voter une aug­men­ta­tion de 9%. Dans le cas d’une aug­men­ta­tion légi­time, les citoyens doivent être asso­ciés à une déci­sion quand un enga­ge­ment est réexa­miné. Concernant la Villeneuve, la pro­messe de cam­pagne for­mu­lait qu’il n’y aurait aucune des­truc­tion, alors que le pro­jet archi­tec­tu­ral d’origine est aujourd’hui détruit par la refonte du quar­tier. Ce sont autant de renon­ce­ments et d’abus de la parole publique qui font explo­ser le popu­lisme et l’abstention.
 
 
© Nils Louna

© Nils Louna

Comment le réseau citoyen peut-il trou­ver sa place dans le pay­sage poli­tique face à de grosses for­ma­tions dis­po­sant de moyens de com­mu­ni­ca­tion, finan­ciers et humains ?
 
Nous pou­vons inté­res­ser une popu­la­tion désa­bu­sée qui n’a plus confiance en la parole poli­tique, en garan­tis­sant que notre volonté poli­tique s’arrête à l’échelle muni­ci­pale. Par ailleurs, Grenoble dis­pose d’une spé­ci­fi­cité par l’existence de mou­ve­ments poli­tiques locaux qui pro­fitent d’une consé­quente assise popu­laire. Les GAM d’Hubert Dubedout, dont nous nous récla­mons, ont connu un grand suc­cès dans les années 60 et Go Citoyenneté à la fin des années 1990. Aujourd’hui, l’ADES conti­nue encore de faire un tra­vail de fond effi­cace. Les réseaux citoyens sont dans l’air du temps, puisque d’autres for­ma­tions iden­tiques germent ailleurs, comme à Echirolles, Avignon ou Saint-Etienne. Cela tra­duit une volonté des citoyens de reprendre en main la poli­tique locale, détour­née par les grands par­tis pour ser­vir de vitrine ser­vant des pré­ten­tions nationales.
 
Propos recueillis par Victor Guilbert
 
 
Le réseau a accepté de se plier à l’exercice de l’interview, sous réserve que plu­sieurs membres soient pré­sents, pour res­ter fidèle à l’esprit col­lec­tif de cette struc­ture. L’entretien a été réa­lisé le jeudi 13 juin dans le Jardin de ville. Il n’a pas été sou­mis à relecture.
 
 - Consultez ici les autres entre­tiens poli­tiques du Dimanche de Place Gre’net. 
 
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

VG

Auteur

A lire aussi sur Place Gre'net

Réseau 5G photo d'ADMC Pixabay license
A Grenoble, berceau de la “smart city”, les Verts demandent un moratoire sur la 5G

  DÉCRYPTAGE - Estimant la 5G incompatible avec la préservation de la planète, Eric Piolle, maire EELV de Grenoble réclame un moratoire sur cette technologie Lire plus

Affluence sur le réseau Tag
Gel des tarifs des transports en commun prévu à la rentrée dans l’agglomération grenobloise

  FIL INFO – Le Syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise (Smmag) vient d’annoncer un gel de ses tarifs pour la rentrée de septembre Lire plus

Mireille d'Ornano et ses 58 colistiers lors de la présentation de sa liste, samedi 29 février 2020, au parc Paul Mistral. © Anissa Duport-Levanti - Place Gre'net
La candidate de droite Mireille d’Ornano refuse tout rapprochement avec le RN

  FOCUS – Mireille d’Ornano, candidate de droite sans étiquette, a présenté sa liste samedi 29 février devant le monument des Diables bleus. L'occasion pour elle Lire plus

Olivier Noblecourt et ses colistiers (de gauche à droite : Sarah Boukaala, David Bouquet et Sophia Camerino) assurent vouloir simplement inciter à la participation au vote. © Anissa Duport-Levanti - Place Gre'net
Municipales : la liste d’Olivier Noblecourt organise un escape game citoyen

  FIL INFO – La liste de gauche Grenoble Nouvel Air organise un escape game géant (jeu d’évasion grandeur nature), gratuit et ouvert à tous, Lire plus

Des mesures pour la circulation sur le réseau TAG et l'accès aux commerces avant les fêtes
À Grenoble, la végétalisation avortée des lignes de tramway fait dérailler le calendrier des travaux

ENQUÊTE - À Grenoble, le réseau de tramway vieillit plus vite que prévu. Au retard accumulé depuis des années sur les infrastructures et le matériel, viennent Lire plus

© SMTC
Un millier de personnes ont pris le tram la nuit de la Saint-Sylvestre à Grenoble : un « bilan positif » pour le SMTC

FIL INFO - Le Syndicat mixte des transports en commun (SMTC) dresse un bilan positif de la circulation exceptionnelle des tramways durant la nuit de Lire plus

Flash Info

|

22/10

8h00

|

|

21/10

19h40

|

|

20/10

18h24

|

|

20/10

17h45

|

|

20/10

16h19

|

|

20/10

12h51

|

|

20/10

9h13

|

|

19/10

19h14

|

|

19/10

18h03

|

|

19/10

15h11

|

Les plus lus

Environnement| Des loups en plein centre-ville de Grenoble à la faveur du confinement ?

Des contrôles pour le respect des consignes de confinement. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Fil info| Confinement : à Grenoble, la police nationale a verbalisé… des policiers municipaux

Manifestation contre la loi de travail, 26 mai 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Société| Manifestation contre la loi Travail : des licornes et des heurts à Grenoble

Bois Français. © Isère Tourisme

Société| Des points d’eau pour se rafraîchir !

Témoignage d'une ancienne allocataire du RSA en Isère, aujourd'hui sans aide sociale pour avoir voulu se réinsérer en reprenant une formation.

Société| “J’ai perdu mon droit au RSA pour avoir voulu me réinsérer”

SDH - Le futur compte sur nous

Agenda

Je partage !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin