“Michel Destot applique une poli­tique de droite”

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©M.Beaudoing

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ENTRETIEN – Alors qu’Europe Ecologie les Verts espère conqué­rir Grenoble l’année pro­chaine, l’écologiste Olivier Bertrand revient sur la poli­tique menée par la muni­ci­pa­lité et jus­ti­fie sa double cas­quette. A la fois conseiller géné­ral de l’Isère de la majo­rité et conseiller muni­ci­pal d’opposition à Grenoble, il assume plus que jamais cette posi­tion d’apparence contra­dic­toire face à deux exé­cu­tifs socialistes. 
Echirolles accueillait le 13 avril der­nier la conven­tion natio­nale d’Europe Ecologie-Les-Verts (EELV). Etait-ce pour mar­quer Grenoble comme la ville à prendre aux pro­chaines municipales ?
Ce n’était pas la seule rai­son. Il y a une forte implan­ta­tion éco­lo­giste à Grenoble. Pas seule­ment de l’écologie poli­tique, mais aussi des pré­oc­cu­pa­tions envi­ron­ne­men­tales quo­ti­diennes en rai­son de la géo­gra­phie alpine, de la pol­lu­tion atmo­sphé­rique et de la concen­tra­tion de « matière grise » dans le bas­sin. Le natio­nal d’EELV recon­naît notre sens de l’organisation en Isère et nous confie volon­tiers ces grands ren­dez-vous. Le parti n’a pas besoin de trans­por­ter du monde pour que les salles soient rem­plies. 
Et aussi parce que l’autonomie des éco­los est plus forte à Grenoble qu’ailleurs ?
Indéniablement ! C’est le fruit de l’histoire poli­tique gre­no­bloise. De l’époque Carignon, où les mili­tants éco­lo­gistes se sont bat­tus seuls et ont démon­tré leur capa­cité à ne jamais pas­ser du com­pro­mis à la com­pro­mis­sion. Aujourd’hui encore, nous ne sommes pas sup­plé­tifs au PS pour repeindre à la marge une par­tie de son pro­gramme en vert. Nous sommes capables de nous entendre avec d’autres for­ma­tions tout en fixant nos lignes jaunes. En 2008, Michel Destot les a fran­chies en s’ouvrant à la droite et à des membres de l’équipe Carignon. Le pro­jet de rocade nord défendu par la muni­ci­pa­lité a achevé l’éloignement.
Jean-Vincent Placé, le pré­sident du groupe EELV au Sénat voit déjà Eric Piolle, votre col­lègue conseiller régio­nal, en tête de liste. C’est ficelé ?
Il en a les com­pé­tences mais ce n’est pas à eux de le dire, il y aura un vote local à la ren­trée comme le pré­voit notre orga­ni­sa­tion. Nous envi­sa­geons qu’il soit élargi au-delà d’EELV puisqu’il y a les mou­ve­ments avec les­quels nous avons l’habitude de tra­vailler comme les alter­na­tifs et l’Association démo­cra­tie éco­lo­gie soli­da­rité (ADES)…
… L’ADES qui a apporté son sou­tien au tout jeune réseau citoyen. Vous l’avez démarché ?
Nous avons ren­con­tré ses membres, comme ils ont ren­con­tré d’autres mou­ve­ments. Ils tiennent à leur indé­pen­dance et ils ont rai­son. C’est impor­tant qu’un mou­ve­ment s’affirme avec un pro­jet avant d’entrer en dia­logue avec d’autres orga­ni­sa­tions politiques.
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© Muriel Beaudoing
Mais le réseau citoyen semble déter­miné à pré­sen­ter une liste auto­nome. Vous ne crai­gnez pas une dis­per­sion de vos voix ?
Pour modi­fier la donne à Grenoble et por­ter un pro­jet alter­na­tif, il faut se ras­sem­bler. Ensuite, à cha­cun de se fixer un objec­tif. Soit faire de la figu­ra­tion comme Jean-Luc Mélenchon en s’appuyant sur les muni­ci­pales pour atteindre les euro­péennes, soit s’impliquer sin­cè­re­ment à Grenoble.
Qui d’autre ?
Nous avons voca­tion à tra­vailler dans une large recom­po­si­tion. Depuis le Parti de Gauche jusqu’à cer­tains cen­tristes qui portent des pro­jets inté­res­sants comme Stéphane Gemmani. Ce ne sont ni l’étiquette, ni la per­sonne, mais les pro­jets et les objec­tifs com­muns qui nous intéressent.
Plus rien n’est pos­sible avec les socialistes ?
Nous avons des désac­cords fon­da­men­taux. L’actualité de la semaine les a encore révé­lés avec cette annonce d’armement noc­turne des poli­ciers muni­ci­paux. Il n’en a jamais été ques­tion en conseil muni­ci­pal, alors même que cela pose pro­blème dans la majo­rité. L’entrée en appli­ca­tion en mars 2014, en pleine cam­pagne muni­ci­pale, n’est pas ano­dine. C’est de l’instrumentalisation de ques­tions sécu­ri­taires, alors que Jérôme Safar a pré­cisé que les poli­ciers muni­ci­paux n’interviendraient pas avec leurs armes dans les quar­tiers pla­cés en Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP).
Quid de la vidéosurveillance ?
Un comité éthique a été nommé en 2010 avec l’expérimentation sur quatre sites de la ville. Nous atten­dons tou­jours le bilan qui devait être dressé avant de déve­lop­per la vidéo­sur­veillance. Le pre­mier adjoint décide seul, c’est la « méthode Safar ». La majo­rité ver­rouille plu­sieurs sec­teurs, où il sera dif­fi­cile de faire machine arrière, pour que l’inaction ne puisse pas lui être repro­chée et, sur­tout, pour infli­ger ces déci­sions lourdes aux suc­ces­seurs, si une nou­velle majo­rité venait à se des­si­ner. Nous retrou­vons le même cas de figure avec le renou­vel­le­ment anti­cipé de la délé­ga­tion de ser­vice public de GEG, dont Jérôme Safar est le pré­sident, alors qu’il était prévu en 2016.
Qui repré­sente la véri­table oppo­si­tion à Grenoble ?
La droite tient son rôle dans le rap­port de force tra­di­tion­nel mais quand on regarde la réa­lité de la vie poli­tique gre­no­bloise, on se rend compte que Michel Destot applique une poli­tique de droite. Le stade des Alpes, la rocade, les JO, la Presqu’île… Grenoble est la seule ville en Rhône-Alpes à finan­cer des pôles de com­pé­ti­ti­vité, à hau­teur de trois mil­lions d’euros par an qui cor­res­pondent à un point d’impôts.
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© Muriel Beaudoing
Le compte admi­nis­tra­tif de l’année 2012 était voté lundi en conseil muni­ci­pal. Jérôme Safar, cette fois-ci avec sa cas­quette du bud­get, s’est féli­cité des efforts de maî­trise de la dette en paral­lèle d’une aug­men­ta­tion de la sub­ven­tion du centre com­mu­nal d’action social (CCAS). Les comptes de l’année écou­lée illus­trent selon vous une poli­tique de droite ?
Il y a des dis­tinc­tions sur le CCAS et le sec­teur socio­cul­tu­rel. Pour autant, les direc­tions prises par l’équipe muni­ci­pale ne sont clai­re­ment plus des mar­queurs de gauche. La majo­rité a aug­menté très for­te­ment les impôts de 9,5 % dès la pre­mière année de man­dat pour s’assurer de pou­voir finan­cer ses grands pro­jets d’urbanisme. Et ça conti­nue avec l’agrandissement du stade Lesdiguières qui va coû­ter encore très cher à la ville de Grenoble. Le stade des Alpes, dont la fac­ture s’élève à 91 mil­lions d’euros, han­di­cape la Métro qui ne s’en remet pas à en croire le rap­port de la cour des comptes. Est-ce une prio­rité d’avoir deux grands stades à Grenoble ? Ce n’est pas une urgence de finan­ce­ment public. On n’a plus le droit de gas­piller de l’argent.
Dans l’opposition à Grenoble face aux socia­listes, mais avec eux au Conseil géné­ral et au gou­ver­ne­ment : la posi­tion des Verts n’est-elle pas trop incon­for­table au quotidien ?
Lorsque nous avons fait ce choix de rup­ture en 2008, nous ne nous sommes pas consi­dé­rés comme de l’op­po­si­tion, mais comme une mino­rité. On ne se contente pas de « taper ». On apporte aussi une alter­na­tive construc­tive. Par ailleurs, être dans une majo­rité n’implique pas d’en par­ta­ger toutes les orien­ta­tions. C’est le prin­cipe de l’autonomie contrac­tuelle d’Europe Ecologie les Verts. Cela signi­fie qu’à chaque éche­lon ter­ri­to­rial, dans chaque col­lec­ti­vité, on cherche à faire avan­cer notre pro­jet et nos idées s’il y a des atomes cro­chus. Ce n’était plus le cas à Grenoble.
André Vallini, que nous avons croisé dans les cou­loirs en venant nous a dit à pro­pos des éco­lo­gistes au conseil géné­ral : « Avec des alliés comme ça, plus besoin d’opposants ! »
Nous avons fait le choix d’être dans la majo­rité parce que nous ne sommes que deux éco­lo­gistes au conseil géné­ral. Nous ne sommes pas dans l’exécutif donc nous ne leur devons rien contrai­re­ment à ce que l’UMP38 affirme. L’indemnité de 300 euros par mois issue de l’écrêtement du Président, est actuel­le­ment la seule manière de rétri­buer le délé­gué aux nou­velles mobi­li­tés que je suis. Ce sys­tème est mau­vais, je le recon­nais, mais Jean-Claude Peyrin, lui-même pré­sident de l’UMP38 et conseiller géné­ral, l’a voté. Qu’il ne vienne pas nous don­ner des leçons. C’est une fausse affaire typique des méthodes d’Alain Carignon et de sa « cel­lule riposte ». Ils cherchent à nous salir avant les municipales.
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© Muriel Beaudoing
Alors que le pro­jet de l’achèvement du der­nier tron­çon de l’A51 entre Grenoble et Sisteron a été rou­vert par André Vallini à la fin de l’année 2012, d’au­cuns vous reprochent de ne pas vous posi­tion­ner assez for­te­ment contre ce projet.
C’est parce que je suis cer­tain que ça ne se fera pas ! L’adossement à des conces­sion­naires pri­vés pour finan­cer la tota­lité d’une infra­struc­ture est inter­dit par l’Union euro­péenne. Par ailleurs, la com­mis­sion mobi­lité 21 qui défi­nit les grandes prio­ri­tés des infra­struc­tures pour les décen­nies à venir pré­voit de repor­ter le pro­jet de trente ans. Ce qui dans la bouche de l’administration veut dire jamais. André Vallini a res­sorti ce pro­jet par pur stra­té­gie de tri­an­gu­la­tion. Pour cou­per l’herbe sous le pied de l’opposition et s’attirer les lau­riers du monde éco­no­mique. Je n’ai aucune inquié­tude sur le dos­sier de la rocade Nord non plus, ni même sur la tan­gente Est-Ouest ima­gi­née par Alain Carignon. Je peux très bien dire que des sou­coupes volantes relie­ront Grenoble à Meylan, mais ce serait démagogique.
Alors quelles solu­tions pour flui­di­fier les dépla­ce­ments dans le bas­sin grenoblois ?
Pour les mar­chan­dises, il y a la solu­tion du trans­port mul­ti­mo­dal. Mais pour l’agglomération gre­no­bloise, l’élargissement de l’A480 et l’aménagement du Rondeau même s’ils ne nous satis­font pas, sont davan­tage réa­li­sables que ces grands pro­jets. Pour le reste, ça demande des chan­ge­ments de com­por­te­ment et une révi­sion de nos méthodes de mobi­lité, non pas par une solu­tion unique de dépla­ce­ments, mais par un panel, à com­men­cer par une véri­table « poli­tique vélo » dans la ville. Notamment, des stages de remise en selles et des solu­tions d’attaches plus nom­breuses en ville.
Propos recueillis par Victor Guilbert
L’entretien a été réa­lisé ven­dredi après-midi dans le bureau d’Olivier Bertrand au conseil géné­ral. Il n’a pas été sou­mis à relec­ture. Un ajout a été fait mer­credi 22 mai pour cor­ri­ger un contre-sens dans la der­nière réponse.
- Consultez ici les autres entre­tiens poli­tiques du Dimanche de Place Gre’net. 
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VG

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