La pan­dé­mie Covid-19 s’ac­cé­lère de jour en jour dans l’ag­glo­mé­ra­tion grenobloise

La pan­dé­mie Covid-19 s’ac­cé­lère de jour en jour dans l’ag­glo­mé­ra­tion grenobloise

FOCUS – Ce 22 octobre 2020, le CHU orga­ni­sait un point presse afin de pré­sen­ter les der­nières évo­lu­tions de la Covid-19 et leur impact sur le fonc­tion­ne­ment des ser­vices sani­taires. Sans sur­prise, la cir­cu­la­tion du virus est chaque jour plus impor­tante. De ce fait, les hôpi­taux dépro­gramment des inter­ven­tions non urgentes afin de libé­rer des places dans les ser­vices de soins critiques.

Covid : la pandémie s'accélère dans la région grenobloise. Monique Sorrentino et Guillaume Debaty © Laure Gicquel

Monique Sorrentino et Guillaume Debaty lors du point Covid heb­do­ma­daire © Laure Gicquel

La direc­tion du CHU l’a annoncé dès le début : cette confé­rence ne va pas res­sem­bler aux pré­cé­dentes. « Nous sommes entrés dans une phase d’aug­men­ta­tion et d’ac­cé­lé­ra­tion des hos­pi­ta­li­sa­tions pour rai­sons Covid qui est vrai­ment très impor­tante. » Au 22 octobre, près de 200 patients sont hos­pi­ta­li­sés sur le ter­ri­toire Grenoble Sud-Isère. Qui com­prend le Chuga, mais éga­le­ment le Groupe hos­pi­ta­lier mutua­liste (GHM), celui de Voiron, ainsi que les cli­niques des Cèdres et Belledonne.

Selon les méde­cins du CHU, c’est 52% de plus qu’au plus fort de la pre­mière vague. « La situa­tion est alar­mante », ont-ils déclaré. De ce fait « tous les axes pré­pa­rés sont mis en œuvre aujourd’­hui ». Tout par­ti­cu­liè­re­ment la dépro­gram­ma­tion des acti­vi­tés non urgentes, sui­vant les récentes consignes de l’Agence régio­nale de santé Rhône-Alpes (ARS).

« On vient de pas­ser un cap », déclare Patricia Pavese, chef du ser­vice de mala­dies infec­tieuses. Qui ajoute : « on le sent par­ti­cu­liè­re­ment depuis la fin de la semaine der­nière. »

198 patients hos­pi­ta­li­sés sur le territoire

Le 28 sep­tembre, alors que le gou­ver­ne­ment décré­tait la fer­me­ture des bars à 22 heures, le CHU lan­çait le plan blanc. Il y avait alors 72 patients hos­pi­ta­li­sés pour cause de Covid. Dont 22 en soins cri­tiques. La direc­tion du CHU a expli­qué cette semaine que les soins cri­tiques com­prennent « la réani­ma­tion et les soins inten­sifs, éga­le­ment appe­lés « soins conti­nus ».

Le 21 octobre, 198 patients étaient hos­pi­ta­li­sés, dont 62 en soins cri­tiques. Parmi ceux-ci, 146 l’é­taient au CHU, 37 au GHM, 9 à Belledonne, et 6 aux Cèdres.

Le point presse du Chuga © Laure Gicquel - Place Gre’net

Le point presse du Chuga © Laure Gicquel – Place Gre’net

Le taux d’in­ci­dence au 20 octobre ? 423 posi­tifs pour 100 000 habi­tants. Plus inquié­tant encore, chez les per­sonnes de plus de 65 ans, il est désor­mais de 334. « Un pré­lè­ve­ment sur 5 est posi­tif », ajoute Patricia Pavese.

En effet, le taux de posi­ti­vité a dépassé les 20%. Et ce chiffre « cor­res­pond à ce qu’on trouve sur le reste de la France ».

On ne peut donc pas l’im­pu­ter à l’aug­men­ta­tion du nombre de pré­lè­ve­ments par semaine, qui est de 1958 sur 100 000 habi­tants en Isère. Un taux de dépis­tage supé­rieur à la moyenne française.

Comme annoncé le 15 octobre, le centre de dépis­tage du cam­pus effec­tue désor­mais des tests Trod à résul­tat rapide pour les asymp­to­ma­tiques. Sur 200 tes­tés, seule­ment trois ont été posi­tifs. Cependant, il s’a­git d’un essai qui sert sur­tout à vali­der… le test lui-même. En effet, la vali­dité de cette pro­cé­dure nou­velle est sujette à caution.

Par ailleurs, « la popu­la­tion à qui on applique les tests PCR n’a pas changé », selon Monique Sorrentino, la direc­trice géné­rale du Chuga. L’augmentation ful­gu­rante des taux de posi­ti­vité est donc bien un indi­ca­teur, s’il en était besoin, de la forte accé­lé­ra­tion de la cir­cu­la­tion du virus.

Remise en place de Covid à dom′

Selon Guillaume Debaty, res­pon­sable du SAMU, la pro­por­tion d’ap­pels Covid a également

aug­menté. Au 21 octobre, on compte entre 200 et 250 appels par jour. Le nombre d’ap­pels concer­nant des sus­pi­cions chez les per­sonnes dites à risque est éga­le­ment en hausse.

 © Laure Gicquel - Place Gre’net

© Laure Gicquel – Place Gre’net

Pour pal­lier cette situa­tion, le ser­vice Covid à dom′, arrêté au 20 mai, a tout juste été remis en place. Visant les per­sonnes âgées ou fra­giles, tout par­ti­cu­liè­re­ment ceux qui ne peuvent être sui­vis par leur méde­cin trai­tant, il per­met de ras­su­rer comme d’as­su­rer le suivi à domi­cile des patients Covid. Et ainsi, de n’hos­pi­ta­li­ser que si c’est abso­lu­ment néces­saire. Ce sys­tème a per­mis durant le prin­temps de trai­ter 960 patients, dont 257 simul­ta­né­ment au plus fort de la vague.

Guillaume Debaty sou­haite éga­le­ment ras­su­rer les autres patients, qui, selon lui, peuvent avoir « peur de venir aux urgences ». « On s’est orga­ni­sés pour pou­voir prendre les patients non-Covid sans qu’il n’y ait de perte de chance pour eux », assure t‑il.

Des dépro­gram­ma­tions mûre­ment réfléchies

Le 19 octobre, l’ARS a demandé de dépro­gram­mer les hos­pi­ta­li­sa­tions com­plètes pour les­quelles « cela n’oc­ca­sion­ne­rait pas de perte de chance au patient ». Une direc­tive immé­dia­te­ment appli­quée par le CHU. Cependant « cette dépro­gram­ma­tion n’est pas suf­fi­sante », selon la direc­tion du CHU, puis­qu’il faut éga­le­ment pou­voir accueillir tous les patients urgents non-Covid.

Le 21 octobre, à la cel­lule ter­ri­to­riale, les diri­geants des dif­fé­rents groupes hos­pi­ta­liers ont donc décidé d’aug­men­ter les dépro­gram­ma­tions. Objectif : créer des uni­tés qui pren­draient en charge les deux types de patients. Et ce, en trans­for­mant des uni­tés chi­rur­gi­cales en unité de méde­cine. Et cer­tains lits de soins inten­sifs en lits de réanimation.

Les lits vacants en chirurgie le sont grâce à la déprogrammation

Les lits vacants en chi­rur­gie le sont grâce à la dépro­gram­ma­tion. © pla​ce​gre​net​.fr

Les inter­ven­tions qui « peuvent attendre deux ou trois mois » sont donc dépro­gram­mées. Tandis que tout ce qui concerne le can­cer, y com­pris le dépis­tage, est main­tenu. En mars, « tout avait été dépro­grammé sauf les urgences et les opé­ra­tions de can­cer urgentes ». Sur 87 lits en chi­rur­gie conven­tion­nelle, 61 sont ainsi actuel­le­ment occu­pés. « Les lits vacants le sont grâce à la dépro­gram­ma­tion », explique le repré­sen­tant du GHM.

L’idée est éga­le­ment de libé­rer des per­son­nels soi­gnants. La mala­die ne les épargne pas et leur absen­téisme poten­tiel inquiète les méde­cins du ter­ri­toire. En effet, 100 membres du per­son­nel hos­pi­ta­lier (sur 11 000) sont aujourd’­hui posi­tifs. Contaminés, selon la direc­tion du CHU, non pas à l’hô­pi­tal où les mesures de sécu­rité sont strictes, mais dans la sphère privée.

L’ARS, au mois de mars, avait déli­vré une auto­ri­sa­tion pro­vi­soire au GHM pour pra­ti­quer la réani­ma­tion. Cela va peut-être se repro­duire, alors que 10 lits de soins inten­sifs sur 12 (bien­tôt 18) accueillent des patients Covid.

« Un tiers de ces nou­veaux clus­ters se situe en Ehpad », selon l’ARS

Dans le même temps, l’ARS s’est ins­crite dans le plan de lutte contre l’é­pi­dé­mie dans les Établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS). Celui-ci a été publié par le minis­tère des soli­da­ri­tés et de la santé le 1er octobre. En effet, en Auvergne-Rhône-Alpes, le nombre de clus­ters aug­mente. Au 22 octobre, 175 clus­ters à cri­ti­cité éle­vée sont iden­ti­fiés, dont 39 nou­veaux. Et, selon l’ARS, « un tiers de ces nou­veaux clus­ters se situe en Ehpad ». Au total, « 86 clus­ters de cri­ti­cité éle­vée sont actuel­le­ment décla­rés dans les Ehpad de la région. Soit la moi­tié du total des clus­ters. »

Covid : la pandémie s'accélère dans la région grenobloise Déjà au 15 octobre, 878 Ehpad avaient fait l’objet d’un dépis­tage. 27 809 rési­dents et 32 877 pro­fes­sion­nels ont été tes­tés. 11,9 % des rési­dents et 4,6 % des pro­fes­sion­nels tes­tés étaient posi­tifs. Selon l’ARS, « une grande par­tie des clus­ters, en Ehpad notam­ment, sont du fait d’un manque d’application des gestes bar­rière des per­sonnes exté­rieures lors des visites à leurs proches. »

Dans ce contexte, un plan de pro­tec­tion de ces éta­blis­se­ments a été lancé. Parmi les actions enga­gées, on trouve l’ac­ti­va­tion d’une cel­lule de crise dans les éta­blis­se­ments. Le ren­for­ce­ment des mesures bar­rières, avec une « vigi­lance sur les temps de regrou­pe­ment des per­son­nels ». Mais éga­le­ment l’ap­pui des ser­vices hos­pi­ta­liers aux éta­blis­se­ments médico-sociaux, « à tra­vers des astreintes géria­triques », et « l’intervention des équipes mobiles d’hygiène [et] des équipes de soins pal­lia­tifs et de l’Hospitalisation à domi­cile (HAD). »

Par ailleurs, le plan pré­voit la mobi­li­sa­tion des réfé­rents hos­pi­ta­liers en hygiène dans chaque ter­ri­toire, la « consti­tu­tion de stocks suf­fi­sants » en équi­pe­ments de pro­tec­tion indi­vi­duelle, en médi­ca­ments et en pro­duit de net­toyage. Ainsi que le « ren­for­ce­ment des mesures bar­rière autour des rési­dents conta­mi­nés sans leur faire cou­rir un risque de rup­ture lié à l’isolement. »

Ainsi, l’é­ven­tuelle sus­pen­sion des visites doit être « pro­por­tion­née et de courte durée (15 jours au maxi­mum) ».

Laure Gicquel

Laure Gicquel

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