Vendredi, la cour d’assises de l’Isère a entendu longuement la mère de l’accusée, dans l’affaire des parents salafistes jugés après la mort de leur fille.

Couple salafiste accusé de la mort de son bébé : le cri continu d’une mère contre la radicalisation de sa fille

Couple salafiste accusé de la mort de son bébé : le cri continu d’une mère contre la radicalisation de sa fille

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

 

FOCUS – Dans l’affaire des parents salafistes accusés après la mort de leur bébé de quinze mois, la cour d’assises de l’Isère a entendu longuement la mère de l’accusée, vendredi. Dès les premiers signes de sa radicalisation, elle s’est débattue pour sauver sa fille de cette emprise. Mais elle n’a pas été entendue.

 

 

Hôtel de police, Grenoble © Chloé Ponset - Place Gre'net

Hôtel de police, Grenoble © Chloé Ponset – Place Gre’net

Ce jour-là, elle avait demandé aux deux enquê­teurs de l’hôtel de police de Grenoble qui la rece­vaient : « c’est un mau­vais film ? » Les deux hommes avaient baissé la tête, alors elle avait com­pris : tout cela était en fait bien réel…

 

Yamina Dekkoune est la mère de Noémie Villard, accu­sée devant la cour d’assises de l’Isère après la mort de sa fille Hafsa en 2017. Ce jour-là, elle venait de com­prendre que ce com­bat-là était perdu et que de nou­veaux allaient devoir être menés.

 

 

« J’ai tenté d’alerter […] on m’a prise pour une folle »

 

Le drame s’était noué devant ses yeux, elle avait vu les pre­miers signes de la radi­ca­li­sa­tion de sa fille, avait tenté de la pro­té­ger, demandé de l’aide, mais s’était prise l’indifférence de beau­coup de ses inter­lo­cu­teurs en pleine figure. « J’ai tenté d’alerter sur le dan­ger que cour­rait ma fille, et on m’a prise pour une folle. »

 

Alors ven­dredi, elle s’est retrou­vée à devoir témoi­gner devant une cour d’assises, à l’occasion du pro­cès de sa fille. Sa fille, dan­seuse, pia­niste, « une rigo­lote », « la dou­ceur même »… aujourd’hui âgée de 22 ans, figée sur sa chaise de la salle d’audience, sous son jil­bab bleu ciel. Le regard bas, elle avait pleuré en silence le matin même à l’évocation de l’autopsie de sa fille morte.

 

La salle d'audience de la Cour d'assises pleine à craquer. © Joël Kermabon - Place Gre'net

La salle d’au­dience de la Cour d’as­sises. (image d’illus­tra­tion) © Joël Kermabon – Place Gre’net

C’est presque par hasard que Yamina s’est rendu compte que Noémie lui échap­pait. Un jour, elle écoute une émis­sion de radio dans sa voi­ture et fait le paral­lèle avec sa fille : ses habi­tudes ves­ti­men­taires ont changé, la musique a dis­paru de sa vie. Les pho­tos des heures joyeuses aussi. Sa fille s’isole, elle le constate.

 

 

Elle voit arriver un SMS : “ça y est, c’est bon, t’es mariée”

 

Un matin, elle l’entend lui deman­der autour de la table du petit-déjeu­ner : « Maman, est-ce que tu veux mon bon­heur ? » Evidemment. « Je vais me marier. » C’est quoi ces bêtises ? « Avec Sami. » Sami, qui ? « Oh, je ne sais pas, mais c’est pas grave ! » Alors qu’elle suit des cours à l’université où elle a ren­con­tré trois jeunes femmes sala­fistes, Noémie est deve­nue « une coquille vide », « elle ne per­cute plus ».

 

Le dan­ger est là, sous les yeux de la famille. Yamina consulte l’ordinateur de sa fille, elle tombe direc­te­ment sur un site inter­net sala­fiste. « Là, j’ai com­pris qu’on était tombé dans quelque chose qui était incon­trô­lable pour nous. »

 

Mains d'homme consultant un smartphone. © Gilles Lambert - Unsplash

Yamina a fait ins­tal­ler un mou­chard sur le por­table de sa fille. (image d’illus­tra­tion). © Gilles Lambert – Unsplash

« Il veut se marier la semaine pro­chaine », lance, début 2015, Noémie à sa mère. Qui panique. « On aurait dit qu’elle était pos­sé­dée. » Elle fait alors ins­tal­ler un mou­chard sur le por­table de sa fille et constate que Sami Bernoui est « très cru dans sa manière de par­ler de sexe ». Un samedi, elle voit arri­ver un SMS : “ça y est, c’est bon, t’es mariée”. Sa fille a été reli­gieu­se­ment mariée en son absence.

 

 

En colère contre les services sociaux qui ont « abandonné » sa petite-fille

 

Yamina et d’autres membres de sa famille veulent empê­cher le pire d’arriver, notam­ment un départ en Syrie : ils la retiennent, lui confisquent ses papiers d’identité. Jusqu’au jour où Noémie s’enfuit. Mais, à force de recherches, Yamina la retrouve et fait le siège devant son immeuble. Jusqu’à ce qu’un homme sorte avec, der­rière, une masse noire. Elle ne com­prend pas immé­dia­te­ment qu’il s’agit de sa fille, avec « un voile, un deuxième, puis un grillage ».

 

Vendredi, la cour d’assises de l’Isère a entendu longuement la mère de l’accusée, dans l’affaire des parents salafistes jugés après la mort de leur fille.

DR

Quand elle apprend que Hafsa a été reti­rée de chez ses parents peu de temps après sa nais­sance, elle tente de prendre contact avec l’Aide sociale à l’enfance. Elle y est reçue mais ne par­vient pas à se faire entendre. Aujourd’hui, Yamina est en colère contre les ser­vices sociaux qui ont « aban­donné » sa petite-fille. Mais aussi contre la jus­tice qui a classé sans suite l’enquête pénale sur les huit frac­tures cos­tales d’Hafsa qui avaient entraîné son pla­ce­ment en pou­pon­nière, parce que les faits étaient « insuf­fi­sam­ment carac­té­ri­sés ».

 

À l’audience, ce ven­dredi, elle en apprend encore : un juge­ment a été pro­noncé le 23 sep­tembre der­nier afin de pro­lon­ger le pla­ce­ment du frère d’Hafsa, mais il n’a pas même été noti­fié à son admi­nis­tra­teur ad hoc. Malaise dans la salle. « C’est dans la conti­nuité, lâche seule­ment Yamina. J’en ai assez. »

 

 

Des débats menés avec délicatesse

 

Ici, dans cette salle d’audience de la cour d’assises de l’Isère, bat depuis lundi le cœur de la société. On y parle d’islam, de voile, de sala­fisme aussi, de jus­tice et de ser­vices sociaux, de manque de moyens, de manque de com­mu­ni­ca­tion entre les ser­vices de l’Etat. On y parle de la famille, d’éducation éga­le­ment. Les débats y sont menés avec déli­ca­tesse par le pré­sident Philippe Busché. Des cer­ti­tudes tombent, les doutes sont nom­breux, on y réflé­chit, tout cela avec calme et intelligence.

 

L’audience doit reprendre mardi et le ver­dict devrait être rendu jeudi 14 novembre.

 

Fanny Hardy

 

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

FH

Auteur

A lire aussi sur Place Gre'net

Christian Coigné a été réélu maire de Sassenage pour la 4e fois consécutive. L'alliance des deux listes de gauche n'a pas permis à la commune de basculer.
Le procès du maire de Sassenage, jugé pour prise illégale d’intérêts, reporté sine die

FLASH INFO - Le maire de Sassenage devait être jugé ce 9 juin par le tribunal de Grenoble pour prise illégale d’intérêts. Egalement vice-président du Lire plus

Claude Coutaz, avocat de l'un des prévenus pour le procès des gilets jaunes. © Joël Kermabon - Place Gre'net
Procès des gilets jaunes interpellés le 1er mai à Grenoble : nouveau renvoi de l’audience au 2 juillet

  EN BREF - Le procès des gilets jaunes interpellés lors de la manifestation du 1er mai devait se dérouler ce 20 janvier, après un Lire plus

Dix-huit ans de réclusion criminelle pour lui, cinq pour elle. La cour d’assises de l’Isère a condamné les parents salafistes après la mort de leur fille. © Joël Kermabon - Place Gre'net
Couple salafiste devant les assises : le père condamné à 18 ans de prison, la mère à cinq ans

  FIL INFO -  Dix-huit ans de réclusion criminelle pour lui, cinq ans pour elle. Jeudi 14 novembre, au huitième jour du procès, la cour d’assises Lire plus

L'immense salle des pas perdus du palais de justice de Grenoble. DR
Assises de l’Isère : 20 et 12 ans requis contre les parents salafistes après la mort de leur bébé

  EN BREF - Dans le procès des parents salafistes accusés d’avoir causé la mort de leur bébé de quinze mois en 2017, la cour Lire plus

Tribunal de Grande Instance à Grenoble, salle des audiences correctionnelles. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
Le chirurgien grenoblois suspendu annonce renoncer aux poursuites en diffamation contre ses patients

  FIL INFO - Se disant très affaibli par le lynchage médiatique dont il a fait l'objet, le chirurgien grenoblois suspendu a annoncé renoncer aux Lire plus

La cour d’assises de l’Isère s’est concentrée sur Sami Bernoui, au deuxième jour du procès des parents salafistes accusés après la mort de leur petite fille
Au procès du couple accusé après la mort de leur bébé, Sami Bernoui, père pluriel dans le box

FIL INFO - La cour d’assises de l’Isère s’est concentrée mardi 5 novembre sur la personnalité et le parcours du père, Sami Bernoui, dans l’affaire Lire plus

Flash Info

|

22/10

8h00

|

|

21/10

19h40

|

|

20/10

18h24

|

|

20/10

17h45

|

|

20/10

16h19

|

|

20/10

12h51

|

|

20/10

9h13

|

|

19/10

19h14

|

|

19/10

18h03

|

|

19/10

15h11

|

Les plus lus

Environnement| Des loups en plein centre-ville de Grenoble à la faveur du confinement ?

Des contrôles pour le respect des consignes de confinement. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Fil info| Confinement : à Grenoble, la police nationale a verbalisé… des policiers municipaux

Manifestation contre la loi de travail, 26 mai 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Société| Manifestation contre la loi Travail : des licornes et des heurts à Grenoble

Bois Français. © Isère Tourisme

Société| Des points d’eau pour se rafraîchir !

Témoignage d'une ancienne allocataire du RSA en Isère, aujourd'hui sans aide sociale pour avoir voulu se réinsérer en reprenant une formation.

Société| “J’ai perdu mon droit au RSA pour avoir voulu me réinsérer”

SDH - Le futur compte sur nous

Agenda

Je partage !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin