EVENEMENT – L’artiste finlandaise Kaarine Kaikkonen expose sa carte blanche « Ne m’oublie pas » au musée Hébert, à La Tronche, jusqu’au 1er septembre 2025. Cette exposition sera aussi visible aux musées archéologique et dauphinois, à Grenoble, à partir du 19 mars. À travers des vêtements de seconde main, la peintre et sculptrice raconte une histoire personnelle… mais libre d’interprétation.
« Nous avons choisi de travailler avec Kaarina Kaikkonen car elle fait une utilisation du vêtement différente de ce que nous avons l’habitude de voir. Elle nous raconte autre chose de l’histoire de la mode », a expliqué Fabienne Pluchard, directrice du musée Hébert, à La Tronche, le 23 janvier 2025. Ce jour-là, elle accueillait Kaarina Kaikkonen dans le cadre de la carte blanche laissée à l’artiste finlandaise pour son exposition « Ne m’oublie pas ».

Kaarina Kaikkonen et Patrick Curtaud, vice-président du Département de l’Isère en charge de la culture, ont inauguré l’exposition « Ne m’oublie pas », le 23 janvier 2025. © Morgane Poulet – Place Gre’net
Visible jusqu’au 1er septembre 2025, cette carte blanche1Kaarine Kaikkonen est la troisième artiste à réaliser une carte blanche, après Rebecca Plisson et Lilian Bourgeat. est proposée dans le cadre de la saison culturelle « Des habits et nous », que porte le Département de l’Isère. Elle se décline dans trois lieux différents. Au musée Hébert, tout d’abord. Puis, à partir du 1er mars, aux musées dauphinois et archéologique de Grenoble.
Pour chacun de ces lieux, l’artiste s’est rendue sur place afin de s’imprégner de l’espace et de l’ambiance. Son travail, en constante évolution, sera ainsi différent à chaque endroit.
Une exposition textile, fruit de histoire personnelle de Kaarina Kaikkonen
« Je fais de l’art à partir de la vie de tous les jours, notamment avec de vieilles chemises, explique Kaarine Kaikkonen. Il est important pour moi d’utiliser ce matériau car mon père est mort devant moi d’une crise cardiaque lorsque j’avais 10 ans. Et quand je suis devenue adolescente, je voulais porter ses chemises. Elles me consolaient. Mais je me suis aussi dit que chaque vieille chemise avait à l’intérieur d’elle-même un cœur qui bat. Je pense qu’une partie de l’amour d’une personne reste dans ses chemises. »

Au fond, une installation représentant la mort du père de l’artiste. En premier plan, une robe d’enfant flotte, symbolisant la jeunesse de Kaarina Kaikkonen. © Morgane Poulet – Place Gre’net
Qui plus est, utiliser de vieilles chemises, régulièrement données par « la population locale », comme elle l’appelle, permet à Kaarina Kaikkonen de « communiquer avec elle ». De véritablement « faire le portrait de la communauté locale ». Un échange qui lui donne de l’énergie et nourrit littéralement son travail.
Une œuvre, des anecdotes
Chacune des installations de l’artiste raconte une période de sa vie. Une sculpture réalisée à partir de chaussures et de cuillères symbolise par exemple des histoires en lien avec sa mère. « Elle dansait beaucoup, donc j’ai souhaité utiliser des chaussures », raconte Kaarine Kaikkonen.
Il s’agit aussi pour elle d’une « vengeance ». Des cuillères soutiennent en effet les chaussures car, lorsqu’elle était jeune, la sculptrice a expliqué « ne pas manger assez, ce qui inquiétait sa mère et son école ». Chaque partie de l’œuvre résume ainsi une anecdote en lien avec sa mère.

Chaque partie de la sculpture de Kaarina Kaikkonen représente une anecdote liée à sa mère. © Morgane Poulet – Place Gre’net
Plus loin, des chemises claires s’échappent en direction du plafond d’un montage de chemises bleues. Si l’artiste s’amuse du fait qu’il peut s’agir de l’Isère, rivière tourmentée et agitée, elle a voulu avant tout représenter la mort de son père. Les chemises s’envolant ainsi progressivement du sol, de la terre, jusqu’aux cieux et l’éther.
« Ouvrez tous vos rideaux » conseille Kaarina Kaikkonen
Kaarina Kaikkonen précise avoir notamment été très inspirée par la terrasse du haut du musée. Elle y a créé des sortes de maisons en chemises. Libre à chacun de choisir celle qu’il veut occuper ou simplement traverser en fonction de son humeur du moment. Les tons froids et sombres pour les plus maussades et tristes, les tons chauds et clairs pour les plus heureux…

Chaque structure représente une maison dont l’ambiance est différente. © Morgane Poulet – Place Gre’net
Elle a mené à bien cet assemblage grâce au concours d’Emmaüs. La structure lui a en effet fourni 300 chemises. Et si Kaarina Kaikkonen souhaite passer un message aux visiteurs, c’est bien « Ouvrez tous vos rideaux ». « Les gens se cachent derrière des rideaux. Ils n’ouvrent pas leurs fenêtres vers le monde. Il faut qu’ils se tournent vers différentes cultures », glisse-t-elle.


