FOCUS – Modernité, diversité et vitalité : ce sont les maîtres mots de l’édition 2023 du Festival des Arts du récit. L’événement démarre mercredi 3 mai en Isère et durera juqu’au 12 mai. Un temps mis à mal par la crise sanitaire, il a su rebondir et s’annonce grandiose au vu des 47 artistes invités et de la richesse des propositions.
2020 et 2021 ? Deux millésimes au goût amer pour le Centre des Arts du récit. Ses habitués s’en souviennent sans doute : l’établissement avait dû renoncer, par deux fois, à l’organisation de son festival. Ouf ! Finalement relancé l’année suivante, l’événement est à nouveau de retour en 2023. Il n’y a d’ailleurs aucun risque qu’il passe inaperçu.

Le Festival des Arts du récit présente des spectacles de formes multiples. Pour favoriser une ambiance zen, il programme notamment… des séances de yoga raconté ! © François Potet
En dix jours ‘seulement’, du 3 au 12 mai, les organisateurs ont vu les choses en grand. Ils annoncent 106 rendez-vous (dont 68 spectacles) dans 77 lieux et 54 communes de l’Isère. Autres chiffres : 21 séances scolaires, six créations et une résidence artistique, quatre visites contées et deux randonnées, deux formations, une conférence et une table ronde. Stéphène Jourdain, la directrice du Centre des Arts du récit, joue sur la rime. Elle souhaite ainsi promouvoir la modernité, la diversité et la vitalité des histoires orales.
Sur scène, les artistes ne les jouent et ne les lisent pas : ils les racontent, tout simplement. « Ce n’est pas un hasard si cette année fait la part belle au répertoire classique, assurent l’organisatrice et son équipe. Revisités, les contes du Petit Poucet ou de Barbe bleue, la légende d’Ulysse ou le mythe de Psyché sont l’occasion d’explorer des problématiques aussi contemporaines que la crise écologique, la parole des femmes, la violence familiale ou les droits humains ».
Des histoires qui se racontent dans de très nombreux lieux
Tout démarre mercredi 3 mai et notamment, à Grenoble, au Prunier sauvage à 14 h 30 et à la Bobine à 18 heures. Au programme : La Bouche pleine, un spectacle de Cécile Morelle et Julien Tauber. Leur promesse : « Cuisiner et raconter des histoires de gourmandises dont on se délecte », avant une discussion-dégustation à l’issue de la représentation.
Le soir même, l’Heure Bleue (Saint-Martin-d’Hères) prévoit une autre séance gourmande. Le Dernier Ogre, de Marien Tillet, revisite un conte classique pour « pointer les absurdités et dérives de nos aspirations modernes ».

Au programme de cette édition 2023 du Festival des Arts du récit, La Bouche pleine raconte des histoires gourmandes. Discussion-dégustation à l’issue du spectacle. © Marie Cogné
Mercredi 3 mai toujours, le public pourra se rendre à la Faïencerie (La Tronche) pour Cape ou pas cap ?. Ce récit d’Aurélie Loiseau parle des héros ordinaires. Vendredi 5 mai, destination l’Amphi du Pont-de-Claix. Matthieu Epp y consulte Les Runes d’Odin pour « une expérience articulant récits nordiques, musique et jeu vidéo collaboratif ».
Dimanche 7, c’est à l’Espace Paul-Jargot (Crolles) que Jérôme Rouger dira Pourquoi les poules préfèrent être élevées en batterie. C’est le thème de sa pseudo-conférence, « métaphore hilarante de la condition humaine ». Mardi 9 mai, le Théâtre de Poche de Grenoble se tournera vers l’Orient avec Olivier Villanove. Le Retour des rois d’Iran s’appuie sur un poème épique écrit il y a mille ans et invite à découvrir un pays au prisme de sa grandeur passée.
Dans un autre genre, Tu parles, Charles ! de Karine Mazel arrive aux Archives départementales mercredi 10 mai. Objectif : s’interroger sur l’aspect ringard, sexiste et réactionnaire des contes. Le public devrait également apprécier la poésie d’Ariane Pawin, à l’Odyssée (Eybens). Une Nuit à travers la neige ? « Un spectacle émouvant pour évoquer l’abandon et l’exil », inspiré de Victor Hugo.
Un Festival qui s’adresse aux spectateurs de tous les âges
L’une des clôtures est prévue avec Jihad Darwiche et Tom Diakité, autour de L’Épopée de Soundjata. Programmé au Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas (Grenoble), ce spectacle en musique narre l’histoire du créateur de l’Empire du Mali et de la première charte des droits humains.

Programmée le dernier jour de l’édition 2023 du Festival des arts du récit, L’Épopée de Soundjata s’annonce comme un grand moment. Ce spectacle inspiré d’un poème millénaire est joué accompagné de musique malienne. © Luc Jennepin
Les contes et arts du récit s’adressent résolument à tous les publics. Le Festival joue sur leur intemporalité et leur universalité pour rassembler et créer du lien. L’occasion de mieux connaître des histoires anciennes et d’en découvrir d’autres, sous différentes formes. « Les artistes émergents seront à l’honneur et, avec eux, de nouveaux formats comme le slam, le numérique ou le dessin en temps réel. »
Pas question évidemment de réserver ces plaisirs aux plus jeunes. Le Festival parle aux adultes, qu’ils accompagnent des enfants ou viennent seuls. Les organisateurs comptabilisent toutefois « 49 propositions dédiées aux petites oreilles ». Soit « 17 spectacles pour les 0-6 ans et 32 pour les 6-10 ans », plus six pour les ados et pré-ados. Le Centre des Arts du récit inscrit ainsi son action dans une logique de transmission.
L’édition 2023 du Festival se veut représentative de ses activités tout au long de l’année : création, programmation-diffusion, formation, recherche et réflexion. Par ailleurs, les organisateurs parient sur l’originalité de certains temps forts. Les gourmands pourront par exemple opter pour un brunch conté. Autre possibilité pour une approche zen de l’oralité : participer à une séance de yoga raconté.
[Crédit de la photo de Une : François Potet]







