À Grenoble-Le Versoud, l’hélicoptère de secours Dragon 38 pourra désormais approcher sans visibilité directe

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FOCUS – Le terrain de Grenoble-Le Versoud devient le premier aérodrome en France à être doté d’une procédure d’approche IFR (aux instruments, sans visibilité directe) dédiée aux hélicoptères. De quoi faciliter le travail des spécialistes du secours en montagne qui opèrent en hélicoptère biturbine Dragon 38. Tout en compliquant celui des usagers en vol à vue (VFR).

 

 

Trente passagers ont dû être hélitreuillés via un hélicoptère de la sécurité civile par les pompiers du Grimp suite au déraillement d'un câble porteur des bulles le téléphérique de la Bastille à cause du vent violent le 29 juin 2014. © Joël Kermabon - placegrenet.fr

Évacuation des Bulles de Grenoble avec un héli­co­ptère de la Sécurité civile. © Joël Kermabon – placegrenet.fr

Il aura fallu trois ans de tra­vail et d’é­changes entre la Direction géné­rale de l’a­via­tion civile (DGAC) et la Sécurité civile pour que le ter­rain de Grenoble – Le Versoud obtienne cette qua­li­fi­ca­tion : la nou­velle pro­cé­dure d’ap­proche IFR (vol aux ins­tru­ments et pas à vue) impli­quant une série de manœuvres pré­dé­ter­mi­nées.

 

L’aérodrome accueille la base héli­co­ptère de la Sécurité civile de Grenoble, créée en 1957. Il s’a­git de « la pre­mière base héli­co­ptère en France dédiée au secours ». Elle emploie toute l’an­née cinq pilotes et cinq méca­ni­ciens opé­ra­teurs de bord. Ces spé­cia­listes du secours en mon­tagne opèrent au moyen d’un héli­co­ptère bitur­bine EC 145, sur­nommé Dragon 38. Un appa­reil jaune et rouge que l’on voit régu­liè­re­ment dans le ciel gre­no­blois.

 

Un second héli­co­ptère du même type l’ac­com­pagne, basé à l’altiport de l’Alpe‑d’Huez durant les six mois de haute sai­son tou­ris­tique. L’activité de la base héli­co­ptère est essen­tielle, avec « près de 1 400 mis­sions chaque année ». Soit 40 000 secours depuis la créa­tion de la base.

 

 

Une procédure innovante liée à une évolution technologique récente

 

La nou­velle pro­cé­dure d’ap­proche aux ins­tru­ments IFR « Point In Space – PinS » est dédiée aux héli­co­ptères des opé­ra­teurs auto­ri­sés. Pour l’ins­tant, seuls les pilotes de la Sécurité civile de Grenoble et d’Annecy l’emploient. Mais à terme, elle pour­rait béné­fi­cier à d’autres. La gen­dar­me­rie, par exemple.

 

A Grenoble-Le Versoud, Dragon 38 obtient l'approche IFR Grenoble sous les nuages. @Leo Graff - Placegrenet.fr

Grenoble sous les nuages.
@Leo Graff – Placegrenet.fr

Son inté­rêt ? Lors de la for­ma­tion d’une « mer de nuages » dans la val­lée, il est impos­sible de per­cer la couche de stra­tus en res­pec­tant les règles du vol à vue. Et celle-ci bloque tech­ni­que­ment l’ac­cès au Grésivaudan par le ciel de l’au­tomne au prin­temps.

Durant les 60 der­nières années, « les pilotes s’adaptaient en cher­chant des trous pour des­cendre dans la val­lée, ce qui fai[sai]t perdre du temps et du kéro­sène », a ainsi expli­qué Renaud Guillermet, chef de la base, au jour­nal Aerobuzz.

 

Techniquement, il s’a­git d’u­ti­li­ser l’ins­tru­men­ta­tion de l’hé­li­co­ptère et la com­pé­tence des pilotes pour pou­voir, à l’aide de points GPS pré­cis, tra­ver­ser les nuages. Et ainsi pou­voir dépo­ser les bles­sés en un temps record au CHU. L’hélicoptère doit res­pec­ter une vitesse dans l’air et une pente de des­cente don­nées. Il doit éga­le­ment pos­sé­der un équi­pe­ment de pointe lui per­met­tant une grande pré­ci­sion laté­rale dans le vol.

 

 

Une procédure encore en développement à Grenoble-Le Versoud

 

Cependant, s’il est pos­sible d’ap­pro­cher le Versoud aux ins­tru­ments, le ter­rain, lui, n’est pas IFR. Il per­met d’at­ter­rir de jour uni­que­ment et pen­dant les heures de pré­sence des contrô­leurs du Versoud. La pro­cé­dure déter­mine donc un point appelé MAPT, où le pilote prend la déci­sion finale. Soit il inter­rompt son approche si les condi­tions de vol à vue ne sont pas réunies, soit il rentre au CHU ou à la base.

 

Cette hau­teur de déci­sion est fixée à 1200 pieds (à peu près 365 mètres du sol), ou 200 pieds (60 m) au-des­sus du tour de piste. Dragon 38 doit donc être sorti de la couche à cette hau­teur.

 

Si la mer de nuages va jus­qu’au sol, il n’est donc tou­jours pas pos­sible d’at­ter­rir com­plè­te­ment aux ins­tru­ments. Dans la pra­tique, cepen­dant, Renaud Guillermet déclare que les « temps de tran­sit vers et depuis la zone de tra­vail sont assez courts. De l’ordre de vingt minutes et jusqu’à trente minutes pour des mis­sions consi­dé­rées comme très longues. »

 

Les pilotes peuvent désor­mais tra­ver­ser sans hési­ta­tion jus­qu’à 4000 pieds (1200 m) de stra­tus, avec une sécu­rité accrue. La nou­velle pro­cé­dure per­met à la fois d’é­co­no­mi­ser du temps, du kéro­sène et les res­sources men­tales du pilote et de l’o­pé­ra­teur. Pour l’ins­tant, elle ne per­met l’ap­proche que dans deux sens mais de nou­veaux déve­lop­pe­ments sont pré­vus. L’idée est, par la suite, « d’abaisser les mini­mas et de pas­ser sous les 1 200 ft de MDH (Hauteur mini­male de déci­sion). Et de réa­li­ser des approches avec gui­dage sur plan de des­cente (LPV) »

 

Et peut-être, à terme, de créer des départs IFR. Cependant, « mal­gré les points GPS publiés, il est néces­saire de connaître l’environnement du Versoud de manière très pré­cise. » Et désor­mais, les pilotes en VFR (pilo­tage à vue) vont tout de même devoir être pru­dents. Malgré la vigi­lance du méca­ni­cien opé­ra­teur, une atten­tion accrue à la radio est en effet sou­hai­table. Puisque l’hé­li­co­ptère peut main­te­nant sur­gir des nuages.

 

 

Pas d’amélioration des nuisances sonores aux Eaux Claires

 

Dragon 38 se pose fré­quem­ment à la CRS des Alpes, qui se situe dans le quar­tier des Eaux Claires, sur l’a­ve­nue Rhin-et-Danube. De quoi excé­der cer­tains habi­tants du fait du bruit généré par les pales de l’hé­li­co­ptère, qui par­fois se pose de nuit. Ou bien de façon répé­tée, comme en témoi­gnait récem­ment Bruno Ferrand, citoyen gre­no­blois : « Hier soir à 21 h 15, puis 21 h 38, puis 22 h 16 !? »

 

Le syndicat Alliance demande l'anonymisation des véhicules de police. © Charles Thiébaud - Place Gre'net

CRS Alpes © Charles Thiébaud – Place Gre’net

Celui-ci insiste sur le fait que ce ter­rain ne se situe pas sur le « plus court che­min pour aller
à Belledonne ou en Chartreuse… »

 

La Compagnie répu­bli­caine de sécu­rité (CRS) des Alpes et le le Peloton de gen­dar­me­rie de haute mon­tagne (PGHM) assurent alter­na­ti­ve­ment le secours en mon­tagne. Ces deux uni­tés tra­vaillant de concert avec la Sécurité civile, les départs héli­co­ptères sont aussi bien à Grenoble qu’au Versoud ou à l’al­ti­port d’Huez.

 

Eventuellement au poste de La Bérarde en été. Reste qu’en inter-sai­son « les secou­ristes res­tent basés au Versoud et à Grenoble. » Et que l’hé­li­co­ptère doit donc s’y rendre régu­liè­re­ment…

 

Laure Gicquel

 

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Commentaires 2
  1. Merci d’a­bord à Place Gre’net pour cet article
    en lec­ture libre et le relais de mes ques­tions.

    Tout en res­tant atta­ché aux secours en mon­tagne
    par tout moyen dont aérien,
    il est tou­te­fois per­mis de s’in­ter­ro­ger sur les sur­vols répé­tés
    d’hé­li­co­ptères dont, prin­ci­pa­le­ment, l’EC 145, jaune et rouge,
    de la Sécurité civile sur, notam­ment :
    – deux usines clas­sées Seveso,
    joux­tant un maga­sin conte­nant des pro­duits inflam­mables,
    – des éta­blis­se­ments sco­laires (écoles, col­lège, lycée),
    – des immeubles de grande hau­teur aux Eaux-Claires.

    Cela a encore été le cas lundi 02/11/2020
    à 11 h 19, puis à 12 h 43 !?

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  2. Ben quoi, c’est une approche de préc­si­sion au GPS adap­tée aux héli­cos.
    Pas besoin d’a­voir un contrô­leur pour faire une approche IFR.
    Par ailleurs, qu’il n’existe pas d’ap­proche LNAV – RNAV au Versoud est juste incroyable car ce ne sont pas des approches de pré­ci­sons.

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