“La 6ème République serait celle des droits nouveaux”

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ENTRETIEN – Un cor­tège contre l’austérité et pour une 6ème République a défilé le 1er juin à Grenoble, et ailleurs en France, à l’appel du Front de gauche notam­ment. La conseillère régio­nale Elisa Martin, éga­le­ment membre de la direc­tion natio­nale du parti, revient sur les reven­di­ca­tions de la mani­fes­ta­tion. Elle écorne éga­le­ment les poli­tiques gou­ver­ne­men­tale et muni­ci­pale avant d’évoquer les élec­tions à venir.
 
 
 
© Véronique Serre

© Véronique Serre

Engagée très jeune dans le syn­di­ca­lisme étu­diant lors de ses études de phi­lo­so­phie à Grenoble, Elisa Martin a ensei­gné le fran­çais dans les quar­tiers popu­laires de Grenoble. Désormais adjointe au maire de Saint-Martin‑d’Hères et co-pré­si­dente du groupe Front de gauche au Conseil Régional de Rhône-Alpes, elle a notam­ment œuvré à une tari­fi­ca­tion sociale des TER et, en par­ti­cu­lier, à la gra­tuité pour les chô­meurs se ren­dant à un entre­tien d’embauche.
 
 
 
 
La France mène-t-elle une poli­tique d’austérité ? 
 
Il n’y a pas de doute à avoir et c’est parti pour durer. La com­pres­sion des ser­vices publics, la dimi­nu­tion des pen­sions de retraite et de l’assurance chô­mage, tout comme la remise en ques­tion de leur finan­ce­ment par répar­ti­tion sont autant d’exemples concrets de la gou­ver­nance d’austérité fran­çaise qu’on vou­drait nous faire pas­ser pour une simple ges­tion de rigueur.  
 
 
Quelles en sont les consé­quences sur l’économie ? 
 
L’austérité pro­voque une baisse du pou­voir d’achat, qui ralen­tit l’activité éco­no­mique, qui aug­mente le nombre de chô­meurs… Bref, c’est un cercle vicieux dont nous ne pour­rons pas nous extir­per avec la réponse actuelle du gou­ver­ne­ment. Les condi­tions ne sont pas réunies pour inver­ser la courbe du chô­mage avant la fin de l’année, comme l’a pro­mis François Hollande.  
 
 
Quelles autres mesures tra­duisent pour vous l’éloignement du gou­ver­ne­ment des réponses sociales ? 
 
© Véronique Serre

© Véronique Serre

Il s’agit plu­tôt d’une absence de mesures. Comme celle d’interdire les licen­cie­ments bour­siers. Il est inac­cep­table que des entre­prises qui font d’importants pro­fits et rému­nèrent gras­se­ment leurs action­naires aient le droit d’appliquer des plans de chô­mage par­tiel ou de licen­cier. Le gou­ver­ne­ment a éga­le­ment choisi d’enterrer la loi en faveur d’une amnis­tie sociale que nous avions pro­po­sée. Il ne s’agissait pas de pro­té­ger des per­sonnes mais d’affirmer que les syn­di­ca­listes et les per­sonnes qui militent et qui défendent des opi­nions puissent avoir la sécu­rité de ne pas être pour­sui­vis pour des actes com­mis dans le cadre de cet enga­ge­ment.  
 
 
Jean-Luc Mélenchon a pro­posé ses ser­vices de poten­tiel Premier ministre à François Hollande. Quelle est sa légi­ti­mité alors qu’il ne repré­sente pas la majo­rité des par­le­men­taires élus par les Français ? 
 
La situa­tion est trop grave pour que nous atten­dions 2017. Nous devons prendre la tête de la gauche, par les idées et par les urnes pour créer une situa­tion de coha­bi­ta­tion. Pour cela, nous devons convaincre le chef de l’Etat que le Front de gauche dis­pose de l’équipe et des solu­tions néces­saires pour nous sor­tir de cette situa­tion et prou­ver que le peuple de gauche n’est pas rési­gné. Les élec­tions muni­ci­pales et euro­péennes de l’année pro­chaine nous per­met­tront de prou­ver notre puis­sance. Une autre solu­tion est de dis­soudre l’Assemblée natio­nale, si François Hollande sou­haite assu­mer la res­pon­sa­bi­lité d’un chan­ge­ment de poli­tique. 
 
 
La mani­fes­ta­tion de samedi avait une autre reven­dication : la créa­tion d’une 6ème République. À quoi res­sem­ble­rait-elle idéa­le­ment ? 
 
© Véronique Serre

© Véronique Serre

La pre­mière mesure serait la créa­tion d’une assem­blée consti­tuante. Le peuple pour­rait élire des dépu­tés dont la seule fonc­tion serait de rédi­ger une nou­velle consti­tu­tion et non d’en tirer les avan­tages. La 6ème République serait celle des droits nou­veaux. Des droits pour les sala­riés comme l’égalité réelle de salaire entre hommes et femmes ; mais éga­le­ment des droits socié­taux et poli­tiques, comme l’égalité entre tous quelle que soit son orien­ta­tion sexuelle, ainsi que le droit de vote des étran­gers aux élec­tions locales. Nous devons retrou­ver le modèle de Jaurès d’une République uni­ver­selle et sociale. Mais en rai­son de l’urgence éco­lo­gique, le socia­lisme a besoin d’être refondé et cela passe inévi­ta­ble­ment par l’éco-socialisme. 
 
 
Quelle forme pren­drait cette nou­velle République ?
 
Notre sou­hait est celui d’une République par­le­men­ta­riste pour sor­tir de « l’oligarchie pré­si­den­tielle » actuelle, où un homme seul oriente la poli­tique.
 
 
Venons-en à la double échéance élec­to­rale de l’année pro­chaine. Olivier Bertrand d’Europe Ecologie les Verts, récem­ment inter­viewé sur Place Gre’net, consi­dé­rait que le Front de gauche s’appuyait sur les muni­ci­pales pour viser un plus haut score aux euro­péennes. Le scru­tin euro­péen est-il effec­ti­ve­ment votre objec­tif prin­ci­pal ? 
 
La ques­tion euro­péenne est pri­mor­diale puisque l’Europe est deve­nue un pro­blème alors que ce devait être la solu­tion. C’est, par ailleurs, un scru­tin natio­nal qui mon­trera que le peuple de gauche n’est pas rési­gné. Nous ne délais­se­rons pas pour autant les élec­tions muni­ci­pales qui sont plus com­plexes. Le Front de gauche pré­sen­tera une liste à Grenoble comme dans toutes les grandes villes de France dans une logique d’autonomie conqué­rante. Nous ne fer­mons tou­te­fois pas la porte à ceux qui veulent s’engager dans un pro­gramme éco-socia­liste et contre l’austérité. 
 
 
Quel regard por­tez-vous sur la poli­tique muni­ci­pale menée actuel­le­ment à Grenoble ? 
 
Pour com­men­ter les annonces récentes, l’armement de la police muni­ci­pale et la géné­ra­li­sa­tion de la vidéo­sur­veillance laissent pen­ser que le pro­blème serait l’insécurité, alors que c’est en réa­lité l’insécurité sociale contre laquelle rien n’est fait. Par ailleurs, nous sou­hai­te­rions davan­tage de clarté dans la ges­tion publique. Ce qui n’est pas le cas pour GEG [ndlr : Gaz et Electricité de Grenoble] où soixante emplois sont mena­cés d’externalisation.  
 
 
La Villeneuve fête ses qua­rante ans ce wee­kend, l’année même de son clas­se­ment en Zone de Sécurité Prioritaire par le Ministre de l’Intérieur. Comment redy­na­mi­ser posi­ti­ve­ment ces quar­tiers popu­laires for­te­ment tou­chés par le chô­mage et la pré­ca­rité ? 
 
Nous avons une attache par­ti­cu­lière avec le quar­tier de la Villeneuve fondé sur des idéaux de fra­ter­nité et de coopé­ra­tion. Son redres­se­ment passe par la réin­tro­duc­tion des ser­vices publics et la relo­ca­li­sa­tion d’emplois de proxi­mité.  
 
 
© Véronique Serre

© Véronique Serre

Lors des élec­tions, le parti socia­liste sort géné­ra­le­ment majo­ri­taire dans ces quar­tiers, mais bien loin der­rière l’abstention. Comment redon­ner à ces habi­tants confiance en la parole poli­tique ? 
 
Par notre pré­sence poli­tique et notre cohé­rence. Nous ne devons pas faire du bri­co­lage élec­to­ral au moment des élec­tions pour conqué­rir ces voix puis nous en dés­in­té­res­ser pour le reste du man­dat. Les élus doivent tenir leur enga­ge­ment, sans déma­go­gie élec­to­ra­liste. C’est alors, avec le temps, le dia­logue et la démons­tra­tion, que nous pour­rons redon­ner confiance et non par magie. 
 
 
Le pré­sident du Conseil régio­nal Jean-Jack Queyranne a demandé cette semaine à Manuel Valls d’inter­dire des groupes d’extrême droite, dont celui du conseiller régio­nal Alexandre Gabriac, exclu du Front natio­nal. Ce choix vous paraît-il judi­cieux ? 
 
Il s’agit de groupes anti­ré­pu­bli­cains, anti­dé­mo­cra­tiques et qui prônent un dis­cours raciste et homo­phobe. Ils doivent donc être dis­sous. Cela ne réglera pas le pro­blème du racisme mais c’est un signe que don­ne­rait la République en refu­sant des com­por­te­ments inac­cep­tables et illé­gaux. 
 
 
Le Front National reste-t-il l’ennemi poli­tique numéro un du Front de Gauche ? 
 
La course de vitesse des idées poli­tiques se fait contre eux, plus encore que contre l’UMP, bien que la fron­tière des idées soit désor­mais per­méable entre les deux. Mais c’est le gou­ver­ne­ment actuel, en adop­tant un dis­cours d’impuissance contre la finance et les direc­tives euro­péennes afin de jus­ti­fier l’austérité, qui favo­rise l’abstention et la pous­sée de l’extrême droite. 
 
Propos recueillis par Victor Guilbert / Photos réa­li­sées par Véronique Serre 
 
 
L’entretien a été réa­lisé à Grenoble samedi 1er juin à midi lors de l’arrivée de la mani­fes­ta­tion dans le jar­din de ville. Il n’a pas été sou­mis à relec­ture. 
 
 - Consultez ici les autres entre­tiens poli­tiques du Dimanche de Place Gre’net. 
 
 
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