Des individus cagoulés et masqués ont lancé ds projectiles contre les forces de l'ordre, détruit du mobilier urbain et incendié des palettes. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Bilan des manifestations à Grenoble : 71 gardes à vue, 17 condamnations et 53 membres des forces de l’ordre blessés

Bilan des manifestations à Grenoble : 71 gardes à vue, 17 condamnations et 53 membres des forces de l’ordre blessés

EN BREF – Après un mois de manifestations émaillées de violences et de dégradations à Grenoble, le procureur de la République, Étienne Manteaux, a dressé, mercredi 28 octobre 2026, un premier bilan judiciaire. Les policiers ont procédé à 71 gardes à vue et la justice a prononcé 17 condamnations. Le parquet recense également 53 membres des forces de l’ordre blessés, 50 commerces pillés et 65 autres dont les vitrines ont subi des dégradations.

Un mois de manifestations et un lourd bilan matériel et judiciaire. Dans un communiqué diffusé mercredi 28 octobre 2026, le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, a détaillé les infractions commises lors des différentes mobilisations et les suites judiciaires qui leur ont été données.

Le parquet dénombre notamment 50 commerces pillés et 65 autres dont les vitrines ont été dégradées ou taguées dans le centre-ville grenoblois. Sans compter l’incendie criminel qui a ravagé la boutique de déguisements « Fêt’à Fête », avenue Alsace-Lorraine, à Grenoble, avant que le feu ne se propage à une partie de l’immeuble.

Les dégradations ont aussi touché plusieurs bâtiments publics. Des casseurs ont ainsi brisé des vitres de la mairie et du rectorat de Grenoble, endommagé des véhicules de la police municipale d’Échirolles, détruit des caméras de vidéoprotection et dégradé du mobilier urbain. De nombreux valideurs et écrans appartenant à la société publique de transports en commun de l’agglomération grenobloise ont également subi des dommages.

Les incendies de conteneurs de poubelles, plus d’un millier au total selon Grenoble-Alpes Métropole, ont, quant à eux, endommagé de nombreuses portions de chaussée, la loge du lycée Pablo-Neruda ou bien encore le portail du lycée Thomas-Edison. De nombreux véhicules stationnés ont également été dégradés, mais aussi retournés ou incendiés.

Lourd bilan pour le commerce. Un incendie criminel a ravagé la boutique de déguisements « Fêt'à Fête », avenue Alsace-Lorraine, à Grenoble, préalablement pillé. © Joël Kermabon - Placegrenet.fr

Lourd bilan pour le commerce. Un incendie criminel a ravagé la boutique de déguisements « Fêt’à Fête », avenue Alsace-Lorraine, à Grenoble, préalablement pillé. © Joël Kermabon – Placegrenet.fr

Ces dégradations avaient notamment marqué la manifestation du 17 octobre, provoquant de nombreuses réactions politiques. Face à l’ampleur des dégâts, Grenoble-Alpes Métropole avait envisagé un fonds d’urgence de 500 000 euros pour les commerçants victimes des pillages et des dégradations.

De leur côté, les acteurs économiques, l’État et les collectivités avaient annoncé plusieurs mesures, notamment des aides exceptionnelles et des restrictions géographiques des manifestations.

Les violences et les pillages ont également suscité plusieurs mobilisations citoyennes. Dès le 19 octobre, plusieurs dizaines de personnes avaient participé à un rassemblement républicain devant l’hôtel de ville de Grenoble, en l’absence de la maire Laurence Ruffin. Quelques jours plus tard, le mouvement La France résiste ! et Reconquête Isère avaient appelé à un nouveau rassemblement contre les violences et les pillages, vendredi 23 octobre.

Un impact de balle sur un fourgon de police et 53 membres des forces de l’ordre blessés

Le procureur fait également le bilan des violences ayant visé les forces de l’ordre. Des individus ont dépavé plusieurs portions de chaussée pour utiliser les blocs de pierre comme projectiles contre les policiers ou pour commettre des dégradations. Ils ont également tiré de très nombreux mortiers d’artifice en direction des forces de l’ordre.

Autre élément révélé par le parquet : les enquêteurs ont découvert un impact de balle sur le pare-chocs avant d’un fourgon de police, à la suite des émeutes du 17 octobre. Au total, 53 membres des forces de l’ordre ont été blessés au cours des opérations de maintien de l’ordre.

Gaz lacrymogènes lors de la manifestation du 24 octobre 2026 à Grenoble. © Joël Kermabon -Placegrenet.fr

Les manifestations ont également donné lieu à de nombreuses interventions des forces de l’ordre, comme le jeudi 22 octobre, lorsque les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des étudiants près du parc Paul-Mistral. Le procureur insiste toutefois sur le fait que le parquet de Grenoble n’a eu connaissance d’aucune blessure significative subie par des manifestants durant ce mois de mobilisation.

Bilan judiciaire : 71 gardes à vue et 17 condamnations, dont quatre peines de prison ferme

Face aux dégradations, aux vols et aux violences aggravés, les policiers grenoblois ont procédé à 71 mesures de garde à vue. Si les premières manifestations ont essentiellement conduit à l’interpellation de mineurs, les dernières ont davantage concerné des majeurs.

Parmi les personnes placées en garde à vue, 19 majeurs ont été déférés en vue d’un jugement. Cinq ont comparu dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), dite de plaider-coupable, et 13 en comparution immédiate. Une dix-neuvième personne a fait un malaise pendant son défèrement au tribunal et a dû être hospitalisée.

Sur les 18 personnes jugées, 17 ont été condamnées et une relaxée. L’une a écopé d’une peine d’emprisonnement ferme avec mandat de dépôt et trois autres de peines de prison ferme sans mandat de dépôt.

La justice a également prononcé onze peines d’emprisonnement assorties d’un sursis ou d’un sursis probatoire, comprenant notamment l’obligation d’effectuer un travail d’intérêt général. Enfin, deux personnes ont été condamnées à des travaux d’intérêt général à titre de peine principale.

L'heure du bilan au Palais de justice de Grenoble © Elise Bontemps - Placegrenet.fr

L’heure du bilan au Palais de justice de Grenoble © Elise Bontemps – Placegrenet.fr

Six autres majeurs devront comparaître ultérieurement devant le tribunal correctionnel. Cinq ont été présentés à un délégué du procureur pour la mise en place d’une composition pénale comprenant un stage de citoyenneté.

Des mineurs convoqués avec leurs parents pour des stages de citoyenneté

Concernant les mineurs, le parquet a déféré cinq d’entre eux devant le juge des enfants. Trois autres ont comparu devant un délégué du procureur à l’issue de leur garde à vue. Vingt et un mineurs supplémentaires ont été convoqués dès le lendemain, avec leurs parents, devant un délégué du procureur pour effectuer un stage de citoyenneté.

Toutes les procédures n’ont cependant pas débouché sur des poursuites. Le parquet en a classé neuf sans suite, faute de pouvoir établir avec certitude que les personnes placées en garde à vue avaient commis les faits reprochés. Il a par ailleurs demandé des investigations complémentaires dans trois autres dossiers.

Une enquête après qu’un individu a brandi une arme devant un commerce

Le procureur annonce également l’ouverture d’une enquête concernant des faits survenus le 25 octobre devant le Carrefour City, au 31, cours Jean-Jaurès, à Grenoble. Ce jour-là, un homme avait brandi un revolver de défense devant le commerce face à une foule hostile de casseurs, manifestement pour empêcher son pillage.

Les investigations devront notamment déterminer dans quelles circonstances cet homme s’est procuré l’arme et s’il a agi en état de légitime défense pour prévenir un délit contre les biens, au sens de l’article 122-5 du Code pénal.

Enfin, le parquet reconnaît que les forces de l’ordre ne sont pas encore parvenues à interpeller les principaux auteurs des vols aggravés, en particulier ceux qui ont brisé les devantures des commerces. Les personnes interpellées pour ces infractions sont essentiellement, selon le procureur, des voleurs d’opportunité, qui ont profité des dégradations déjà commises pour s’emparer de marchandises. Ou, pour le dire plus trivialement, des seconds couteaux.

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