Frédérique Vidal dialogue avec son directeur de cabinet. © Joël Kermabon - Place Gre'net

La ministre de la recherche Frédérique Vidal reçue sous les huées de chercheurs du CNRS de Grenoble

La ministre de la recherche Frédérique Vidal reçue sous les huées de chercheurs du CNRS de Grenoble

 

FOCUS – Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, était au CNRS de Grenoble ce jeudi 13 février. L’objet de sa visite ? Un temps d’échange avec des directeurs de laboratoires dans le cadre de la préparation de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. La ministre a essuyé les huées d’un comité d’accueil réfractaire aux futures dispositions de ladite loi, ainsi qu’au projet de réforme des retraites.

 

 

C’est sous les huées d’un groupe d’une cinquantaine de chercheurs que Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation est arrivée au CNRS de Grenoble, ce jeudi 13 février. L’objet de cette visite, annoncée au dernier moment et placée sous haute protection policière ? Un temps d’échange avec des directeurs de laboratoires et des chercheurs, dans le cadre de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) initiée il y a tout juste un an.

 

 

 

Un dispositif encore en cours d’élaboration mais qui suscite nombre d’inquiétudes dans les rangs des chercheurs et syndicats FO, Sud et FSU du CNRS. Que lui reprochent-ils entre autres griefs ? Notamment « de mettre la recherche au service du fric » et de créer les conditions d’une mise en concurrence des chercheurs « en ne gardant que les meilleurs ». Et, en filigrane, un autre projet gouvernemental, celui de la réforme des retraites dont ils réclament en bloc le retrait.

 

 

La LPPR « creuse la tombe de la recherche publique en France » selon les syndicats

 

« La LPPR c’est une loi contre la recherche qui va dans le sens des précédentes lois », affirme Pierre Giroux, secrétaire général du SNTRS CGT. Son constat ? « Les personnels sont de plus en plus isolés. Il n’y a plus de travail d’équipe et nous sommes obligés de faire des demandes de contrats pour faire avancer nos recherches », déplore le syndicaliste.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Le texte en préparation « creuse la tombe de la recherche publique en France », selon ce dernier, qui concède toutefois ne pas en connaître tous les détails. « Nous nous prononçons contre cette loi. Et demandons l’ouverture de négociations pour qu’une autre loi et un autre financement de la recherche soient possibles », appuie Pierre Giroux.

 

Mêmes échos négatifs de la part de Benjamin Trocmé, directeur de recherche au CNRS et conseiller départemental. Ce dernier brocarde « une ministre qui arrive en catimini et sans vraiment rencontrer les personnels ». Lui aussi reconnaît ne pas exactement savoir à quelle sauce les chercheurs vont être mangés.

 

« Des rumeurs commencent à circuler. Il y a toute une philosophie tendant à mettre les labos en compétition », s’inquiète-t-il. « Jusqu’à présent, la recherche ça a toujours été de la coopération et de l’émulation. Cette loi est incompatible avec le principe même de la recherche », tranche Benjamin Trocmé.

 

 

Les manifestants ont refusé de dialoguer avec Frédérique Vidal

 

Cette réaction épidermique, tant sur la LPPR que sur les retraites, n’a pas manqué d’étonner Émilie Chalas, députée de la conscription sur laquelle se situe le CNRS. « C’est surprenant parce que les textes sont toujours en cours de discussion à l’Assemblée nationale. […] On sent bien là une instrumentalisation politique des inquiétudes », juge-t-elle. « Frédérique Vidal est une ministre qui a le contact plutôt facile. Peut-être s’arrêtera-t-elle pour échanger avec les manifestants ? », a-t-elle envisagé.

 

Les chercheurs ulcérés par la présence des gendarmes mobiles refusent l'offre de dialogue du directeur de cabinet du préfet de l'Isère. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Les chercheurs ulcérés par la présence des gendarmes mobiles ont refusé l’offre de dialogue du directeur de cabinet du préfet de l’Isère. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Mais non. Les manifestants ont catégoriquement refusé le dialogue, pourtant proposé par le directeur de cabinet du préfet de l’Isère. En cause ? La présence d’un contingent de gendarmes mobiles ayant pris position dans l’enceinte du CNRS et qui les avaient prévenus qu’ils feraient usage de la force s’ils ne se déplaçaient pas au-delà d’une ligne imaginaire.

 

« En quarante ans de présence, on n’a jamais vu ça au CNRS ! », s’indignent des chercheurs, remontés comme des coucous. Mais ce n’est pas tout. Un peu plus tôt, bien qu’ils soient en possession d’une invitation officielle, plusieurs enseignants et syndicalistes de l’Université Grenoble-Alpes (UGA) n’avaient pas pu pénétrer sur le site.

 

« Il y avait clairement une volonté de ne pas nous faire rentrer », estime Nicolas Sieffert, enseignant-chercheur au Département de la licence sciences et technologies (DLST). « Nous sommes juste des chercheurs. Il n’y avait aucune volonté de bloquer, sinon celle de protester », plaide-t-il.

 

 

« Cette loi va nous donner la trajectoire des investissements dans la recherche »

 

« Cette loi de programmation est une loi budgétaire qui va nous donner la trajectoire des investissements dans la recherche sur les sept à dix prochaines années », explique, quant à elle, Frédérique Vidal. Le challenge ? Trouver comment utiliser au mieux cet argent « qui viendra en plus de ce qui est fait actuellement » pour répondre à trois questions fondamentales. À savoir : « rendre la recherche attractive, continuer à faire de la France un grand pays de recherche, et mieux articuler les recherches fondamentales publiques et privées », énumère la ministre.

 

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« La loi sera une loi budgétaire mais il faudra ensuite la décliner en circulaires ou règlements. S’il y a quelques modifications à y apporter, il faudra le faire dans les semaines qui viennent », précise Frédérique Vidal. « C’est tout l’objet des rencontres d’aujourd’hui », a-t-elle expliqué.

 

Pour autant, si l’on en croit la fraîcheur du comité d’accueil, la pilule risque bien de ne pas passer aussi facilement.

 

Frédérique Vidal déclare entendre les inquiétudes des chercheurs. Cependant, et sans surprise, la ministre n’en défend pas moins pied à pied la future loi, en vantant une initiative gouvernementale inédite.

 

 

 

Joël Kermabon

 

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Joël Kermabon

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