Jean-Marc Rochette, artiste au sommet : l’œuvre alpine du dessinateur fait halte au Musée de l’Ancien-Évêché

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FOCUS – Après avoir déjà exposé l’artiste en 2017 avec Pic & Bulle, le Musée de l’Ancien-Évêché consacre une exposition complète à la dimension alpine de l’œuvre de Jean-Marc Rochette. Planches originales, tableaux, souvenirs d’escalade… L’univers d’un dessinateur fasciné par la montagne se dessine et, avec lui, peut-être quelques démons cachés dans des sommets d’humanité.

 

 

Peintre, sculpteur, dessinateur… et « survivant ». Jean-Marc Rochette n’en réfute pas le terme, lui qui gravit les monts depuis l’adolescence et dont la vie semble parsemée d’amis disparus sur les sommets, du haut de leurs 20 ans ou en chemin vers l’Himalaya.

 

Tout logiquement, la montagne imprègne l’œuvre de l’artiste touche-à-tout. Une dimension sur laquelle se penchent le Musée de l’Ancien-Évêché et son exposition « Jean-Marc Rochette, artiste au sommet ».

 

Jean-Marc Rochette © Florent Mathieu - Place Gre'net

Jean-Marc Rochette. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Une exposition née d’une rencontre à l’occasion de l’exposition Pic & Bulle en 2017. « Le projet s’est concrétisé, en plus, dans le cadre d’un retour de Jean-Marc Rochette dans les Alpes », note Cécile Sapin, chargée du public auprès du Musée de l’Ancien-Évêché. Le dessinateur revient en effet dans les rayons des librairies avec un nouvel ouvrage, Le Loup (éditions Casterman) prenant place « quelque part dans les Écrins ».

 

 

Une adolescence au sommet

 

Mais c’est avec une autre bande dessinée, Ailefroide altitude 3954 que s’ouvre l’exposition. Rien que de très naturel : dans ce roman aussi graphique qu’autobiographique, Jean-Marc Rochette raconte son adolescence et la découverte de la beauté des montagnes. Des montagnes qu’il partait escalader après avoir fait le mur du lycée Champollion, où le turbulent élève Rochette était pensionnaire.

 

Le Couloir, dans lequel l'artiste évoque l'accident qui allait changer sa vie © Florent Mathieu - Place Gre'net

Le Couloir, dans lequel l’artiste évoque l’accident qui allait marquer sa vie à tout jamais. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Son objectif : devenir guide de haute-montagne. Pourtant, l’amour du dessin est déjà là, et les premières publications dans des parutions underground aussi. Puis vient l’accident, décisif. Une chute au cours de laquelle le jeune homme se croit perdu, et regrette dans ses dernières pensées… de ne pas pouvoir devenir dessinateur. Une première prise de conscience avant qu’un second accident, encore plus dramatique, n’achève de le pousser vers la voie des crayons.

 

Cette première chute demeure très présente dans l’esprit de l’artiste. « Cet accident m’a poursuivi toute ma vie », écrit-il dans Ailefroide. En 2010, Jean-Marc Rochette réalise un tableau, Le Couloir, inspiré de cet épisode et exposé au Musée de l’Ancien-Évêché. Une œuvre où le blanc des montagnes côtoie le sang du grimpeur. « Toute ma carrière a commencé là », résume sobrement le peintre face à son œuvre.

 

 

Entre monts et démons

 

Car Rochette n’est pas que dessinateur. L’exposition propose ainsi nombre d’aquarelles, des œuvres aux couleurs chaotiques qui pourraient sembler de l’art abstrait mais sont au final, assure l’artiste, proches de la réalité.

 

L’aquarelle s’y prête bien, ajoute-t-il, en permettant de rendre des couleurs vives et des effets de reflets. Et celui-ci d’analyser sa démarche : « Dans le réalisme, je cherche l’impression : il suffit de regarder avec un œil un peu détaché… »

 

« L'impression dans le réalisme » d'un paysage alpin © Jean-Marc Rochette

« L’impression dans le réalisme » d’un paysage alpin. © Jean-Marc Rochette

 

De planches originales en souvenirs d’escalade, le Musée de l’Ancien-Évêché conclut son parcours sur Le Loup, récit de la rivalité (ou non) du berger et du loup dans les Écrins. Un récit frénétique, dans lequel le dessinateur semble mettre en scène ses démons.

 

Ce vieux berger solitaire dont le fils militaire est mort en mission au Mali n’est-il ainsi pas le reflet du jeune Rochette dont le père fut tué en Algérie ? Ou l’artiste s’incarne-t-il encore dans le destin de ce loup orphelin, appelé à régner, en maître mais sans meute, sur les sommets des Écrins ?

 

L’auteur n’a, en tout cas, eu aucun mal à accoucher de cette œuvre. « Une histoire écrite en moins de trois semaines », aussi dure que poignante et dont le dénouement renverse les clichés. Pour, au final, livrer un véritable western dans les Alpes que le dessinateur ne détesterait pas voir transposé au cinéma. Contrairement à Ailefroide, malgré son succès en librairie, « trop intime et personnel ». Jean-Marc Rochette, un artiste entre monts et démons ?

 

Florent Mathieu

 

Jean-Marc Rochette, Artiste au sommet

Au Musée de l’Ancien-Évêché jusqu’au 22 septembre 2019

 

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