La Nuit de la solidarité mise en cause par Parlons-en, espace d’échanges entre précaires

La Nuit de la solidarité mise en cause par Parlons-en, espace d’échanges entre précaires

FIL INFO – La Nuit de la solidarité, organisée le mercredi 30 janvier dans l’agglomération grenobloise, ne suscite pas que de l’enthousiasme. Espace de débat sur la grande précarité, le collectif Parlons-en voit dans l’initiative un dispositif sans grande utilité. Et considère dans une lettre ouverte que l’argent qui lui est consacré devrait être employé autrement.

 

 

La Nuit de la solidarité prévue à Grenoble le 30 janvier suscite des questions… et des doutes. Organisées par la Métro et l’association Un toit pour tous, ces maraudes ont pour but de faire remplir un questionnaire à des personnes à la rue. L’objectif final ? Mieux connaître le profil et le nombre des SDF présents dans l’agglomération grenobloise. Mais l’initiative fait grincer des dents Parlons-en, un espace de débat mensuel entre personnes en situation de grande précarité.

 

« Je vous tout, j'entends tout et j'en parle », le crédo et le visuel de Parlons-en. © Parlons-en

« Je vous tout, j’entends tout et j’en parle », le crédo et le visuel de Parlons-en. © Parlons-en

 

En novembre 2018 comme en janvier 2019, la Nuit de la solidarité a fait l’objet d’échanges dans le cadre de Parlons-en. Et mené à la rédaction d’une lettre ouverte, adressée à Grenoble-Alpes Métropole comme à l’Observatoire de l’hébergement et du logement. Si ses auteurs disent soutenir « toute initiative visant à donner la parole aux personnes qu’on n’écoute pas assez », l’initiative ne soulève pas moins un certain agacement.

 

 

« L’institution va redécouvrir la lune ! »

 

Affiche de la Nuit de la solidarité. La Métro va t-elle « redécouvrir la lune » ? © Grenoble Alpes Métropole

Affiche de la Nuit de la solidarité. La Métro va t-elle « redécouvrir la lune » ? © Grenoble-Alpes Métropole

« Depuis plus de vingt ans, de nombreuses associations, collectifs et individus font remonter leurs connaissances, leurs chiffres, leurs histoires, dessinant déjà la réalité du sans-abrisme », fait ainsi valoir la lettre ouverte. Autant d’alertes et de constats, ajoute Parlons-en, qui « sont toujours les mêmes voire s’aggravent sans être suivis d’actions ». Une opinion illustrée par une citation d’un participant aux débats : « L’institution va redécouvrir la lune ! »

 

« Nous doutons qu’une nuit ponctuelle de recensement soit un outil qualitatif et quantitatif adapté pour faire bouger les consciences politiques », écrit encore Parlons-en. Qui s’interroge, de plus, sur la représentativité même des réponses. Si les maraudes ont prévu de se rendre dans les centres d’hébergement ou les squats, rien ne prendra en compte les personnes provisoirement hébergées par des tiers. Or, un canapé pour trois nuits ne représente pas un domicile.

 

 

Créer un dispositif permanent de discussion

 

La transparence des résultats de cette maraude est par ailleurs remise en question. « Ces diagnostics, pour être transparents […] devraient aussi faire apparaître d’autres données », estime la lettre ouverte. Les données en question ? Le nombre de places d’hébergement à l’année ainsi qu’en hiver, ou le nombre de relogements après la trêve hivernale. Mais aussi le nombre de bâtiments ou de terrains vides, ou le nombre d’expulsions « non empêchées – voire soutenues – par les pouvoirs publics ».

 

Parlons-en appelle à soutenir les initiatives déjà existantes. Telles les maraudes du collectif Help SDF ? © Anaïs Mariotti - Place Gre'net

Parlons-en appelle à soutenir les initiatives déjà existantes. Telles les maraudes du collectif Help SDF ? © Anaïs Mariotti – Place Gre’net

 

Aux yeux de Parlons-en, la Nuit de la solidarité fait partie de la panoplie « des actions ponctuelles et médiatiques qui font du non-logement un sujet de société en fonction du thermomètre ». Les auteurs de la lettre suggèrent donc de consacrer la somme allouée à cet événement aux initiatives déjà existantes envers les sans-abris. Ou encore, à la création « d’un dispositif permanent de discussion entre les personnes concernées par l’errance, la Métropole, les communes, les bailleurs, les acteurs de la solidarité ».

 

FM

 

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Florent Mathieu

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