Pollution de l’Isère : bras de fer entre Lactalis et le maire de Saint-Just-de-Claix

sep article



EN BREF – Bras de fer entre le maire de la petite commune de Saint-Just-de-Claix et le groupe industriel Lactalis. Tandis que la fromagerie l’Étoile du Vercors déverse ses eaux usées dans l’Isère, l’édile refuse d’accorder un permis pour construire une station d’épuration, exigeant de l’entreprise qu’elle se raccorde au réseau public d’assainissement.

 

 

« Comment stop­per la pol­lu­tion de la rivière Isère à Saint-Just-de-Claix ? » Cette ques­tion, la Fédération Rhône-Alpes de pro­tec­tion de la nature (Frapna-Isère) se la posait déjà en 2014. En cause ? La fro­ma­ge­rie l’Étoile du Vercors, pro­priété du groupe groupe Lactalis depuis 2011, dont les effluents* « se dévers[ai]ent par mil­liers de m3 direc­te­ment dans l’Isère ». Trois ans plus tard, rien n’a changé…

 

Un bras de fer oppose le maire de Saint-Just-de-Claix et le groupe Lactalis, dont la fromagerie Étoile du Vercors déverse ses eaux usées dans l'Isère.La fromagerie l'Étoile du Vercors © Étoile du Vercors - Page Facebook

La fro­ma­ge­rie l’Étoile du Vercors © Étoile du Vercors – Page Facebook

 

L’affaire est reve­nue dans les médias à la faveur d’une nou­velle demande de per­mis dépo­sée par Lactalis auprès du maire de Saint-Just-de-Claix, Joël O’Baton. Depuis plu­sieurs années, Lactalis demande en effet l’au­to­ri­sa­tion de construire une sta­tion d’é­pu­ra­tion auto­nome sur la com­mune qui lui per­met­trait de trai­ter ses effluents. Et l’en­tre­prise se heurte à un refus muni­ci­pal.

 

 

Le maire veut un raccordement au réseau public d’assainissement

 

Pour quelle rai­son ? « Un réseau public d’as­sai­nis­se­ment a été fait, qui arrive devant leur cour. Nous deman­dons à l’en­tre­prise de se rac­cor­der », nous répond Joël O’Baton. Qui ajoute que, dès l’an 2000 et donc avant le rachat de l’en­tre­prise par Lactalis, les res­pon­sables de l’Étoile du Vercors avaient donné leur accord à ce rac­cor­de­ment.

 

Mairie de Saint-Just-de-Claix. DR

Mairie de Saint-Just-de-Claix. DR

Pas ques­tion pour le maire, de fait, d’ac­cor­der un per­mis de construire pour une sta­tion d’é­pu­ra­tion. « Ils veulent plan­ter une sta­tion en plein ter­rain agri­cole ! », s’a­gace Joël O’Baton.

 

L’édile « campe sur sa posi­tion », quand bien même la pré­fec­ture de l’Isère elle-même l’a mis en demeure d’ac­cor­der le per­mis à l’en­tre­prise.

 

C’est notam­ment le coût de la sta­tion qui pose souci au maire : « En plus du pro­blème de pol­lu­tion, on a un pro­blème d’argent public ». Joël O’Baton n’a, de toute évi­dence, pas l’in­ten­tion de céder. Quand bien même, assure-t-il, Lactalis ne manque pas de pra­ti­quer le chan­tage à l’emploi, l’u­sine employant plus d’une cen­taine de sala­riés.

 

 

Impossibilité technique, rétorque Lactalis

 

Côté Lactalis, l’a­ga­ce­ment est tout autant de mise. Dans un com­mu­ni­qué dif­fusé le 2 novembre 2017, le groupe évoque des « polé­miques sté­riles » et des « décla­ra­tions erro­nées dans les médias », déplo­rant « les nom­breuses attaques et allé­ga­tions regret­tables et fausses du maire de Saint-Just ».

 

Lactalis l’af­firme : sa volonté de remé­dier à la situa­tion est « constante »… à condi­tion d’ob­te­nir un per­mis de construc­tion pour une sta­tion d’é­pu­ra­tion. Quid du rac­cor­de­ment au fameux réseau public ? « Le groupe Lactalis a man­daté des études qui ont mon­tré que le rac­cor­de­ment à la sta­tion inter­com­mu­nale n’était tech­ni­que­ment pas pérenne et ne pou­vait rece­voir le type d’effluents de la fro­ma­ge­rie sans péna­li­ser son fonc­tion­ne­ment », répond le com­mu­ni­qué.

 

Joel O'Baton, maire de Saint-Just-de-Claix, interviewé sur France 3. « Des polémique stériles », juge Lactalis © France 3 Auvergne-Rhône-Alpes

Joel O’Baton, maire de Saint-Just-de-Claix, inter­viewé sur France 3. « Des polé­mique sté­riles », juge Lactalis. © France 3 Auvergne-Rhône-Alpes

 

« Il ne s’agit pas uni­que­ment de rac­cor­der sim­ple­ment la sor­tie des effluents mais [il] est néces­saire de construire un bas­sin de pré­trai­te­ment », ajoute Lactalis. Un bas­sin de pré­trai­te­ment qui néces­si­tera… un per­mis de construire. Ce que le maire de Saint-Just-de-Claix « sait d’ailleurs très bien », consi­dère le groupe.

 

Enfin, le com­mu­ni­qué éva­cue la ques­tion du coût avec autant de célé­rité que sa fro­ma­ge­rie les effluents : « Les détails tech­niques des inves­tis­se­ments qui sont de 2 mil­lions d’euros ont été lar­ge­ment par­ta­gés avec les ser­vices com­pé­tents de l’État. » Une situa­tion de blo­cage en somme… dont l’Isère est la pre­mière à souf­frir.

 

Florent Mathieu

 

 

  • * Les eaux usées ou pol­luées.

 

 

Pays Voironnais, un jour, une activité
commentez lire les commentaires
2662 visites | 0 réaction
logos commentaires logos commentaires

Commentez ou réagissez

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Votre commentaire sera publié dans les plus brefs délais, après modération.