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"Nous n'irons plus danser": le Musée de la Résistance raconte les bals clandestins sous le régime de Vichy

« Nous n’irons plus danser » : le Musée de la Résistance raconte les bals clandestins sous le régime de Vichy

« Nous n’irons plus danser » : le Musée de la Résistance raconte les bals clandestins sous le régime de Vichy

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FOCUS – Le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère présente sa nouvelle exposition temporaire, « Nous n’irons plus danser », dédiée aux bals clandestins sous le régime de Vichy. Un épisode méconnu de la Seconde guerre mondiale en France et une exposition inédite en son genre, qui sera ensuite proposée au Musée nationale de la Résistance de Champigny-sur-Marne.

 

 

Quand la bise fut venue en juin 1940, les Français n’eurent guère l’oc­ca­sion de dan­ser pour oublier l’oc­cu­pa­tion alle­mande. Quelques semaines après son ins­tau­ra­tion, le régime de Vichy inter­dit en effet les bals popu­laires, publics comme pri­vés. Ceci au nom de hautes consi­dé­ra­tions morales, le maré­chal Pétain met­tant la défaite sur le compte de « l’es­prit de jouis­sance ». Mais l’es­prit de jouis­sance est retors et les bals clan­des­tins fleu­ri­ront par­tout sur le territoire.

 

Bals clandestins. Un bal à Gosné (lle-et-Vilaine). Les photographies de bals clandestins sont par nature très rares. © Musée de la Résistance - Collection particulière

Un bal à Gosné (lle-et-Vilaine). Les pho­to­gra­phies de bals clan­des­tins sont par nature très rares. © Musée de la Résistance – Collection particulière

 

C’est à cet épi­sode peu connu de l’his­toire de la Seconde guerre mon­diale que le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère consacre sa nou­velle expo­si­tion tem­po­raire, « Nous n’i­rons plus dan­ser », jus­qu’au 3 jan­vier 2022. Le musée isé­rois est le pre­mier à abor­der cette thé­ma­tique, tant et si bien que l’ex­po­si­tion sera ame­née à voya­ger. Notamment au Musée de la Résistance natio­nale de Champigny-sur-Marne à l’été 2022.

 

 

Une manière pour Vichy d’asseoir son autorité

 

Dédier une expo­si­tion aux bals clan­des­tins durant la Seconde guerre mon­diale, c’est rap­pe­ler l’im­por­tance de la danse à cette époque. La direc­trice du Musée Alice Buffet et son chargé des col­lec­tions Antoine Musy décrivent une France de l’entre-deux-guerres où les bals ont pris une dimen­sion essen­tielle dans toutes les classes sociales. Une véri­table « dan­so­ma­nie » autour de la valse, de la java, mais aussi du tango, de la rumba ou du fox-trot.

 

Les bals clandestins. Alice Buffet présente l'exposition au président du Département Jean-Pierre Barbier © Florent Mathieu - Place Gre'net

Alice Buffet pré­sente l’ex­po­si­tion au pré­sident du Département Jean-Pierre Barbier. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Difficile dès lors de renon­cer à la danse une fois l’in­ter­dic­tion pro­cla­mée. Les bals clan­des­tins font alors leur appa­ri­tion, répri­més par un régime de Vichy qui y voit une manière d’as­seoir son auto­rité, alors que ses pré­ro­ga­tives ne cessent de dimi­nuer sous l’au­to­rité de l’oc­cu­pant alle­mand. Les gen­darmes traquent les bals en milieu rural, avec plus ou moins de zèle. Les peines encou­rues ? Des amendes, la plu­part du temps. Ou, plus grave, la confis­ca­tion des ins­tru­ments de musique.

 

Difficile de mesu­rer le zèle des gen­darmes pour faire la chasse aux bals clan­des­tins. Quant aux forces alle­mandes, elles se sou­cient bien peu pour leur part de cette inter­dic­tion. Au contraire, le musée expose un compte-rendu rela­tant une alga­rade entre gen­darmes et sol­dats alle­mands : ces der­niers n’a­vaient pas appré­cié de voir les mili­taires fran­çais ten­ter de mettre fin à un bal… ou eux-mêmes s’é­taient invi­tés à danser.

 

 

Une profusion de documents

 

Les bals clan­des­tins sont-ils une éma­na­tion de la Résistance ? Pas du tout, insiste Alice Buffet. Si des jeunes sor­ti­ront par­fois du maquis pour aller dan­ser et si des résis­tants pren­dront la pose avec un musi­cien, les bals ne s’ins­crivent pas dans cette dimen­sion. Mais cer­tains n’é­chap­pe­ront pas aux tra­gé­dies, comme ce bal du châ­teau d’Habère-Lullin en Haute-Savoie, le soir de Noël 1943, théâtre d’un mas­sacre com­mis par la police allemande.

 

En Corrèze, des résistants prennent la pose avec un accordéoniste © Musée de Tulle

En Corrèze, des résis­tants prennent la pose avec un accor­déo­niste. © Musée de Tulle

 

Quant à la Libération, elle ne mar­quera pas le retour immé­diat des bals. « La joie et la fête passent plus par les défi­lés mili­taires, les défi­lés de résis­tants », explique Alice Buffet. Les bas, eux, res­te­ront inter­dits plu­sieurs mois sous l’au­to­rité du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire, avant d’être à nou­veau auto­ri­sés à comp­ter du 1er mai 1945.

 

Si l’in­ter­dic­tion des bals popu­laire peut sem­bler anec­do­tique de prime abord, le Musée de la Résistance démontre, au tra­vers d’une pro­fu­sion de docu­ments, com­bien elle entre en réso­nance avec la réa­lité de son époque. Entre la répres­sion poli­cière d’un régime en mal d’au­to­rité, la chasse aux jeunes zazous ou l’ins­tau­ra­tion d’une bureau­cra­tie stricte pour les pro­fes­seurs de danse, l’ex­po­si­tion rap­pelle l’ab­sur­dité comme la cruauté de ce pan de l’Histoire de France.

 

 

Bals clandestins d’hier… et d’aujourd’hui

 

Et pour mieux rat­ta­cher la thé­ma­tique à des temps plus proches de nous, le Musée a choisi de conclure le par­cours sur quelques faits mar­quants des décen­nies qui allaient suivre. Quand les blou­sons noirs dan­saient le rock sur des débris de chaises, quand des hip­pies orga­ni­saient des fes­ti­vals sau­vages, sans oublier les squats punks, les rave party… ou la charge de poli­ciers contre des dan­seurs, un soir de Fête de la Musique à Nantes.

 

Contrairement aux idées reçues, les Français devront attendre plusieurs mois avant de pouvoir danser après la Libération © Collection Ille-et-Vilaine

Contrairement aux idées reçues, les Français devront attendre plu­sieurs mois avant de pou­voir dan­ser après la Libération. © Collection Ille-et-Vilaine

 

Faut-il encore éta­blir un lien entre les bals clan­des­tins sous l’oc­cu­pa­tion et les fêtes pri­vées clan­des­tines orga­ni­sées en pleine pan­dé­mie de Covid-19 ? Alice Buffet sait per­ti­nem­ment que d’au­cuns ne man­que­ront pas d’é­ta­blir un paral­lèle et se pré­mu­nit de toute polé­mique sté­rile : toute coïn­ci­dence est pure­ment for­tuite, le tra­vail sur l’ex­po­si­tion ayant débuté bien avant la mise en place des restrictions.

 

Florent Mathieu

 

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