Stéphane Gemmani : « Grenoble ne peut se réduire à être la prime aux ambitions ronronnantes des héritiers désignés »

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TRIBUNE LIBRE – Dans une tribune au vitriol contre « l’oligarchie qui s’accapare toutes les richesses », l’ancien conseiller municipal de Grenoble et actuel conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes Stéphane Gemmani s’inquiète du « fossé » grandissant entre élus et citoyens. En creux, il avance aussi l’idée de sa propre candidature pour les élections municipales de 2020. « Nous avons à disposition tous les leviers pour faire de cette ville un territoire promis à des jours heureux », promet-il.

 

 

Stéphane Gemmani devant les locaux du Samu social à Grenoble. © Nils Louna

La pauvreté est un mal qui se transmet presque systématiquement de génération en génération… Si certains ont en héritage familial une condition sociale qui les expose à la précarité, on peut constater un processus d’héritage similaire, bien que diamétralement opposé pour ceux qui sont « bien nés ». Il est d’ailleurs toujours étonnant que l’on retrouve ces « premiers de cordée » à rendre compte de leurs observations, statistiques et constats sur les plus démunis de nos concitoyens.

 

Ces gens-là grandissent et vivent entre eux dans un entre-soi permanent. Il suffit de regarder certaines assemblées, certaines institutions, certains cercles, certains moments privilégiés : il y a très peu de représentants des ouvriers et des employés et encore moins  des chômeurs… Ils sont toujours entre eux, dans une forme de consanguinité sociale perpétuelle qui leur confère une impunité et une toute-puissance provocantes.

 

 

« Impunité de classe »

 

Quais et pont Saint Laurent, Grenoble © Chloé Ponset - Place Gre'netC’est cette impunité de classe qui leur décerne le droit d’utiliser cette force insolente et cette autorité impudente.

 

Impressionnés certainement par cet aplomb, certains plus modestes, plus discrets, plus effacés, cèdent et abandonnent toute lutte et donc tout espoir de voir un jour leurs rêves et leurs idéaux se réaliser.

 

Paul Nizan dans Les chiens de garde disait : « La bourgeoisie travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il lui est nécessaire de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire… »

 

 

« De plus en plus insupportable »

 

Cette « classe » est tellement sûre d’elle, qu’elle se dissocie, qu’elle se déconnecte du peuple, et que ses mensonges, à force d’être répétés inlassablement en boucle, et relayés parfois par certains, en deviennent “la” vérité qu’ils imposent et qui leur donne cette capacité à gouverner. Ce processus de déshumanisation, de mépris de l’autre dans sa différence leur donne le sentiment d’être forts. Il s’agit d’une instrumentalisation pour le bénéfice de leur prédation, pour le bénéfice de leurs privilèges, pour le bénéfice de leur pouvoir.

 

Ce fonctionnement de classe, d’une oligarchie qui s’accapare toutes les richesses et tous les pouvoirs, en vantant en boucle le bien-fondé d’un nouveau monde, me devient, jour après jour, de plus en plus insupportable.

 

 

« Un Grenoblois parmi les Grenoblois »

 

Je suis né à Grenoble. Je suis un petit-fils d’immigrés italiens. Mes grands-parents, mes parents ont été successivement ouvriers, couturières et commerçants. J’ai grandi à Grenoble, sur les places des marchés Sainte-Claire et Saint-Bruno, mais aussi un peu dans son agglomération, entre Saint-Martin-d’Hères et Seyssinet-Pariset, les premières années de ma vie.

 

Je m’y suis construit. J’y ai connu ma femme et j’y ai élevé mes enfants. J’ai perdu des êtres chers et eu des moments de bonheurs immenses. J’ai toujours vécu dans cette ville. J’y ai été élu. J’y ai toujours travaillé. J’en connais chaque rue et presque chaque moment de son histoire. Tous ces moments sont devenus aussi un peu de mon histoire personnelle. Chaque rue, chaque place est chargée de souvenirs et de moments où le cœur de cette ville a battu en même temps que celui de ceux qui la font vivre.

 

Stéphane Gemmani. © Nils Louna - placegrenet.fr

Stéphane Gemmani. © Nils Louna – placegrenet.fr

C’est pourquoi j’ai toujours tenu à être un Grenoblois parmi les Grenoblois. Parce que j’aime profondément, sincèrement cette ville et mon attachement à ses habitants est fidèle et indéfectible. Mais aujourd’hui, l’avenir de Grenoble est pour moi un motif d’inquiétude et d’espérance. Un motif d’inquiétude, car depuis plusieurs années, notre ville se fracture chaque jour un peu plus.

 

Son tissu social se délite sous l’effet de politiques municipales davantage guidées par l’idéologie que par le désir d’être utiles au bien public. Un fossé s’est creusé entre la ville et ceux qui la représentent et l’administrent. Mais, soyons honnêtes, ce fossé ne date pas de l’actuelle majorité qui siège à l’Hôtel de Ville. Une forme d’aristocratie politique a remplacé la méritocratie qui a fondé l’utopie grenobloise.

 

Mon autre inquiétude réside aussi dans le fait que notre ville a cessé de jouer en première division. Les richesses produites à Grenoble ont cessé d’alimenter son développement social. Et je le vois jour après jour au sein de la Région Auvergne-Rhône-Alpes que ce qui a fait le succès du modèle grenoblois a cessé d’opérer.

 

 

« Je suis disponible pour ma ville et pour l’audace qu’elle espère depuis si longtemps »

 

Mais c’est aussi un motif d’espérance car je sens, et j’en suis intimement convaincu, que la manufacture grenobloise n’a pas fini de produire les utopies inscrites dans son ADN.

 

Nous avons à disposition tous les leviers pour faire de cette ville un territoire promis à des jours heureux, à la prospérité économique mise au service de l’innovation sociale et environnementale. À Grenoble, nous avons un message à porter pour défendre l’universalisme des valeurs de la République et pour dire à nos concitoyens qu’il n’y a pas de fatalité au populisme, au repli identitaire et à l’asservissement à des idéologies doctrinaires.

 

Et c’est ce que je m’efforce de faire depuis janvier 2016, en rassemblant des femmes et des hommes de tout horizons, quels que soient leurs histoires, leurs parcours et leurs origines.

 

Aujourd’hui, je suis un Grenoblois parmi les Grenoblois, fruit d’une ville dont l’avenir est exaltant.

Aujourd’hui, je veux faire que l’ambition des cœurs pèse plus lourd que l’ambition tout court.

Aujourd’hui, je suis disponible pour ma ville et pour servir l’audace qu’elle espère depuis si longtemps.

 

***

 

 

Rappel : Les tribunes publiées sur Place Gre’net ont pour vocation de nourrir le débat et de contribuer à un échange constructif entre citoyens d’opinions diverses. Les propos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opinions des journalistes ou de la rédaction et n’engagent que leur auteur.

 

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Commentaires 6
  1. Oui, la précarité est un fléau, mais non, elle ne se transmet pas systématiquement de génération en génération.
    Je suis comme vous petite-fille d’immigré italien. Mes grands-parents et arrière-grands-parents sont arrivés à Grenoble dans les années 30 avec une malle pour seuls bagages. Ils ont vécu de nombreuses années dans le dénuement mais ont toujours travaillé, le plus souvent pour un salaire dérisoire. A force de travail et d’efforts, ils ont petit à petit pu se loger et gagner en confort de vie. Mon propre père était mécanicien auto, puis chauffeur, et s’est ensuite formé pour devenir contrôleur technique auto. Mon frère et moi-même, tous deux âgés d’une trentaine d’années, sommes titulaires d’un diplôme universitaire et gagnons correctement notre vie. Tout ceci en ayant fréquenté les écoles publiques.
    Ce n’est pas en invoquant « l’impunité de classe » de la « bourgeoisie » et en victimisant les gens que l’on pourra les sortir de leur précarité, mais en leur donnant des armes pour se faire une place dans la société, grâce à l’éducation, au travail et à l’assiduité. J’ai conscience que mon discours est un plaidoyer pour la méritocratie… mais je suis la preuve qu’il ne s’agit pas seulement de belles paroles.
    Bien sûr, je ne nie pas la consanguinité de certains milieux, où certains ont gagné leur place par cooptation. Mais la réalité n’est pas aussi manichéenne que ce que vous la décrivez, dans un discours ultra idéologique. N’enfermons pas les gens dans un statut de victime, je crois qu’ils demandent mieux que ça !

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    • Je ne souhaite pas nécessairement prendre cause pour Gemmani. Néanmoins reconnaissons que Grenoble aime les élites pour sa ville, ingénieur, chercheur, médecin, avocat…et la plupart de nos maires ont été installés via des élites ou des réseaux.
      Gemmani a navigué au centre, il n’a pas ces réseaux à la base, ni ces études. Et il est parvenu à s’installer dans le paysage de notre ville. Et justement la meritocratie peut installer un Maire différent en 2020, fils de l’immigration italienne…la suite on la connaît.
      En tout cas je suis heureux de voir enfin des opposants de gauche et du centre en face de Piolle.

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  2. Voici le sursaut que j’esperais, enfin un candidat qui pourrait clairement être un challenger sérieux à la municipalité actuelle.
    Gemmani a des valeurs, fondateur du Samu social, un homme impliqué plutôt centriste certes, mais avec une véritable fibre sociale et une colonne vertébrale solide pour le conduire au bout du processus électoral.
    Il doit maintenant aller chercher des acteurs économiques et politiques anciens socialistes qui ne retrouvent pas chez Hamon et sans doute au centre chez les déçus du Modem et de En Marche.
    L’espace politique existe mais sera-t-il capable d’aller le chercher là où Veran via Fioraso pousse déjà Lévy, et où Piolle chasse à gauche FI Hamon et EELV mais avec un équilibre plus que branlant…

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  4. HONTE A VOUS d’avoir publié ce qui n’est pas une tribune, mais un appel au vote!µ
    Ca va se régler demain ça 😀

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