La Ligue des droits de l’Homme appelle les députés de l’aire grenobloise à s’opposer à l’application StopCovid

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FOCUS — La Ligue des droits de l’Homme Grenoble Métropole écrit à cinq députés de l’Isère pour leur demander de s’opposer à l’application StopCovid. Envisagé pour limiter la propagation du virus, le dispositif ne serait peut-être pas aussi anonyme et volontaire qu’annoncé, craint la LDH. Qui remet en cause l’efficacité de l’application et redoute une « habituation à une surveillance généralisée ».

 

 

StopCovid pour­rait-elle sus­ci­ter une « habi­tua­tion à une sur­veillance géné­ra­li­sée, bana­li­sée et pérenne ? » C’est en tout cas le risque pré­senté par la Ligue des droits de l’Homme Grenoble Métropole. Très remon­tée contre l’i­dée du gou­ver­ne­ment de pro­po­ser cette fonc­tion­na­lité aux pos­ses­seurs de smart­phone et iPhone, la LDH gre­no­bloise relaie auprès des cinq dépu­tés* de l’aire métro­po­li­taine la lettre ouverte publiée par l’as­so­cia­tion au niveau natio­nal.

 

Denis Fabre, président de la Ligue des droits de l'Homme de Grenoble © Patricia Cerinsek - Place Gre'net

Denis Fabre, pré­sident de la Ligue des droits de l’Homme de Grenoble. © Patricia Cerinsek – Place Gre’net

 

Le prin­cipe de StopCovid ? Censée être volon­taire et ano­nyme, l’ap­pli­ca­tion doit per­mettre à ses uti­li­sa­teurs d’être aver­tis s’ils ont été en pré­sence d’une per­sonne atteinte du coro­na­vi­rus. Et, dès lors, les inci­ter à faire acte de dis­tan­cia­tion sociale pour limi­ter la pro­pa­ga­tion de la mala­die. Par l’u­ti­li­sa­tion du Bluetooth, qui connecte les appa­reils entre eux, l’ap­pli­ca­tion n’a pas recours à la géo­lo­ca­li­sa­tion des per­sonnes mais recense les proxi­mi­tés tem­po­raires.

 

 

Des doutes sur l’anonymat et le volontariat concernant StopCovid

 

StopCovid garantit-elle vraiment volontariat et anonymat ? DR

L’application garan­tit-elle vrai­ment volon­ta­riat et ano­ny­mat ? DR

Anonyme et volon­taire, StopCovid ? La LDH en doute. « Quelles que soient les pro­messes d’a­no­ny­mat, il n’est tech­ni­que­ment pas pos­sible de le garan­tir », consi­dère l’as­so­cia­tion. Le consen­te­ment n’est guère plus garanti à ses yeux : « La pres­sion sociale et patro­nale […], la stig­ma­ti­sa­tion des “réfrac­taires” risque d’o­bli­ger un grand nombre de per­sonnes à l’ins­tal­ler », estime-t-elle encore.

 

Le tout au risque d’ha­bi­tuer la popu­la­tion à une forme de sur­veillance per­pé­tuelle ? « La fin de la pan­dé­mie étant tout à fait incer­taine, la sup­pres­sion de l’application, que l’on nous pro­met à la fin de la crise sani­taire, risque de ne jamais inter­ve­nir », s’in­quiète la LDH.

 

 

Une application à l’efficacité douteuse ?

 

Pour l’as­so­cia­tion, l’ef­fi­ca­cité même du dis­po­si­tif est dou­teuse. Plusieurs points tech­niques sont sou­le­vés. Le Bluetooth ne per­met ainsi pas d’é­va­luer la dis­tance entre les per­sonnes, ni de savoir si elles étaient sépa­rées par une vitre ou un mur. De plus, cer­taines appli­ca­tions désac­tivent la fonc­tion­na­lité par défaut, ren­dant ainsi StopCovid inopé­rant. Sans comp­ter les ques­tions de com­pa­ti­bi­lité entre IoS (Apple) et Android (Google).

 

La Ligue des droits de l'Homme appelle les députés de l'aire grenobloise à s'opposer à l'application StopCovid.Olivier Véran, député de l'Isère devenu ministre de la Santé, est directement impliqué dans la mise en place de l'application.

StopCovid. Olivier Véran, député de l’Isère devenu ministre de la Santé, est direc­te­ment impli­qué dans la mise en place de l’ap­pli­ca­tion.

 

Enfin, la mesure dis­cri­mine les per­sonnes sans smart­phone… et risque fort de ne pas atteindre son seuil d’ef­fi­ca­cité. « Selon les pro­jec­tions mathé­ma­tiques, il serait néces­saire pour que StopCovid soit effi­cace qu’au moins 60 % de la popu­la­tion l’installe, or même dans un État comme Singapour, pour­tant donné en exemple, moins de 20 % de la popu­la­tion a ins­tallé l’application équi­va­lente », écrit la LDH.

 

StopCovid fait débat - Olivier Véran (alors député), Émilie Chalas et Jean-Charles-Colas Roy. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Olivier Véran (alors député), Émilie Chalas et Jean-Charles-Colas Roy. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Autant d’élé­ments au nom des­quels l’as­so­cia­tion appelle les dépu­tés à s’op­po­ser au pro­jet StopCovid lors du vote du plan de décon­fi­ne­ment prévu mardi 28 avril.

 

Seront-ils enten­dus ? Sur les cinq par­le­men­taires sol­li­ci­tés par la LDH, quatre appar­tiennent… à la majo­rité LREM. Avec, parmi eux, Camille Galliard-Minier, sup­pléante d’Olivier Véran, ministre de la Santé, qui a direc­te­ment tra­vaillé à la mise en place de l’ap­pli­ca­tion contro­ver­sée.

 

Quant à la dépu­tée Émilie Chalas, elle écrit dans un com­mu­ni­qué en date de ce 27 avril accor­der « a priori toute [sa] confiance » dans le plan de décon­fi­ne­ment du Premier ministre. « Je sou­tien­drai le dis­po­si­tif géné­ral du plan de décon­fi­ne­ment tel qu’il sera pré­senté en hémi­cycle », ajoute-t-elle, en concé­dant ne pas en connaître les détails. Non sans juger les polé­miques « conster­nantes et irres­pon­sables ».

 

Florent Mathieu

 

 

*  Marie-Noëlle Battistel, Émilie Chalas, Jean-Charles Colas-Roy, Camille Galliard-Minier et Catherine Kamowski.

 

 

LES SÉNATEURS DE L’ISÈRE ÉGALEMENT INTERPELLÉS PAR LA LDH

 

Après les dépu­tés, la Ligue des droits de l’Homme signale avoir adressé le même cour­rier aux séna­teurs de l’Isère que sont Guillaume Gontard, Frédérique Puissat, Didier Rambaud, Michel Savin et André Vallini. Mêmes termes et même injonc­tion : la LDH demande aux par­le­men­taires de s’op­po­ser à l’a­dop­tion de l’ap­pli­ca­tion StopCovid.

Les cinq sénateurs de l'Isère. De gauche à droite : Didier Rambaud, Guillaume Gontard, Frédérique Puissat, Michel Savin et André Vallini © Joël Kermabon - Place Gre'net

Les cinq séna­teurs de l’Isère. De gauche à droite : Didier Rambaud, Guillaume Gontard, Frédérique Puissat, Michel Savin et André Vallini. © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

Pour autant, le vote sur le sujet ne semble pas pour demain. « Le débat est un peu pré­ma­turé », a ainsi indi­qué le Premier ministre durant la pré­sen­ta­tion de son plan de décon­fi­ne­ment, le 28 avril. Alors que l’État se heurte à des dif­fi­cul­tés tech­niques, l’ap­pli­ca­tion risque fort de ne pas être dis­po­nible pour le 11 mai. Et encore moins d’être sou­mise aux votes d’ici-là.

 

(Encadré ajouté le mardi 28 avril 2020)

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Commentaires 1
  1. Le Covid leur dit merci.

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