Semaine des fiertés 2017 : inquiétudes, revendications… et paillettes ?

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La Semaine des fiertés, c’est parti ! Lancée au soir du mardi 23 mai à l’Hôtel de ville de Grenoble, ce moment de rencontres avec la cause LGBT s’ouvre sur une tonalité assez grave. La hausse des agressions homophobes ou “l’affaire” Hanouna ont de quoi noircir les discours. Toujours unis, cependant, sous les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

 

« Grenobloises et Grenoblois, mili­tez, enga­gez-vous… mais n’ou­bliez pas les paillettes ! » Tel est le cri du coeur d’Emmanuel Carroz, adjoint de Grenoble à l’é­ga­lité des droits et la vie asso­cia­tive. Des « paillettes » pour fêter le lan­ce­ment, mardi 23 mai à l’Hôtel de Ville de Grenoble, d’une nou­velle « Semaine des fier­tés. »

 

La Chorale LGBTIH Free Son, qui répète tous les mercredis au Centre LGBT Grenoble Cigale, a donné de la voix © Florent Mathieu - Place Gre'net

La Chorale LGBTIH Free Son, qui répète tous les mer­cre­dis au Centre LGBT Grenoble Cigale, a donné de la voix © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Malgré les sou­rires, les rires, les applau­dis­se­ments et le moment de grâce offert par la cho­rale LGBTIH (Lesbien, gay, bi, trans­genre, inter­sexe et… hetero-friendly) Free-Son, c’est pour­tant bien une cer­taine gra­vité qui res­sort des dis­cours. Moment-clé pour les mili­tants de la cause LGBT, la Semaine des fier­tés ne s’ac­com­pagne pas moins de tristes réa­li­tés.

 

 

 

Des agressions physiques, verbales… et télévisuelles

 

 

Au micro, Sophie Vilfroy et Emma, de l’as­so­cia­tion SOS Homophobie, dressent un bilan dou­lou­reux de l’an­née 2016. En exergue : une aug­men­ta­tion de 19,5 % des agres­sions homo­phobes par rap­port à l’an­née pré­cé­dente.

 

Ces agres­sions, on les retrouve au sein des cercles fami­liaux dans les lieux publics ou, natu­rel­le­ment, sur Internet. Un « déchai­ne­ment de la parole homo­phobe », dénonce l’as­so­cia­tion, mais aussi un déchai­ne­ment de vio­lence. 124 agres­sions phy­siques ont ainsi été repor­tées à SOS Homophobie en 2016, dont un quart de vio­lences intra­fa­mi­liales sur des jeunes. Sur les dépar­te­ments Isère, Savoie et Haute-Savoie, l’as­so­cia­tion a recueilli 31 témoi­gnages en 2016.

 

Emma et Sophie Vilfroy, de l'association SOS homophobie © Florent Mathieu - Place Gre'net

Emma et Sophie Vilfroy, de l’as­so­cia­tion SOS homo­pho­bie © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

« Il y a des per­sonnes qui n’osent pas témoi­gner. Ce chiffre, il faut le mul­ti­plier par deux ou par trois », nous confie Sophie Vilfroy. Mais pour­quoi une telle hausse ? Plusieurs fac­teurs entrent en jeu, nous disent les membres de l’as­so­cia­tion. Plus visible, SOS Homophobie rece­vrait plus de témoi­gnages qu’au­pa­ra­vant. Mais Sophie Vilfroy évoque sur­tout « une homo­pho­bie bana­li­sée au sein de la société, dans les médias… ou chez les poli­tiques, dont le silence est assour­dis­sant. »

 

Les médias et… Cyril Hanouna ? La polé­mique entou­rant le “sketch” de l’a­ni­ma­teur, dans lequel il piège via une fausse annonce des homo­sexuels, est dans tous les esprits. Mais jamais le nom du pré­sen­ta­teur de Touche pas à mon poste ne sera men­tionné. « Un cré­tin homo­phobe qui s’i­gnore », se  conten­tera de dire Emmanuel Carroz. « On bana­lise les moque­ries, on bana­lise la vio­lence : simples pré­textes à diver­tis­se­ment, elles deviennent légi­times pour le télé­spec­ta­teur », ajoute l’ad­joint à l’é­ga­lité des droits.

 

 

Une soirée et une semaine de revendications

 

 

La soi­rée de lan­ce­ment de la Semaine des fier­tés est éga­le­ment un moment de reven­di­ca­tions. Coordinateur de la Marche des fier­tés, Léo Gatellier n’ou­blie pas de les citer : ouver­ture de la PMA (Procréation médi­ca­le­ment assis­tée) pour les couples de les­biennes, ouver­ture au droit du don du sang aux per­sonnes gays, ou encore « sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures judi­ciaires, médi­cales, éco­no­miques et sociales de chan­ge­ment d’é­tat civil pour les per­sonnes trans­sexuelles. »

 

Le Refuge, SOS Homophobie, Rita, Vues d'en face, le Centre LGBT Grenoble Cigale... Nombre d'associations étaient présentes pour le lancement de la Semaine des fiertés © Florent Mathieu - Place Gre'net

Le Refuge, SOS Homophobie, Rita, Vues d’en face, le Centre LGBTI Grenoble Cigale… Nombre d’as­so­cia­tions étaient pré­sentes pour le lan­ce­ment de la Semaine des fier­tés © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Des reven­di­ca­tions qui seront por­tées durant le pro­gramme de la Semaine des fier­tés. Échanges avec des asso­cia­tions (Rita ou Grrrnoble Bears asso­cia­tion), apé­ri­tifs et pique-niques, pro­jec­tion de films ou confé­rences… Les occa­sions d’al­ler à la ren­contre du monde LGBT sont aussi nom­breuses que variées. Mais le point d’orgue de la semaine demeure sans nul doute la Marche des fier­tés, qui se tien­dra le samedi 3 juin à par­tir de 14 heures 30 au Jardin de ville.

 

« Nous avons pu main­te­nir la Marche et c’est une grande joie, même si cette année nous avons des condi­tions de sécu­rité un peu plus dif­fi­ciles, vu le contexte », se réjouit Emmanuel Carroz. Qui veut croire aux reven­di­ca­tions por­tées par les mili­tants LGBT,  dont il a lui-même fait par­tie.

 

 

 

« Avoir l’état civil qui correspond à son identité de genre »

 

 

L’une des pré­oc­cu­pa­tions de l’ad­joint à la Ville de Grenoble ? La ques­tion du chan­ge­ment  d’é­tat civil. « Il faut que les lois changent, qu’elles soient inclu­sives, que per­sonne ne sente au bord de la route. Le chan­ge­ment d’é­tat civil peut se faire mais c’est un par­cours du com­bat­tant. On doit avoir l’é­tat civil qui cor­res­pond à son iden­tité de genre, cela devrait être facile d’en chan­ger. Et pour­quoi pas en mai­rie ? »

 

Emmanuel Carroz © Florent Mathieu - Place Gre'net

Emmanuel Carroz © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Malgré le ton par­fois grave de la soi­rée, Emmanuel Carroz refuse la maus­sa­de­rie. « L’une des forces des mili­tants LGBT, c’est de savoir mili­ter dans les paillettes et dans les bulles. La Marche est un moment mili­tant mais un moment de joie. J’en parle en tant qu’­ho­mo­sexuel moi-même : il n’est pas hon­teux d’être homo­sexuel ce n’est pas grave. Nous sommes juste comme tout le monde ! »

 

En atten­dant une société où l’ho­mo­sexua­lité sera accep­tée et “nor­ma­li­sée”, et dans laquelle les homo­sexuels n’au­ront ni à avoir honte, ni à être fiers, de leur iden­tité ? Emmanuel Carroz acquiesce. Avant d’a­jou­ter : « Mais on aura tou­jours un côté paillettes ! »

 

 

 

Florent Mathieu

 

 

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