Près d’un quart des espèces animales menacées en Isère

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FOCUS – Près d’une espèce animale sur quatre est menacée en Isère. Et autant sont sous surveillance. Depuis 1995, oiseaux, amphibiens, reptiles et mammifères sont en effet évalués et listés en fonction de leur état de conservation. Au-delà du constat, reste maintenant à mettre en œuvre les actions.

 

 

 

En Isère, 22 % des espèces ani­males sont mena­cées. Vulnérables, en dan­ger cri­tique ou en dan­ger de dis­pa­ri­tion. C’est le résul­tat d’une large étude com­man­dée par le Conseil dépar­te­men­tal de l’Isère et réa­li­sée par une petite cen­taine de spé­cia­listes* conduits par la Ligue de pro­tec­tion des oiseaux (LPO) de l’Isère. La troi­sième depuis 1995 dans un dépar­te­ment pré­cur­seur en la matière**.

 

Près de la moitié des espèces animales de l'Isère sont menacées ou presque menacées. Crédit Alain Gagne - Ligue de protection des oiseaux

Le bou­que­tin des Alpes, classé en pré­oc­cu­pa­tion mineure en 2008, est aujourd’­hui qua­si­ment menacé. © Alain Gagne – Ligue de pro­tec­tion des oiseaux

 

Soixante-treize espèces sont ainsi mena­cées de dis­pa­ri­tion. Vingt-six sont consi­dé­rées comme en dan­ger et dix-neuf en dan­ger cri­tique d’ex­tinc­tion. Parmi cette der­nière caté­go­rie, le lynx boréal, le milan royal, le busard cen­dré ou le rhi­no­lophe euryale, une espèce de chauve-sou­ris.

 

En tout, 326 espèces ont été éva­luées et clas­sées en huit caté­go­ries. Objectif ? Dresser non pas une liste rouge, – la pré­ro­ga­tive étant réser­vée à l’UICN (Union inter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la nature) et à des clas­se­ments a minima régio­naux – mais des sta­tuts de conser­va­tion des espèces. Le résul­tat est au final le même. Derrière le constat, il s’agit de poser des solu­tions et de mettre en œuvre des actions.

 

« Avec une meilleure connais­sance des enjeux qui pèsent sur ces espèces, ces listes per­mettent d’é­ta­blir des prio­ri­tés de conser­va­tion », sou­ligne Anaëlle Atamaniuk, char­gée d’études faune à la LPO Isère.

 

Un quart des espèces est donc menacé en Isère. Et 21 % sont à sur­veiller, soit parce qu’elles sont « presque mena­cées », soit parce que les don­nées sont encore insuf­fi­santes.

 

 

 

La moitié des rapaces nocturnes menacée

 

Le tri­ton ponc­tué par exemple. Classé en dan­ger cri­tique d’extinction, ce petit amphi­bien est uni­que­ment observé dans deux loca­li­tés en Isère, dans la région du Grand-Lemps.Et le main­tien de ces maigres popu­la­tions passe par la res­tau­ra­tion de zones humides…

 

Près de la moitié des espèces animales de l'Isère sont menacées ou presque menacées. Crédit Sylvain Maury - Ligue de protection des oiseaux

La chouette effraie est sous sur­veillance. La moi­tié des rapaces noc­turnes est mena­cée en Isère. © Sylvain Maury – Ligue de pro­tec­tion des oiseaux

Il n’est pas le seul à trou­ver refuge dans ces éco­sys­tèmes fra­giles. Une cin­quan­taine d’es­pèces pro­té­gées vivent sur le site du futur Center Parc des Chambarans. Elles n’ont pas fait le poids face au juge et à la volonté de Pierre & Vacances d’y édi­fier un grand centre de vacances, avec le sou­tien, maintes fois répété du… Conseil dépar­te­men­tal de l’Isère.

 

Mais c’est chez les vola­tiles que la situa­tion est la plus inquié­tante. La moi­tié des rapaces noc­turnes et oiseaux vivant dans les zones humides est mena­cée.

En cause : la des­truc­tion des habi­tats, la dimi­nu­tion des res­sources ali­men­taires et, notam­ment, des insectes.

 

L’effraie des clo­chers (vul­né­rable) ou l’hirondelle rus­tique (quasi mena­cée) paient ainsi un lourd tribu aux dégra­da­tions de l’environnement.

 

Et après ? Un plan d’actions va être éla­boré avec le Département. L’objectif est notam­ment de mettre en place des dis­po­si­tifs de ges­tion. Pour le tri­ton, il s’agira de connec­ter les deux popu­la­tions. « Mais c’est dif­fi­cile quand on n’a pas la maî­trise fon­cière », modère la char­gée de mis­sion.

 

L'hirondelle rustique est quasi menacée entre la destruction de ses habitats et la dégradation de ses ressources alimentaires. Crédit Alain Gagne - LPO

L’hirondelle rus­tique est quasi mena­cée. © Alain Gagne – Ligue de pro­tec­tion des oiseaux

Un tra­vail de longue haleine donc, et notam­ment de sen­si­bi­li­sa­tion, pour faire com­prendre que chaque espèce a non seule­ment sa place, mais son « uti­lité ». « Le tri­ton est une espèce qui se nour­rit notam­ment de larves de mous­tique ; la chauve-sou­ris mange elle aussi des mous­tiques », illustre Anaëlle Atamaniuk.

 

En atten­dant, les connais­sances pro­gressent, per­met­tant de mieux cibler les prio­ri­tés d’action. Et tout n’est pas perdu. Des espèces ont même « réap­paru ». Le pic noir, consi­déré comme éteint en 2008, est de retour dans les forêts allu­viales. De même que le sterne pier­re­ga­rin ou le pipit rous­se­line.

 

 

Patricia Cerinsek

 

 

* Associations de pro­tec­tion de la nature, bureaux d’études, fédé­ra­tions de chas­seurs, pêcheurs, admi­nis­tra­tions, etc.

 

** L’Isère est le pre­mier dépar­te­ment en France à avoir éta­bli cette liste des sta­tuts de conser­va­tion.

 

 

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