© Joël Kermabon - Place Gre'net

La Belle élec­trique fait la courte échelle à des déte­nus de Varces pour fran­chir les « murs du son »

La Belle élec­trique fait la courte échelle à des déte­nus de Varces pour fran­chir les « murs du son »

REPORTAGE VIDÉO - Un concert organisé par une dizaine de détenus de la maison d'arrêt de Grenoble - Varces était donné ce mercredi 4 juillet dans le gymnase du centre pénitentiaire. « Dans les murs du son », tel est le nom de ce projet, fruit d'un partenariat entre la salle la Belle électrique et le Service pénitentiaire d'insertion et de probation de l'Isère. L'objectif ? Faire un peu plus pénétrer la culture au sein de l'univers carcéral, tout en accompagnant les détenus vers la réinsertion.

Ce n'est qu'après avoir franchi de très nombreuses portes, grilles et autres sas de sécurité que nous pénétrons enfin dans le gymnase de la maison d'arrêt de Varces où des musiciens, des techniciens et quelques détenus s'affairent sur la scène aménagée face à des rangées de chaises encore vides*.

Ce mercredi 4 juillet est un grand jour pour la dizaine de détenus du centre encadrés par des intervenants de la Belle électrique. Ces derniers ont organisé de A à Z le concert au cours duquel vont se produire deux groupes grenoblois, Balani sound system et Disk-R.

Le groupe Balani sound system en concert devant les détenus et le personnel de la maison d'arrêt de Varces. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Le groupe Balani sound system en concert devant les détenus et le personnel de la maison d'arrêt de Varces. © Joël Kermabon - Place Gre'net

 

Une initiative conjointe de la Belle électrique et du Service d'insertion et de probation (SPIP) de l'Isère qui, malgré les très nombreuses contraintes de sécurité dues à l'environnement carcéral, ne se sont pas découragés et ont pu mener à bien – avec des détenus volontaires – le projet « Dans les murs du son » que l'on n'aurait pas pu mieux nommer.

Accompagner les détenus sur le chemin de la réinsertion

Programmation, production, technique, communication, master class… Les détenus qui ont accepté de participer au projet ont ainsi pu se familiariser avec les rouages de l'organisation d'un événement culturel qu'ils étaient, avouent-ils, bien loin d'imaginer. Mais c'est aussi une manière pour l'administration pénitentiaire et l'acteur culturel de les accompagner sur le chemin de la réinsertion en leur redonnant confiance en eux, en démontrant qu'ils sont capables de mener jusqu'à son terme un projet… pas si simple qu'il n'en a l'air.

Le résultat ? Quoi de mieux que quelques images pour donner une idée du chemin parcouru par ces détenus qui déploraient, en ce jour de canicule, de ne pouvoir bénéficier que de trois douches par semaine.

 

 

« Ça sort du quotidien autant pour les détenus que le personnel »

Si l'idée est séduisante, l'organisation d'un concert dans un centre pénitentiaire est bien loin d'être une sinécure. Sécurité oblige et tout particulièrement après la récente évasion de Redoine Faïd, l'Administration pénitentiaire doit tout pouvoir contrôler. Nul besoin d'être grand clerc pour deviner que l'arrivée en masse de personnes et de matériels depuis l'extérieur a pris des allures de cauchemar logistique. « La difficulté c'est de pouvoir tout anticiper pour permettre aux musiciens et intervenants de rentrer avec tout ce dont ils ont besoin », explique Clémence Negrel, la directrice du SPIP en Isère.

Valérie Mouseeff, la directrice du centre pénitentiaire de Grenoble - Varces. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Valérie Mouseeff, la directrice du centre pénitentiaire de Grenoble - Varces. © Joël Kermabon - Place Gre'net

« Nous n'avons pas forcément tous les agents nécessaires mais tout le monde s'est prêté au jeu avec plaisir parce que, justement, ce concert sort du quotidien, autant pour ce qui concerne les détenus que pour le personnel », nous explique quant à elle Valérie Mousseeff, la directrice du centre pénitentiaire de Grenoble - Varces.

 

La culture doit pouvoir trouver sa place en prison pour créer du lien, de l'ouverture, estime la directrice de la maison d'arrêt. « L'administration pénitentiaire a vraiment ce souci de l'ouverture des prisons et de proposer des projets de qualité. Il est fondamental que la prison puisse être un lieu de vie, au même titre que d'autres endroits de la cité. C'est un lieu de vie particulier mais ça doit être aussi un lieu de culture et mon souhait serait que les groupes de musique, les expositions et autres événements culturels puissent s'y déplacer plus souvent », appuie-t-elle.

Un projet d'action culturelle mais aussi un projet d'établissement

« Au départ, nous ne savions pas vraiment que nous allions travailler avec la maison d'arrêt de Varces dont l'administration, au début, pensait plutôt à faire profiter son personnel des actions culturelles de la Belle électrique », se souvient Marie Angleys, responsable des actions culturelles et des arts numériques de la Belle électrique. Et d'ajouter : « C'était à nous de réfléchir à un projet musical cohérent qui soit complémentaire des autres activités proposées, qui tournent plus autour du cinéma ou du théâtre. »

 

Le mercredi est jour de parloir, peu de détenus sont présents. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Le mercredi est jour de parloir, peu de détenus sont présents. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Un projet d'action culturelle mais aussi un projet d'établissement. « Nous avons pu travailler avec les auxiliaires de cuisine, les professeurs de sport, le personnel de la prison, les détenus… C'est aussi ça qui a été très intéressant », souligne Séverine Levy, administratrice de la salle de concerts.

De quelle manière a été mené l'encadrement des détenus ? « Nous avons eu cinq séances avec eux pour leur faire découvrir comment on organisait un concert. Ensuite, nous avons sélectionné huit groupes** locaux que nous accompagnons et leur avons été présentés au cours de séances d'écoute, ce qui a été l'occasion d'aborder avec eux ce qu'était une ligne artistique. Ce sont eux qui ont opéré le choix final », retrace l'administratrice.

Le groupe Disk-R. © Joël Kermabon - Place Grfe'net

Le groupe Disk-R. © Joël Kermabon - Place Grfe'net

« Il n'y a pas eu d'appel à candidatures. Nous tenons d'ailleurs à remercier vivement tous les groupes qui ont répondu spontanément à notre demande », ajoute Marie Angleys. Quant aux musiciens, notamment ceux du groupe Disk-R, ils n'ont pas manqué de manifester leur plaisir d'avoir participé à ce projet sur leur page Facebook.

En substance ? « Chacun des acteurs présents – qu'il s'agisse des détenus, des artistes, de l'organisation, du personnel de l'administration pénitentiaire ou des journalistes invités – a bel et bien fait tomber le masque et l'armure pour, au sortir, un sacré moment de partage tous ensemble... », se sont-ils enthousiasmés.

 

Joël Kermabon

 

 

* Il n'y aura pas affluence de détenus à ce concert et beaucoup de sièges resteront vides, comme le montre la vidéo. Le mercredi étant traditionnellement jour de parloir, les détenus ont sans doute préféré le contact avec leur famille au concert, nous a-t-on expliqué.

 

** Piero Quintana, Balani Sound System, Deyosan, As A New Revolt, Stone Cavalli, Disk-R, Arash Sarkechik et Nabil Baly.

 

 

Joël Kermabon

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