UNE Démolition des immeubles 2,4,6 place Joseph Riboud, Cité de l'Abbaye, 15 novembre 2017. © Séverine Cattiaux - Place Gre'Net

Cité de l’Abbaye : la démo­li­tion a débuté sous le regard nos­tal­gique des habitants

Cité de l’Abbaye : la démo­li­tion a débuté sous le regard nos­tal­gique des habitants

REPORTAGE – Le Collectif pour la sau­ve­garde de la Cité de l’Abbaye a donc perdu la bataille. Le quar­tier ouvrier typique avec ses volets verts, de par son archi­tec­ture, label­lisé “patri­moine du XXe siècle”, va subir un pro­fond renou­veau. Disparaître en par­tie même : trois immeubles sur quinze sont en cours de démo­li­tion. Et ce n’est que le début. Réaction à chaud d’anciens habi­tants venus voir le chantier.

Démolition des immeubles 2,4,6 place Joseph Riboud, Cité de l'Abbaye, 15 novembre 2017. © Séverine Cattiaux - Place Gre'Net

Démolition des immeubles 2,4,6 place Joseph Riboud, Cité de l’Abbaye, 15 novembre 2017. © Séverine Cattiaux – Place Gre’Net

Les immeubles 2, 4 et 6 de la Cité de l’Abbaye construite dans les années 20, seront pro­gres­si­ve­ment démo­lis d’ici décembre.

La pel­le­teuse a démarré le tra­vail d’écrêtage sur l’immeuble n°4 de la place Joseph Riboud. C’est dans cet immeuble pré­ci­sé­ment, dans un T3, qu’ont vécu les grands-parents, puis les parents de Robert et ses quatre frères. Lui a quitté le quar­tier, il y a vingt-six ans.

Hasard ou coïn­ci­dence, il se trouve là aujourd’hui, dans son ancien quar­tier, au moment même où la pel­le­teuse éventre l’ancien loge­ment où il a grandi. Une vision qui lui pro­voque un pin­ce­ment au cœur.

« J’ai habité ici, et je m’en suis sorti »

« Je viens d’un milieu ouvrier. C’est comme cela qu’on s’est retrou­vés ici, dans ce quar­tier popu­laire avec des Gitans, des Pieds noirs, des Algériens, se remé­more Robert, le regard rivé sur la pel­le­teuse, et son ancien loge­ment au n°4. Nous étions cinq frères à dor­mir dans une pièce […] et, mal­gré tout, on a été heu­reux. »

Cité de l'Abbaye, Grenoble, 15 novembre 2017. © Séverine Cattiaux - Place Gre'Net

Cité de l’Abbaye, Grenoble, 15 novembre 2017. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Enfin, tout était loin d’être rose. Robert a quand même souf­fert de la mau­vaise répu­ta­tion du quar­tier. Il n’é­tait pas bien vu d’ha­bi­ter la Cité de l’Abbaye. « On disait qu’on habi­tait der­rière la pati­noire [deve­nue la Halle Clémenceau, ndlr.] C’était suf­fi­sam­ment vague. »

Et de lâcher : « J’ai habité ici, et je m’en suis sorti, ce qui n’est pas le cas de tous les gens que j’ai côtoyés à l’école à cette époque. Mais notre famille n’a jamais eu de sou­cis. Il ne fal­lait pas se mêler de ce qu’il se pas­sait. Par contre, je n’aurais pas sou­haité un tel contexte pour mes enfants. »

La démo­li­tion moins chère que la rénovation 

Mobilisé durant des mois pour pré­ser­ver ce patri­moine remar­quable dans son inté­gra­lité, le Collectif pour la sau­ve­garde de la Cité de l’Abbaye a donc perdu la par­tie. Cet ensemble d’im­meubles consti­tué de plu­sieurs blocs agen­cés en U, cha­cun autour d’une petite place, ne peut être entiè­re­ment rénové.

En cause : le coût et la com­plexité de la réno­va­tion. A savoir 110 000 envi­ron euros par loge­ment à réno­ver, aurait estimé le bailleur Actis. De fait, ce der­nier et la Ville de Grenoble ont opté pour une démo­li­tion par­tielle dans un pre­mier temps, qui com­mence par 54 loge­ments sur les 240 que tota­lise la cité de l’Abbaye.

Démolition des immeubles 2,4,6 place Joseph Riboud, Cité de l'Abbaye, 15 novembre 2017. © Séverine Cattiaux - Place Gre'Net

Démolition des immeubles 2,4,6 place Joseph Riboud, Cité de l’Abbaye, 15 novembre 2017. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

De ces loge­ments label­li­sés « patri­moine du XXe siècle » seront tout de même conser­vés quelques élé­ments remar­quables : volets, che­mi­nées, fenêtres d’es­ca­liers, portes palières et portes de halle. Robert n’a pas entendu par­ler de ce col­lec­tif. Fallait-il démo­lir, selon lui ? Sans ter­gi­ver­ser, il répond que « oui, c’est mieux ainsi. Les murs se fis­su­raient déjà quand j’y habi­tais. L’immeuble repose sur des fon­da­tions en bois », semble-t-il savoir.

L’isolation sonore n’était pas non plus des plus opti­males : « Quand le voi­sin du qua­trième tous­sait, on l’entendait au pre­mier étage. » Robert pré­fère se dire que de meilleurs loge­ments seront construits pour les habi­tants : « Même si nous avions de grandes pièces à l’é­poque », tient-il à sou­li­gner. Pour autant, il conçoit que les gens puissent demeu­rer très atta­chés à cette cité. C’était le cas de sa grand-mère décé­dée en 2014. « Elle n’a jamais voulu quit­ter le quar­tier alors qu’on le lui a pro­posé à plu­sieurs reprises. Elle était très contra­riée par le pro­jet de réno­va­tion en cours. »

Les anciens loca­taires seront prio­ri­taires pour les nou­veaux logements

Un peu plus loin, Mathilde une jeune mamie, et son petit-fils dans la pous­sette, viennent obser­ver la pel­le­teuse à l’ou­vrage, accom­pa­gnés de leur ami Jérémie.

Démolition des immeubles 2,4,6 place Joseph Riboud, Cité de l'Abbaye 15 novembre 2017. © Séverine Cattiaux - Place Gre'Net

Démolition des immeubles 2,4,6 place Joseph Riboud, Cité de l’Abbaye, 15 novembre 2017. © Séverine Cattiaux – Place Gre’Net

Ces deux anciens habi­tants regrettent leur vie dans la cité. « Ça fait quelque chose ! », lance Mathilde. Ils ont tous les deux été relo­gés dans le sec­teur, il y a quelques mois.

Jérémie habite le nou­veau quar­tier qui se construit à côté de la Cité, et Mathilde a emmé­nagé dans un loge­ment, dans l’an­cien par contre.

Et cela ne lui convient pas du tout, car elle doit désor­mais débour­ser un loyer plus élevé. Les allo­ca­tions per­son­na­li­sées au loge­ment (APL) n’ont-elles pas été rééva­luées ? « Eh bien non, puisque mes APL étaient déjà au maxi­mum », se lamente-t-elle. Jérémie comme Mathilde espèrent reve­nir habi­ter dans le quar­tier « avec les mêmes voi­sins, et la même ambiance ». La Ville et Actis leur ont pro­mis qu’ils seraient prio­ri­taires. « J’attends tou­jours de signer ce papier d’Actis », s’im­pa­tiente-t-elle.

Le deve­nir du reste de la cité, encore inconnu 

La Cité de l'Abbaye telle que Grenoble l'a connue, tire sa révérence. Ce patrimoine ouvrier sera-t-il démoli à la marge ou davantage ? Réponse en 2018.

Cité de l’Abbaye à Grenoble : chaque îlot com­porte un parc en son centre © Thibaut Ghironi

Mathilde et Jérémie ont quitté leur loge­ment de la place Joseph Riboud, tan­dis que d’autres appar­te­ments sont encore habi­tés dans la Cité Abbaye.

Quel est le deve­nir de ces loge­ments ? Il faut s’at­tendre à d’autres démolitions.

Au micro de France 3, Thierry Chastagner, adjoint sec­teur 5, se contente d’une réponse mi-figue, mi-rai­sin : « On va vers un scé­na­rio sans doute mixte, asso­ciant la réha­bi­li­ta­tion et la réno­va­tion. » Début 2018, la Ville et Actis devraient dévoi­ler la suite de leur projet.

Séverine Cattiaux 

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Séverine Cattiaux

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