REPORTAGE – Plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées jeudi 10 septembre 2026 à 18 heures devant la préfecture de l’Isère, place de Verdun à Grenoble, à l’appel du collectif StopMicro. Alors que les restrictions liées à la sécheresse ont atteint le niveau « crise » dans le secteur de Crolles et de Bernin, le collectif dénonce le régime appliqué à STMicroelectronics et réclame davantage de transparence sur le plan de sobriété hydrique de l’industriel.
Cent soixante bouteilles peintes en bleu accrochées à de longues guirlandes, une cuve d’un mètre cube posée sur la pelouse et, en toile de fond, la préfecture de l’Isère. STopMicro avait soigné sa mise en scène, jeudi 10 septembre 2026 à 18 heures, pour rendre tangible la consommation d’eau de STMicroelectronics qu’il dénonce depuis quatre ans.
Ces bouteilles symbolisaient les 160 litres d’eau potable que consommerait chaque seconde le site de Crolles, selon les données 2023 sur lesquelles s’appuie le collectif. Plus d’une centaine de personnes ont participé à ce rassemblement place de Verdun, rythmé par les chants d’une chorale militante et une batucada, avant les prises de parole.
Mais derrière l’ambiance festive, le collectif entendait surtout interpeller directement l’État. Et pour cause car, depuis sa précédente action menée en juillet 2026 contre la Dreal, la situation s’est encore tendue sur le front de la sécheresse : le secteur de Crolles et de Bernin a atteint le niveau « crise ». STopMicro juge, dès lors, d’autant plus incompréhensible le régime dont bénéficierait STMicroelectronics grâce à son plan de sobriété hydrique (PSH). Un plan dont il affirme toujours ne pas connaître le contenu.

La guirlande de bouteilles installée par les militants devant la préfecture de l’Isère. © Joël Kermabon – Place Gre’net
« Aujourd’hui, on passe à la mobilisation citoyenne, un cran au-dessus », a expliqué Baptiste, membre du collectif. L’objectif ? « Réinformer la population » mais aussi « réclamer l’accès aux documents » et demander à STMicroelectronics « de se soumettre au moins aux conditions minimales qui sont celles de toutes les autres entreprises, toutes les autres activités économiques ».
STopMicro dénonce un « deux poids, deux mesures » en pleine sécheresse
C’est cette différence de traitement supposée entre les différents usagers de l’eau que STopMicro a placée au cœur de ses prises de parole. « On a un deux poids, deux mesures : d’un côté [on est] hyper stricts avec la population et, de l’autre, [on] privilégie les industriels », a lancé devant les participants l’un des militants juché sur un réservoir d’une tonne d’eau. Baptiste a, pour sa part, décrit des restrictions « assez drastiques » touchant notamment les agriculteurs et les activités économiques.

Prise de parole des militants de STopMicro devant la préfecture de l’Isère. © Joël Kermabon – Place Gre’net
Dans certains cas, a-t-il affirmé, il n’y aurait « plus du tout d’accès possible à l’extraction […] d’eau », tandis que STMicroelectronics n’aurait, « très vraisemblablement », aucune restriction. Le collectif estime par ailleurs que cette situation préfigure des tensions plus importantes autour de la ressource. « Les conflits d’usage autour de l’eau vont s’intensifier », a ainsi présagé l’un des intervenants, jugeant « inquiétant de voir que les pouvoirs publics arbitrent toujours systématiquement [en faveur] des entreprises ».
Un plan de sobriété hydrique potentiellement soumis à aucun contrôle ?
STopMicro adresse directement cette accusation aux services de l’État, le plan de sobriété hydrique de l’industriel figurant désormais au cœur d’une bataille pour l’accès aux informations. En effet, « nous ne savons pas ce qu’il y a à l’intérieur de ce plan de sobriété hydrique », a exposé Baptiste.
Selon lui, STopMicro a demandé le document à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), qui aurait répondu ne pas l’avoir, avant de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada). « On a eu comme réponse que tout citoyen a le droit d’avoir accès à ce document, si tant est qu’il existe et soit disponible », a rapporté le militant.
Pour ce dernier, la chose est entendue : « Nous sommes dans une forme de blocage. » À noter que lors de la précédente action du collectif, la préfecture avait toutefois précisé à Place Gre’net que les entreprises assujetties à un PSH « [n’avaient] pas l’obligation de le communiquer aux services de l’État, mais [devaient] simplement le tenir à disposition en cas de contrôle ».
STopMicro s’interroge donc sur l’existence même d’un tel contrôle, affirmant que la préfecture n’a jamais demandé à STMicroelectronics de lui présenter son PSH. Les militants en déduisent que les services de l’État ne peuvent connaître ni les mesures prévues par ce plan ni, par conséquent, vérifier leur mise en œuvre.
Le rassemblement s’est achevé devant Eaux de Grenoble, place Vaucanson
Après les prises de parole place de Verdun, les militants ont poursuivi leur mobilisation devant l’agence Eaux de Grenoble Alpes, place Vaucanson. Objectif : y déposer les bouteilles de la guirlande installée quelques instants plus tôt devant la préfecture, auxquelles les participants avaient ajouté leurs propres contenants.
Le choix de cette destination n’était pas anodin. « Nous nous déplaçons en fait vers le point de départ du collectif StopMicro », explique Baptiste. En déposant les bouteilles au même endroit, STopMicro entendait ainsi établir un parallèle entre ses premières actions et la mobilisation de ce 10 septembre.

Les militants de STopMicro ont symboliquement déposé les 160 bouteilles devant l’agence des Eaux de Grenoble Alpes de la place Vaucanson. © Joël Kermabon – Place Gre’net
Quatre années durant lesquelles Baptiste considère que le collectif a néanmoins gagné en visibilité. « Nos actions ont eu un certain nombre de répercussions médiatiques […] et aussi populaires, estime-t-il. Les gens commencent vraiment à se rendre compte qu’il y a des problèmes au niveau de cette entreprise, donc il y a des choses qui bougent », a résumé le militant.
Sollicitée par Place Gre’net, la préfecture de l’Isère n’avait pas encore répondu à nos questions au moment de la publication de cet article.
STMICROELECTRONICS RÉPOND MAIS LAISSE PLUSIEURS QUESTIONS EN SUSPENS
Sollicitée par Place Gre’net, STMicroelectronics met en avant les programmes engagés sur son site de Crolles pour réduire ses besoins en eau. Le groupe rappelle que cette dernière est « indispensable à la fabrication des composants électroniques » et affirme que sa gestion durable constitue « un enjeu clé pour ST ».
Implanté en Isère depuis 35 ans, STMicroelectronics indique avoir engagé à Crolles plusieurs programmes visant à « réduire la consommation à la source, recycler, réutiliser et restituer l’eau traitée au milieu naturel ». Il affiche notamment un objectif d’au moins 60 % de recyclage à moyen terme. Parmi les investissements cités, figurent la construction d’une deuxième station de traitement des effluents liquides (STEL) et différents programmes d’efficacité hydrique.
STMicroelectronics mentionne notamment une ligne pilote de réutilisation mise en service en 2024, destinée à produire de l’eau ultra-pure à partir des eaux industrielles. Selon le groupe, cette installation lui a permis de recycler plus de 230 000 m³ entre avril et décembre 2025.
STMicroelectronics teste depuis début 2024 une ligne pilote de recyclage de l’eau sur son site de Crolles. © STMicroelectronics
STMicroelectronics annonce par ailleurs que son site de Crolles a obtenu, en août 2026, la certification de l’Alliance for Water Stewardship (AWS), après « un audit approfondi ». Le groupe précise que Crolles fait partie des six sites industriels certifiés AWS en France et qu’il est le premier à l’être selon la version 3.0 du référentiel.
La réponse adressée à Place Gre’net ne précise toutefois pas la consommation actuelle d’eau du site de Crolles, ni les dispositions contenues dans son plan de sobriété hydrique. Elle ne répond pas non plus aux questions portant sur les restrictions effectivement appliquées à ST depuis le passage du secteur au niveau « crise », ni sur un éventuel contrôle de son PSH par les services de l’État.













10 réflexions sur « Grenoble : en pleine sécheresse, le collectif STopMicro remet la consommation d’eau de STMicroelectronics au cœur du débat »
Est-ce que le ce collectif, né d’une volonté de recentrer le débat public sur l’impact environnemental de l’industrie, prend également en compte l’impact des nombreuses bouteilles en plastique abandonnées place de Verdun toujours visibles ce jour (21/09) ?
Toujours amusant de voir ces gens munis des derniers iphone pour capturer le moment (ils sont faits avec quoi vos iphone ?) et d’inonder les réseaux sociaux (bah oui grâce à quoi ?)
Tout doux 313, on se calme avec toutes ces interventions, vous utilisez bien trop les puces, alors prenez l’air et votre biclou (géolocalisable grâce à une puce ?) et allez recycler vos bouteilles plastiques place de Verdun !
Ce collectif, comme beaucoup d’autres, m’énerve. Ils parlent comme s’ils représentaient Grenoble. Ils ne représentent qu’eux-mêmes !
Ici, des milliers de gens vivent de ST, de Soitec, du CEA, de la sous-traitance. Soutenir l’emploi local et une vraie capacité de production en Europe, ce n’est pas être vendu à l’industrie.
On peut discuter de l’eau, des rejets, des hectares artificialisés… C’est légitime. En revanche, transformer ça en procès du numérique et de l’industrie, comme si la seule option sérieuse était »moins de puces, moins d’usines, moins de souveraineté » (en gros faites le mais loin loin loin), ce n’est pas un consensus grenoblois mais une ligne militante.
Les ressources, les emplois, la dépendance… Ce sont des sujets qui se discutent. Pas comme ça. Pas en bloquant les routes aux heures d’école. Pas en passant par ces collectifs en manque d’existence qui snauti-legitimise entres eux !
Bonjour, soyons honnêtes : même en mettant une pression importante sur les institutions, où est-ce qu’on discute de ces sujets que vous jugez aussi « légitimes » ?
Dans les universités de Grenoble, au CEA toutes les voix sont censurées, renseignez-vous ! Avez-vous déjà assisté à une concertation sur ces projets ? Participez à une enquête publique ? Il n’y a aucune place à la discussion. La parole qui est entendue est tout de suite ignorée, voire méprisée, dans les rapports. Et ce, même quand ce sont des organismes gouvernementaux, alors voir la réponse de ST à la MRAe…
Les médias traitent du sujet que quand il y a des actions. Et encore, quand ils en parlent, on va tout de suite nuancer avec la parole des industriels… Place Gre’net ici a fait un bon reportage ; ce qui a été fait dans le dauphiné libéré n’est pas du journalisme, mais de la propagande.
Le rôle de ce collectif citoyen, est justement d’amener des éléments et des faits pour contrer le discours général imposé. Vous voulez discuter de quoi, si personne ne mène d’enquête. M’enfin STopMicro a épluché tout le process de fabrication d’une puce. En a sorti un livre. Qui fait ça autrement ? Comment aborder le sujet de la souveraineté du numérique si on n’est même pas capable de comprendre le processus de fabrication d’une puce ?
Vous avez entendu la sortie du livre « Anatomie d’une puce », avez-vous entendu parler de toutes les enquêtes du collectif STopMicro ? Ben non, car contrairement à des actions sur la place publique, personne n’en parle, aucun média n’en fait le relais. Tout ce qui est relayé, ce sont les actions. Action qui est faite justement, car il n’y a pas de relais. Et c’est que vous retenez, c’est que le collectif ne fait que ça, emmerder les gens avec leur idéologie…
Triste monde.
ST fabrique des puces pour téléphones mobiles et les automobiles. Combien de ces manifestants ne possèdent ni mobile ni auto ?
Merci place grenet pour ce reportage !!
Le directeur adjoint de la régie des eaux lors de la précédente sécheresse : « Nous avons d’énormes volumes d’eau disponibles, bien au-dessus des besoins de la Métropole. Et même si on voit de légères variations de la hauteur de nappe, cela n’a aucune incidence sur notre capacité à fournir de l’eau ».
https://www.placegrenet.fr/2022/08/23/secheresse-le-point-sur-les-reserves-deau-potable-et-la-nappe-phreatique-de-grenoble-et-son-agglomeration/578047
Pareil que votre ami Pierre, mettez du contexte sérieux… Les glaciers qui disparaissent et la sécheresse met à mal le remplissage de la nappe, aujourd’hui et encore plus demain. On ne peut plus dire « ça va, tout baigne », il est urgent de prévoir l’avenir !
Et puis, si la nappe de Grenoble est si « OK », pourquoi les agriculteurs et les maraîchers ont-ils eu des restrictions ? Pourquoi eux et elles ne disposent pas, comme ST de la nappe de Grenoble ? Sont-ils et elles moins importants ?
C’est vrai qu’on peut plus dire « ça va, tout baigne » vu qu’il flotte de la 💩 dans l’eau du « grand splash ».
Ceux qui préfèrent la délocalisation de nos emplois! 👎🏼
Rohlala, change de disque papi ! ST n’a pas besoin d’une contestation citoyenne pour délocaliser ! Ils se débrouillent très bien tout seuls !
La suppression de postes dans la partie 200mm ST, car jugée pas assez automatisée, est symptomatique. Automatisme permis par leur magnifique « avancée technologique ».
Et puis, franchement, parler de ça quand le sujet de l’article est que les citoyens et citoyennes demandent plus de transparence…
Mais bon, vu ce commentaire et tous les autres de votre plume, on a très bien compris que Pierro était pour la déréglementation des marchés.
Je vais peut-être vous l’apprendre, mais la déréglementation, c’est ce qui provoque (et a provoqué fortement) la délocalisation…