Gem lance la chaire “Energy for society” pour passer du greenwashing à la révolution énergétique

Gem lance la chaire “Energy for society” pour passer du greenwashing à la révolution énergétique

 

FOCUS – Grenoble école de management a lancé sa chaire Energy for Society, soutenue par trois mécènes : Engie, Air liquide et la Banque populaire Auvergne-Rhône-Alpes. Son objet d’étude ? La capacité d’adaptation des entreprises à la transition énergétique et le modèle entrepreneurial ou économique à définir face à cette « révolution » en cours.

 

 

Concilier « l’attractivité business » et l’adhésion des citoyens à la transition énergétique : tel est l’un des axes principaux de réflexion de la nouvelle chaire lancée par Grenoble école de management (Gem). Intitulée « Energy for Society », celle-ci veut étudier la capacité d’adaptation des entreprises aux nouveaux modèles énergétiques qui se dessinent, et les débouchés économiques des nouveaux usages face au réchauffement climatique.

 

Le directeur de Gem Loïck Roche signe très officiellement le lancement de la chaire consacrée à la transition énergétique © Florent Mathieu - Place Gre'net

Le directeur de Gem Loïck Roche signe très officiellement le lancement de la chaire consacrée à la transition énergétique. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Pour travailler sur ces sujets, la chaire affecte six professeurs permanents et un post-doctorat à plein temps, le tout sous l’œil de Carine Sebi, économiste à Gem et spécialiste du secteur de l’énergie. Quelles ressources financières ? Energy for society est financée à hauteur de 150 000 euros annuels par l’école et par trois mécènes directement concernés par son sujet d’étude : Engie, Air liquide et la Banque populaire Auvergne-Rhône-Alpes.

 

 

Une chaire autour de trois thèmes phares

 

C’est plus précisément autour de trois thèmes que la chaire veut développer son action d’études. Le premier se penche sur la capacité des entreprises à coopérer « pour créer de nouveaux services énergétiques innovants ». Nouvelles technologies ou recours massif au numérique font que « les entreprises ne se suffisent plus a elles-mêmes, elles ont besoin de collaborer », juge ainsi Carine Sebi. Quitte à changer de manière radicale de vieilles habitudes.

 

Le modèle des entreprises face à la transition énergétique. C'est le sujet d'étude de la nouvelle chaire de Gem Energy for Society. Carine Sebi © Florent Mathieu - Place Gre'net

Carine Sebi, économiste à Gem et spécialiste du secteur de l’énergie. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Deuxième thème : « Comprendre les stratégies d’innovation durable des entreprises ». Autrement dit, étudier la manière dont les entreprises évoluent en faveur de la transition énergétique, ou en matière de responsabilité sociale (RSE). Tout en mesurant l’adhésion en interne à ces changements. « Comment les salariés vont-ils écouter et prendre en compte le message qui leur est dicté par leur top manager ? », s’interroge Carine Sebi.

 

Troisième et dernier thème : « L’implication des nouveaux usages sur les futurs modèles économiques du secteur de l’énergie ». « Pour subsister, les entreprises ont besoin d’innover », rappelle l’économiste. La chaire s’interrogera sur les nouveaux services à venir en matière d’énergie, autant que sur la capacité des entreprises à proposer des nouveaux modes de consommations abordables pour le plus grand nombre.

 

 

Le modèle économique de demain face à la transition énergétique

 

Autant de thèmes qui touchent de près l’avenir des entreprises mécènes. Rien d’étonnant, dès lors, qu’Engie, Air liquide ou la BP Aura se soient fortement impliquées dans le projet. « Nous avons choisi les sujets ensemble. Les études de cas ne sont pas encore identifiées, mais on sent une envie de nos partenaires qui vont être forces de proposition », souligne Carine Sebi. Qui se réjouit de voir des entreprises désormais « au plus près des enjeux de société ».

 

Une station hydrogène à Dubai d'Air Liquide © Air Liquide

Une station hydrogène à Dubai d’Air Liquide © Air Liquide

L’avenir est incertain pour les grands acteurs de l’énergie. Quel modèle à venir ? « Pour être franc, on ne le voit pas. Et je suis persuadé que ce qu’on imagine n’est pas ce que sera demain », considère Yohann Cordier.

 

Le DRH d’Engie insiste sur la dimension collective des besoins. « Aucune boîte, aucune administration, aucune région ne peut faire les choses toutes seules », prévient-il. Et d’ajouter : « La vision s’améliore quand on marche à plusieurs. »

 

Des pistes sont toutefois d’ores et déjà tracées. Le directeur général d’Air liquide Xavier Vigor n’a que l’hydrogène à la bouche, Eldorado à venir des producteurs d’énergie convertis à la production “verte”. Rien d’étonnant : l’entreprise a lancé la démarche « Blue Hydrogen », en promettant une « décarbonisation » de sa production via l’utilisation des énergies renouvelables (électrolyse de l’eau) ou encore en exploitant le reformage du biogaz.

 

 

Un changement de modèle… ou une révolution ?

 

Autre mot vedette de la présentation de la chaire : la « révolution ». De Engie à la Banque populaire, personne n’oublie de qualifier ainsi le bouleversement de la société qui se dessine. Une révolution encouragée par l’engouement d’une grande partie de la population pour les préoccupations environnementales, à commencer par une jeunesse inquiète pour son avenir. Et qui s’incarne actuellement dans la figure ultra-médiatisée de la jeune Greta Thunberg.

 

Les jeunes marcheurs pour le climat font-ils encore confiance aux grandes entreprises pour accompagner la transition énergétique ? © Florent Mathieu - Place Gre'net

Les jeunes marcheurs pour le climat font-ils encore confiance aux grandes entreprises pour accompagner la transition énergétique ? © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Mais les révolutions ont aussi tendance à couper des têtes. Alors que les mouvements de défense de l’environnement prônent un changement majeur de modèle social ou politique, des entreprises centenaires comme la Banque populaire, Air Liquide ou Engie (fusion de Suez et GDF) ont-elles encore la confiance des citoyens ?

 

Le Dieu Hypnos de Sciences-Po Grenoble emballé par le réchauffement climatique. DR

Le Dieu Hypnos de Sciences-Po Grenoble emballé par le réchauffement climatique. DR

« On le perçoit parfois, ce manque de confiance », reconnaît le DRH d’Engie. Pour qui la meilleure manière d’y remédier est l’écoute et la discussion. Tout en jouant la carte de la patience. « Je me dis qu’il faut prendre un peu de temps. Nous sommes en train de faire bouger des structures énormes ! », insiste-t-il. Et de conclure, philosophe : « Il faut accepter d’être critiqués, parce que nous avons fait des erreurs globales. »

 

Business Developer d’Engie, Franck Le Baron décrit pour sa part « des actes courageux » de la part de son entreprise. « Nous avons osé : nous avons cédé notre entité de production de gaz liquéfié, nous avons décidé d’arrêter la production d’énergie à partir de charbon », décrit-il.

 

Autant de points qui, à ses yeux, marquent bel et bien un changement de modèle. « Nous n’avons plus le droit d’agir comme avant : ce n’est pas juste verdir », affirme-t-il.

 

 

Les solutions alternatives, « pas à la hauteur des enjeux »

 

Même tonalité de la part d’Air liquide. Face à la méfiance d’une partie de la population, Xavier Vigor met en avant les « faits ». « Il y a des faits concrets, les projets que l’on fait, les investissements que l’on fait », rappelle le directeur général. Un discours appuyé par Pierre-Henri Grenier : « Avant, on mettait du vert un peu partout, mais plus personne n’est dupe : il y a des éléments de preuve, de nouveaux modes de financement », déclare le directeur adjoint de la BP Aura.

 

De gauche à droite : Franck Le Baron, Pierre-Henri Grenier, Carine Sebi, Yohann Cordier et Xavier Vigor © Florent Mathieu - Place Gre'net

De gauche à droite : Franck Le Baron, Pierre-Henri Grenier, Carine Sebi, Yohann Cordier et Xavier Vigor © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Pierre-Henri Grenier admet que certaines personnes seront idéologiquement réfractaires aux entreprises de “l’ancien monde”… sans leur prédire le succès. « Je pense que les enjeux sont tels aujourd’hui que les projets alternatifs, notamment financiers, n’arriveront pas à lever suffisamment de fonds pour y répondre. Ils sont bien, mais pas à la hauteur », estime-t-il, en appelant à la mobilisation des grands groupes financiers pour la transition énergétique.

 

« Les entreprises ont un rôle à jouer », conclut ainsi Carine Sebi. Pour qui il ne s’agit pas seulement de convaincre les consommateurs… mais aussi les actionnaires. « Il faut s’attacher à regarder l’impact de ces politiques de RSE : est-ce que cela va embarquer les salariés ? Quel va être l’impact sur la santé économique des actionnaires et des entreprises ? » Tout cela pour espérer in fine renverser la logique dominante « et trouver de nouveaux marchés d’affaires ».

 

Florent Mathieu

 

Gardez un œil sur l'actu ! 👋

Les récap‘ actu de la grande région grenobloise deux fois par semaine. 👉
Gratuit et sans engagement !

Vous pouvez vous désinscrire à tout instant d'un simple clic.

Florent Mathieu

Auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi sur Place Gre'net

Sept bureaux de Poste en Isère, dont Eaux-Claires, Stalingrad, Île Verte et Bajatière à Grenoble, menacés de fermeture ?
Sept bureaux de Poste en Isère, dont Eaux-Claires, Stalingrad, Île Verte et Bajatière à Grenoble, menacés de fermeture ?

FOCUS - Sept bureaux de poste seraient menacés de fermeture en Isère, selon Sud-PTT Isère-Savoie : ceux de Froges, Tencin et Charavines, plus les quatre Lire plus

Le moustique tigre toujours bien présent sur la région grenobloise : l'ARS appelle chacun à la vigilance
Nouveau cas de dengue sur la région grenobloise : appel à vigilance contre le moustique tigre

FLASH INFO - Après Fontaine, c'est à Grenoble que s'est déroulée une opération de démoustication contre le moustique-tigre dans la nuit du jeudi 8 au Lire plus

« L'incendie nous a mis a genoux » : Le Chardon Bleu ferme les portes de ses boutiques à Grenoble et dans le Grésivaudan
« L’incendie nous a mis a genoux » : Le Chardon bleu ferme ses six boutiques, à Grenoble et dans le Grésivaudan

FOCUS - À la suite de l'attaque à la voiture-bélier d'une de ses devantures en mai 2026 à Grenoble, le Chardon bleu a été placé Lire plus

Récolte prometteuse, arrivée d'une nouvelle variété, lancement d'un événement annuel : la Noix de Grenoble se porte (plutôt) bien
Récolte prometteuse, arrivée d’une nouvelle variété et lancement de la « noix nouvelle » : la Noix de Grenoble se porte bien

FOCUS - Christian Nagearaffe, président du Comité interprofessionnel de la Noix de Grenoble (CING), aborde la récolte 2026 avec un certain optimisme. D'une part, parce Lire plus

Les syndicats MTag revendiquent une hausse des salaires et menacent d'une nouvelle grève sur le réseau de transports de Grenoble
Transports en commun : les syndicats de MTag revendiquent une hausse de salaires et menacent d’une grève

FLASH INFO - Les syndicats Force ouvrière, Unsa, Solidaires et CFE-GCC de MTag annoncent avoir déposé une notification de préavis de grève. L'intersyndicale exige la Lire plus

Chronique Place Gre'net - RCF : Une manifestation lycéenne couronnée de succès à Grenoble
Chronique Place Gre’net – RCF : Un nouveau chapitre à écrire pour la Cité du Rabot à Grenoble

CHRONIQUE - Place Gre'net s'associe à la radio RCF Notre-Dame Isère chaque jeudi midi dans la chronique L'Écho des médias. Notre objectif? Revenir sur une Lire plus

Flash Info

|

09/10

10h24

|

|

08/10

11h32

|

|

05/10

23h27

|

|

30/09

10h54

|

|

28/09

19h21

|

|

26/09

23h48

|

|

25/09

15h20

|

|

22/09

20h17

|

|

22/09

12h48

|

|

22/09

12h29

|

Les plus lus

A écouter| Chronique Place Gre’net – RCF : Une imposante manifestation à Grenoble aux messages multiples… mais très anti-police

A écouter| Chronique Place Gre’net – RCF : Altercation à Grenoble entre élus insoumis et policiers municipaux

Société| Les syndicats des transports en commun de Grenoble déposent un préavis de grève du 12 octobre… au 1er janvier 2027

Agenda

Je partage !