Frédérique Vidal dialogue avec son directeur de cabinet. © Joël Kermabon - Place Gre'net

La ministre de la recherche Frédérique Vidal reçue sous les huées de chercheurs du CNRS de Grenoble

La ministre de la recherche Frédérique Vidal reçue sous les huées de chercheurs du CNRS de Grenoble

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

 

FOCUS – Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, était au CNRS de Grenoble ce jeudi 13 février. L’objet de sa visite ? Un temps d’échange avec des directeurs de laboratoires dans le cadre de la préparation de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. La ministre a essuyé les huées d’un comité d’accueil réfractaire aux futures dispositions de ladite loi, ainsi qu’au projet de réforme des retraites.

 

 

C’est sous les huées d’un groupe d’une cin­quan­taine de cher­cheurs que Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supé­rieur, de la Recherche et de l’Innovation est arri­vée au CNRS de Grenoble, ce jeudi 13 février. L’objet de cette visite, annon­cée au der­nier moment et pla­cée sous haute pro­tec­tion poli­cière ? Un temps d’é­change avec des direc­teurs de labo­ra­toires et des cher­cheurs, dans le cadre de la loi de pro­gram­ma­tion plu­ri­an­nuelle de la recherche (LPPR) ini­tiée il y a tout juste un an.

 

 

 

Un dis­po­si­tif encore en cours d’é­la­bo­ra­tion mais qui sus­cite nombre d’in­quié­tudes dans les rangs des cher­cheurs et syn­di­cats FO, Sud et FSU du CNRS. Que lui reprochent-ils entre autres griefs ? Notamment « de mettre la recherche au ser­vice du fric » et de créer les condi­tions d’une mise en concur­rence des cher­cheurs « en ne gar­dant que les meilleurs ». Et, en fili­grane, un autre pro­jet gou­ver­ne­men­tal, celui de la réforme des retraites dont ils réclament en bloc le retrait.

 

 

La LPPR « creuse la tombe de la recherche publique en France » selon les syndicats

 

« La LPPR c’est une loi contre la recherche qui va dans le sens des pré­cé­dentes lois », affirme Pierre Giroux, secré­taire géné­ral du SNTRS CGT. Son constat ? « Les per­son­nels sont de plus en plus iso­lés. Il n’y a plus de tra­vail d’é­quipe et nous sommes obli­gés de faire des demandes de contrats pour faire avan­cer nos recherches », déplore le syndicaliste.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Le texte en pré­pa­ra­tion « creuse la tombe de la recherche publique en France », selon ce der­nier, qui concède tou­te­fois ne pas en connaître tous les détails. « Nous nous pro­non­çons contre cette loi. Et deman­dons l’ou­ver­ture de négo­cia­tions pour qu’une autre loi et un autre finan­ce­ment de la recherche soient pos­sibles », appuie Pierre Giroux.

 

Mêmes échos néga­tifs de la part de Benjamin Trocmé, direc­teur de recherche au CNRS et conseiller dépar­te­men­tal. Ce der­nier bro­carde « une ministre qui arrive en cati­mini et sans vrai­ment ren­con­trer les per­son­nels ». Lui aussi recon­naît ne pas exac­te­ment savoir à quelle sauce les cher­cheurs vont être mangés.

 

« Des rumeurs com­mencent à cir­cu­ler. Il y a toute une phi­lo­so­phie ten­dant à mettre les labos en com­pé­ti­tion », s’in­quiète-t-il. « Jusqu’à pré­sent, la recherche ça a tou­jours été de la coopé­ra­tion et de l’é­mu­la­tion. Cette loi est incom­pa­tible avec le prin­cipe même de la recherche », tranche Benjamin Trocmé.

 

 

Les manifestants ont refusé de dialoguer avec Frédérique Vidal

 

Cette réac­tion épi­der­mique, tant sur la LPPR que sur les retraites, n’a pas man­qué d’é­ton­ner Émilie Chalas, dépu­tée de la conscrip­tion sur laquelle se situe le CNRS. « C’est sur­pre­nant parce que les textes sont tou­jours en cours de dis­cus­sion à l’Assemblée natio­nale. […] On sent bien là une ins­tru­men­ta­li­sa­tion poli­tique des inquié­tudes », juge-t-elle. « Frédérique Vidal est une ministre qui a le contact plu­tôt facile. Peut-être s’ar­rê­tera-t-elle pour échan­ger avec les mani­fes­tants ? », a‑t-elle envisagé.

 

Les chercheurs ulcérés par la présence des gendarmes mobiles refusent l'offre de dialogue du directeur de cabinet du préfet de l'Isère. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Les cher­cheurs ulcé­rés par la pré­sence des gen­darmes mobiles ont refusé l’offre de dia­logue du direc­teur de cabi­net du pré­fet de l’Isère. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Mais non. Les mani­fes­tants ont caté­go­ri­que­ment refusé le dia­logue, pour­tant pro­posé par le direc­teur de cabi­net du pré­fet de l’Isère. En cause ? La pré­sence d’un contin­gent de gen­darmes mobiles ayant pris posi­tion dans l’en­ceinte du CNRS et qui les avaient pré­ve­nus qu’ils feraient usage de la force s’ils ne se dépla­çaient pas au-delà d’une ligne imaginaire.

 

« En qua­rante ans de pré­sence, on n’a jamais vu ça au CNRS ! », s’in­dignent des cher­cheurs, remon­tés comme des cou­cous. Mais ce n’est pas tout. Un peu plus tôt, bien qu’ils soient en pos­ses­sion d’une invi­ta­tion offi­cielle, plu­sieurs ensei­gnants et syn­di­ca­listes de l’Université Grenoble-Alpes (UGA) n’a­vaient pas pu péné­trer sur le site.

 

« Il y avait clai­re­ment une volonté de ne pas nous faire ren­trer », estime Nicolas Sieffert, ensei­gnant-cher­cheur au Département de la licence sciences et tech­no­lo­gies (DLST). « Nous sommes juste des cher­cheurs. Il n’y avait aucune volonté de blo­quer, sinon celle de pro­tes­ter », plaide-t-il.

 

 

« Cette loi va nous donner la trajectoire des investissements dans la recherche » 

 

« Cette loi de pro­gram­ma­tion est une loi bud­gé­taire qui va nous don­ner la tra­jec­toire des inves­tis­se­ments dans la recherche sur les sept à dix pro­chaines années », explique, quant à elle, Frédérique Vidal. Le chal­lenge ? Trouver com­ment uti­li­ser au mieux cet argent « qui vien­dra en plus de ce qui est fait actuel­le­ment » pour répondre à trois ques­tions fon­da­men­tales. À savoir : « rendre la recherche attrac­tive, conti­nuer à faire de la France un grand pays de recherche, et mieux arti­cu­ler les recherches fon­da­men­tales publiques et pri­vées », énu­mère la ministre.

 

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supé­rieur, de la Recherche et de l’Innovation. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« La loi sera une loi bud­gé­taire mais il fau­dra ensuite la décli­ner en cir­cu­laires ou règle­ments. S’il y a quelques modi­fi­ca­tions à y appor­ter, il fau­dra le faire dans les semaines qui viennent », pré­cise Frédérique Vidal. « C’est tout l’ob­jet des ren­contres d’au­jourd’­hui », a‑t-elle expliqué.

 

Pour autant, si l’on en croit la fraî­cheur du comité d’ac­cueil, la pilule risque bien de ne pas pas­ser aussi facilement.

 

Frédérique Vidal déclare entendre les inquié­tudes des cher­cheurs. Cependant, et sans sur­prise, la ministre n’en défend pas moins pied à pied la future loi, en van­tant une ini­tia­tive gou­ver­ne­men­tale inédite.

 

 

 

Joël Kermabon

 

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Joël Kermabon

Auteur

A lire aussi sur Place Gre'net

Stéphane Le Foll en Isère avec apiculture et énergies renouvelables au programme

Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, également porte-parole du gouvernement, se déplace en Isère ce lundi 26 septembre.   Lire plus

Grenoble, laboratoire du futur ? Exemple mondial de la civilisation urbaine ? En visite à Grenoble, Ségolène Royal en est repartie visiblement emballée.
Ségolène Royal : “je suis sûre que Grenoble peut devenir un exemple mondial”

TROIS QUESTIONS À - Grenoble ville exemplaire ? Pour la ministre de l’Environnement, la capitale du Dauphiné est, en matière de transition énergétique, sur la bonne Lire plus

Virginie Velazquez (à gauche) et Corine Pichelin (à droite) font leurs premiers pas à Force Ouvrière et comptent bien rester mobilisées face à la réforme. © Anissa Duport-Levanti - Place Gre'net
Réforme des retraites : les syndicats restent mobilisés malgré l’examen du texte à l’Assemblée

  EN BREF – Les opposants à la retraite à points maintiennent la pression. Ils étaient ainsi environ 3 500 selon la CGT à défiler dans Lire plus

Le ministre de la Santé est attendu ce 9 octobre à l'Institut de soins infirmiers de Grenoble. 24 h après le passage en zone d'alerte maximale
Olivier Véran attendu ce vendredi 9 octobre à l’Institut de formation en soins infirmiers de Grenoble

FLASH INFO - Grenoble désormais placée en zone d'alerte maximale va ce vendredi 9 octobre recevoir la visite du ministre de la Santé. Olivier Véran Lire plus

Flash Info

|

21/06

17h04

|

|

21/06

13h01

|

|

21/06

10h31

|

|

19/06

18h19

|

|

18/06

17h03

|

|

18/06

12h01

|

|

18/06

11h06

|

|

17/06

17h13

|

|

17/06

15h50

|

Ville de Grenoble - Anneau de vitesse

Les plus lus

Émilie Gindre et Joséfa Gallardo de La Rampe - la Ponatière. © Tim Buisson – Place Gre’net

Culture| Échirolles : La Rampe – La Ponatière lance sa saison 2021 – 2022 après plusieurs mois sans spectacles

Abonnement| Le magasin en ligne de produits bio et locaux Oclico​.com fête ses dix ans

David Smétanine

Abonnement| Le Grenoblois David Smétanine candidat pour être porte-drapeau paralympique aux Jeux de Tokyo

La Ville de Grenoble met les agents (volontaires) à contribution pour observer sa population d'oiseaux

Environnement| La Ville de Grenoble met les agents (volontaires) à contribution pour observer sa population d’oiseaux

marche des libertés à Grenoble contre les idées d'extrême droite

A écouter| Environ un millier de personnes à Grenoble pour la « Marche des libertés » et contre les idées d’extrême droite

Agenda

Je partage !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin