FOCUS – La joueuse d’ultimate Pauline Berté s’est envolée en direction des États-Unis pour disputer l’événement frisbee de l’année, les World Games. Du 12 au 16 juillet 2022, elle défendra les couleurs de ce sport encore méconnu en France.
Les plus grandes réussites découlent souvent d’un peu de hasard. Et c’est le hasard qui a mis l’ultimate sur la route de Pauline Berté, il y a six ans de cela. Celle-ci s’apprête aujourd’hui à disputer les World Games à Birmingham (États-Unis), l’équivalent des Jeux olympiques dans le monde du frisbee.
Cette compétition, la plus prestigieuse de toutes, voit s’affronter les huit meilleures nations mondiales, qualifiées à l’issue des championnats du monde. Un parcours paradoxal pour cette ancienne joueuse de badminton de haut niveau qui souhaitait, à l’origine, uniquement s’essayer au sport collectif.

Pauline Berté (en blanc) : « l’aspect athlétique de ce sport m’a tout de suite plu ». L’Ultimate consiste à se passer un frisbee, sans avoir le droit de se déplacer avec, jusqu’à l’en-but adverse. © Focus Ultimate
« L’Ultimate permet d’arriver rapidement à la compétition, de vivre de vrais bons challenges ». Cette déclaration tournerait presque à l’euphémisme au vu de l’ascension fulgurante de cette Grenobloise de 27 ans dans cette discipline.
Petit retour en arrière. En 2018, elle a participé à sa première compétition internationale, le championnat du monde des clubs, sous le maillot de l’équipe parisienne. En 2019, Pauline a décroché sa première sélection en équipe de France pour les championnats d’Europe. Et pour sa saison de reprise post-covid, la consécration : un ticket pour les World Games.
« Pouvoir partir avec mes copains grenoblois ! »
Malgré des ambitions personnelles immenses, cette année, la longiligne jeune fille poursuit un autre objectif : gagner avec son club de cœur, le Monkey Ultimate Grenoble. En effet, une semaine après les World Games, ont lieu aux États-Unis les championnats du monde des clubs.

Ultimate frisbee club des Monkey de Grenoble. DR
Il y a quatre ans, elle y concourait sous le maillot de Paris, mais pour cette édition, le club de Grenoble s’est qualifié. « Même si on n’est pas les meilleurs à l’instant t, il y a une vraie progression depuis des années et c’est une satisfaction de pouvoir partir avec mes copains grenoblois ! »
Une saison toutefois plus difficile que d’accoutumée, puisque les deux plus gros événements Ultimate de l’année vont s’enchaîner pour la Grenobloise. Elle aurait ainsi plutôt préféré préparer ces deux rendez-vous indépendamment. « Après, un seul voyage aux États-Unis, c’est plutôt une bonne chose pour mon bilan carbone ! », reconnaît-elle.
La mixité et l’auto-arbitrage : un sport pas comme les autres
L’amour du frisbee s’est révélé à cette jeune ingénieure en génie civil par plusieurs aspects. L’ultimate peut se jouer en mixte. Une équipe se compose alors de sept joueurs, en alternant quatre personnes d’un genre puis trois de l’autre. Une dimension qui force chaque équipe à réfléchir différemment à ses stratégies : « Les filles ne sont pas vues comme celles qui courent moins vite ou sautent moins haut. On essaye, sur le terrain, de tirer les meilleures qualités de chacun. »

La sélection de l’équipe de France d’Ultimate pour les World Games 2022. Une discipline encore méconnue en France puisque la fédération compte entre 3000 et 4000 licenciés. © John Kofi
L’auto-arbitrage a aussi été un atout pour cette compétitrice dans l’âme. Même au plus haut niveau, il n’y a en effet pas d’arbitres. Par ailleurs, chaque joueur est attaché au bon respect des règles. En cas de fautes, un joueur le signale immédiatement, ce qui entraîne une discussion entre les deux équipes. « L’auto-arbitrage constitue une aide pour contourner la triche. Les joueurs sont transparents avec les règles et c’est vraiment agréable de jouer dans ces conditions. »
Mais que font les sponsors ?
Le frisbee a‑t-il pour autant le vent en poupe ? Pas tellement, puisque la discipline ne s’est pas encore professionnalisée. « Quand je suis partie au championnat d’Europe en 2019, tous les frais étaient à ma charge, du voyage en passant par les maillots », confie ainsi Pauline. Sans moyens de sponsoring, les saisons restent chères pour les sportifs “professionnels”.
À noter que les World Games sont reconnus par le ministère des Sports et donnent donc droit à des subventions. Mais cela demeure une exception. Pour le championnat du monde des clubs, les 26 Grenoblois en partance pour les États-Unis devront donc payer de leur poche.
Malgré tout, Pauline Berté ne s’imagine pas une seule seconde renoncer à l’Ultimate Frisbee. Avec ce sport, elle a de nouveau atteint le haut-niveau, objectif qu’elle croyait irréaliste : « J’ai toujours eu l’impression que commencer un sport après 20 ans rendait a priori la compétition impossible », avoue la jeune femme. Mais cette discipline, compatible avec une mixité dans les genres et les niveaux, lui a bel et bien permis d’atteindre les sommets rapidement. C’est avec cet esprit dans les bagages que Pauline Berté se dirige vers les World Games, où elle représente la France, du 12 au 16 juillet 2022.


