Graines de citoyenneté dans le verger partagé Essen’Ciel au cœur de Grenoble

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FOCUS – Alors que Nuit debout vient de déposer sa pétition auprès de la Ville pour cultiver des fruits et légumes dans les espaces urbains, en prévision du conseil municipal du 11 juillet, d’autres initiatives citoyennes ou municipales du même type ont d’ores et déjà vu le jour. Zoom sur le projet Essen’Ciel, verger partagé urbain, qui fête sa première année d’existence.

 

 

 

Anniversaire du verger "Essen'Ciel". 3 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Anniversaire du ver­ger Essen’Ciel, 3 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

En ce soir de juillet, le petit jar­din de la rue Ampère, situé der­rière le par­king-relais du pont de Catane, est animé. En l’es­pace d’une année, cet ancien ter­rain vague s’est trans­formé en ver­ger col­lec­tif urbain, bap­tisé Essen’Ciel.

 

C’est à l’oc­ca­sion de son pre­mier anni­ver­saire, ce 3 juillet 2016, que l’on retrouve ses jar­di­niers, des voi­sins et même Eric Piolle, maire de Grenoble, tous réunis dans une ambiance très convi­viale. Au pro­gramme de cette soi­rée : visite du ver­ger, des plan­ta­tions et dégus­ta­tion de plats faits mai­son.

 

« J’ai décou­vert que notre maire avait la main verte ! », s’amuse Damien, un des par­ti­ci­pants du ver­ger l’Essen’Ciel, en rap­pe­lant que l’année der­nière, lors de l’inauguration du ver­ger, Eric Piolle avait planté des hari­cots. « Je l’ai décou­vert aussi ! », s’a­muse l’in­té­ressé avec un grand sou­rire. Qui pré­cise qu’il n’a pas du tout l’habitude de jar­di­ner, contrai­re­ment à son épouse qui « jar­dine beau­coup ».

 

Les ini­tia­tives citoyennes de plan­ta­tion semblent enchan­ter le maire. Et celui-ci de sou­li­gner, au pas­sage, le manque d’es­paces verts dans la ville, tout en saluant les ini­tia­tives « même anar­chiques » de végé­ta­li­sa­tion. Entendez Légumes debout.

 

 

Un peu d’histoire

 

Anniversaire du verger "Essen'Ciel". 3 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Entrée du ver­ger. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Le ver­ger Essen’Ciel a été ini­tié par la mai­rie de Grenoble en octobre 2014. La pre­mière réunion a res­sem­blé une tren­taine d’ha­bi­tants et « le noyau dur » du pro­jet réunit aujourd’hui envi­ron quinze per­sonnes de tous les âges. Les par­ti­ci­pants sou­lignent avant tout l’im­por­tance de la dimen­sion sociale du ver­ger, qui leur a per­mis de se retrou­ver autour d’une acti­vité com­mune.

 

 

Avant les pre­mières plan­ta­tions sous l’égide du ser­vice des espaces verts de la Ville, les ser­vices tech­niques ont changé la terre sur un mètre de pro­fon­deur. Ensuite, qua­torze arbres frui­tiers ont été plan­tés en décembre 2014. Le ver­ger compte éga­le­ment aujourd’­hui des arbustes et des plantes aro­ma­tiques. Géré par un col­lec­tif d’habitants, l’Essen’Ciel est ouvert à tous et ses récoltes acces­sibles au public.

 

 

 

« Sentir qu’on apporte notre petite graine »

 

 

« Dans les pro­jets de jar­dins par­ta­gés, il y a la dimen­sion de “pro­duire”, mais sur­tout la dimen­sion humaine de se sen­tir une par­tie d’un groupe », estime Marie Arnould, membre du ver­ger Essen’Ciel et rédac­trice en chef de la revue Les 4 sai­sons du jar­din bio. « On a besoin de faire des choses construc­tives et d’ap­por­ter notre petite graine à notre niveau. Le lien social créé par ce type de pro­jet est une évi­dence. Pour moi, c’est la plus-value majeure. »

 

Anniversaire du verger "Essen'Ciel". 3 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Marie Arnould fait visi­ter le ver­ger à Eric Piolle. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Bien qu’é­tant membre active du ver­ger par­tagé, Marie Arnould ne s’est pas encore beau­coup nour­rie grâce à ce pota­ger mais les plan­ta­tions col­lec­tives ont réuni des habi­tants du quar­tier qui orga­nisent régu­liè­re­ment des “apé­ros” et qui échangent avec des pas­sants curieux.

 

 

Autre valeur ajou­tée de ces ini­tia­tives citoyennes de jar­di­nage col­lec­tif, une double « prise de conscience ». Premièrement, comme l’in­dique Sylvie, l’i­ni­tia­trice de Légumes debout, « il faut faire prendre conscience aux gens que l’es­pace public nous appar­tient ».

 

Deuxièmement, comme le pré­cise Marie Arnould, « c’est réa­li­ser qu’on ne peut pas dépendre com­plè­te­ment de l’ex­té­rieur dans tout et qu’on peut se réap­pro­prier notre nour­ri­ture ». « Souvent, la logique des gens qui habitent dans la ville est “On est des consom­ma­teurs”. Et, en réa­lité, on n’est jamais acteurs », déplore-t-elle. Même si la mai­rie ini­tie et sou­tient des pro­jets de ce genre, elle ne peut pas tout impul­ser. Les auto­ri­tés ont besoin d’une société civile qui montre de quoi elle a envie. C’est donc très bien que les gens s’ap­pro­prient les espaces urbains. »

 

 

 

« Ce projet peut susciter des réactions d’incompréhension »

 

 

Anniversaire du verger "Essen'Ciel". 3 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

La bou­gie de pre­mier anni­ver­saire du ver­ger Essen’Ciel. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Tout n’est pas rose cepen­dant. Les pro­jets de jar­dins par­ta­gés ont des contraintes et sus­citent même des réac­tions méfiantes et hos­tiles. Des par­ti­ci­pants aux actions de Légumes debout ont ainsi constaté que cer­taines de leurs pre­mières plan­ta­tions dans le quar­tier de Bonne avaient été arra­chées. Vandalisme ? Signes de colère ? D’incompréhension ? Comment expli­quer ces réac­tions néga­tives ?

 

« D’abord, ces pro­jets peuvent paraître uto­piques, pense Marie Arnould. Dans le ver­ger Salengro, les par­ti­ci­pants ont dû replan­ter une fois les arbres et deux fois les arbustes car leurs pre­mières plan­ta­tions avaient été arra­chées. Ce pro­jet peut sus­ci­ter des réac­tions d’in­com­pré­hen­sion car il remet en cause des habi­tudes. Certains étaient habi­tués à lâcher leurs chiens dans ces espaces…

 

D’autres trouvent com­plè­te­ment inin­té­res­sant de faire pous­ser des légumes alors qu’on les trouve sous plas­tique dans un super­mar­ché et que c’est bien plus pra­tique. Il s’a­git d’un chan­ge­ment pro­fond, donc il y a des résis­tances. Ces pro­jets doivent faire leurs preuves sur le long terme. »

 

Anniversaire du verger "Essen'Ciel". 3 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Pommier « National ». © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Reste que la pre­mière contrainte demeure l’as­si­duité. Il faut retour­ner régu­liè­re­ment sur les lieux de plan­ta­tion, arro­ser les plantes et… ne pas bais­ser les bras à la pre­mière dif­fi­culté venue.

 

Autre aspect à prendre en consi­dé­ra­tion avant de com­men­cer les plan­ta­tions : la pol­lu­tion. Il y a quelques années, la ville de Grenoble avaient ainsi demandé aux citoyens de ces­ser leurs cultures le long du parc Pompidou, suite à une ana­lyse du sol révé­lant une pol­lu­tion impor­tante.

 

« Il y a des tas de jar­dins par­ta­gés à Grenoble et tout pousse très bien ! », tem­père tou­te­fois Marie Arnould. Si vous avez de la bonne terre et que vous appor­tez le com­post, ce n’est pas parce que la terre est un peu pol­luée que cela va vous empê­cher d’a­voir des légumes. Entre des tomates hors-sol gavées de pes­ti­cides et des tomates réa­li­sées en bio dans des jar­dins de ville, je pense que la balance penche vers des tomates culti­vées en bio. »

 

 

 

Vers l’auto-suffisance ?

 

 

Les pro­jets citoyens de plan­ta­tion de comes­tibles dans les espaces urbains peuvent-ils abou­tir à terme à l’auto-suf­fi­sance ali­men­taire ? Marie Arnould n’y croit pas. « Il fau­drait pour cela impli­quer les cam­pagnes envi­ron­nantes. » Et celle-ci de citer l’exemple des micro-fermes tra­vaillant avec les tech­niques d’in­ten­si­fi­ca­tion. « Avec ce savoir-faire retrouvé, ils arrivent à pro­duire un chiffre d’af­faires de 57.000 euros en un an sur 1000 mètres car­rés. » Soit un chiffre d’af­faires cor­res­pon­dant à un hec­tare, un espace dix fois plus grand. « On est aussi en train de décou­vrir qu’on peut faire du maraî­chage inten­sif avec le bio. »

 

Anniversaire du verger "Essen'Ciel". 3 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Eric Piolle fait quelques plan­ta­tions lors de la fête d’an­ni­ver­saire du ver­ger Essen’Ciel. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

 

En Angleterre, une ville a pu for­te­ment pro­gres­ser sur le plan de l’auto-suf­fi­sance ali­men­taire grâce à une sen­si­bi­li­sa­tion au jar­di­nage, à la consom­ma­tion res­pon­sable et au bio. Le nom de cette com­mune ayant vu naître l’i­ni­tia­tive Increadible Edibles (Incroyables comes­tibles) ? Todmorden. Ses habi­tants, situés dans une région pauvre du nord de l’Angleterre, se sont mis à se vendre des pro­duits ali­men­taires les uns aux autres, relo­ca­li­sant petit à petit la pro­duc­tion.

 

Anniversaire du verger "Essen'Ciel". 3 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

© Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

 

« Il y a d’é­normes pro­grès à faire chez nous, donc fai­sons-les !, s’en­thou­siasme Marie Arnould. Après, que l’on soit auto-suf­fi­sants ou non, peu importe. Il vau­dra tou­jours mieux pro­duire un petit peu sur place que tout impor­ter. »

 

 

Yuliya Ruzhechka

 

 

 

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Commentaires 1
  1. On peut fer­mer trois biblio­thèques, trois Maisons des Habitants, sup­pri­mer le ser­vice Santé sco­laire et n’en être pas moins un être sen­sible et atten­tif aux légumes urbains . Légume debout !!

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