Haro sur le moustique tigre en Isère

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DECRYPTAGE – Le mous­tique tigre est bel et bien ins­tallé en Isère, notam­ment au sud de l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise. A tel point que le dépar­te­ment a été classé cette année au niveau 1 du plan natio­nal anti-dis­sé­mi­na­tion du chi­kun­gu­nya et de la dengue. Si aucun cas de conta­mi­na­tion n’a jusque-là été signalé en Isère, la lutte anti-mous­tique s’organise…
 
 
Femelle moustique tigre gorgée de sang. DR

Femelle mous­tique tigre gor­gée de sang.
DR

S’il est deux fois plus petit que son cou­sin com­mun, sa piqûre, poten­tiel vec­teur des virus de la dengue et du chi­kun­gu­nya, est redou­tée. Il est né sous les Tropiques mais le cli­mat tem­péré de la France lui sied visi­ble­ment plu­tôt bien. Signalé en 2004 pour la pre­mière fois en France métro­po­li­taine, dans les Alpes Maritimes, le mous­tique tigre, arrivé en Isère en 2011, pour­suit son che­min dans le dépar­te­ment.
 
A Saint-Martin-d’Hères, Poisat, Eybens, La Tronche ainsi qu’à Corenc pour le sud du dépar­te­ment. Mais aussi au Nord, à Saint-Quentin-Fallavier, l’Isle d’Abeau, Romagnieu. Le mous­tique tigre, de son nom savant Aedes albo­pic­tus, pro­gresse. Du coup, pour tra­quer la bête, les pou­voirs publics mul­ti­plient les pièges pon­doirs, comme sur le cam­pus uni­ver­si­taire de Saint-Martin-d’Hères, où l’un d’eux a été ins­tallé le 19 juin der­nier.
 
 
Carte d'implantation du moustique tigre en Isère.

Implantation du mous­tique tigre en Isère. Cliquez sur la carte pour l’a­gran­dir.

 
 
« Le mous­tique tigre ne pond pas sur l’eau, ni sur le sol », explique le doc­teur Gilles Besnard, ento­mo­lo­giste à l’Entente inter­dé­par­te­men­tale Rhône-Alpes de démous­ti­ca­tion (EID), char­gée par le Conseil géné­ral de la sur­veillance et de la lutte contre le mous­tique tigre. « Il pond sur des parois ver­ti­cales au-des­sus de la ligne d’eau. »
 
 
Prévenir plu­tôt que gué­rir
 
Gilles Besnard, entomologiste à l'EID Rhône Alpes, sur le campus où est installé un piège à moustique tigre. © Patricia Cerinsek

Gilles Besnard, ento­mo­lo­giste à l’EID Rhône Alpes, sur le cam­pus où est ins­tallé un piège à mous­tique tigre.
© Patricia Cerinsek

Les pièges à œufs sont au cœur du dis­po­si­tif de lutte contre le risque de dis­sé­mi­na­tion de la dengue et du chi­kun­gu­nya, mis en place depuis 2006 par le minis­tère de la Santé. Une qua­ran­taine de pièges ont ainsi été dis­sé­mi­nés sur l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise.
 
« Il n’y a pas, à l’heure actuelle, d’é­pi­dé­mie de dengue ou de chi­kun­gu­nya », rap­pelle le sous-pré­fet David Ribeiro. « Il faut sim­ple­ment se pré­mu­nir, d’au­tant plus qu’il n’existe pas de vac­ci­na­tion ». Pas de médi­ca­ments, pas de vac­cins. Pas de risque, non plus, de conta­mi­na­tion d’homme à homme, le mous­tique tigre étant le seul vec­teur de ces deux virus.
 
Chaque année, une ving­taine de cas de dengue ou de chi­kun­gu­nya sont trai­tés au CHU de Grenoble. A chaque fois, il s’a­git de virus contrac­tés dans des zones où le mous­tique tigre cir­cule allè­gre­ment : à la Réunion, en Nouvelle-Calédonie… Pour l’heure, aucune per­sonne n’a été piquée et conta­mi­née en Isère, pas plus qu’en Rhône-Alpes. Sur toute la France, seuls quatre cas « autoch­tones », c’est-à-dire des conta­mi­na­tions sur le ter­ri­toire-même, ont été signa­lés dans le sud de la France en 2010 et sans com­pli­ca­tions majeures.
 
 

 
 
Il n’empêche, le mous­tique tigre inquiète. Parce qu’il pro­gresse chaque année un peu plus. Parce que les symp­tômes, sem­blables à ceux d’une fièvre aigüe, asso­ciés à des dou­leurs arti­cu­laires pour le chi­kun­gu­nya, peuvent par­fois se dou­bler de com­pli­ca­tions hémor­ra­giques fatales.
 
 
Eliminer les eaux stag­nantes
 
Faut-il avoir peur des mous­tiques ? D’abord, il s’a­git d’i­den­ti­fier la petite bête, ce à quoi s’emploie l’Agence régio­nale de santé (ARS). Petit donc, noir avec des rayures blanches sur l’ab­do­men et les pattes, il pique essen­tiel­le­ment le matin et le soir. « C’est celui qui vous embête au moment de l’a­péro », résume Gilles Besnard. Sa vie noc­turne, elle, semble moins tré­pi­dante…
 
Piqûres de moustique tigre. Source : moustique-tigre.info

Piqûres de mous­tique tigre.
Source : site du mous­tique tigre

Ensuite, pour pou­voir conta­mi­ner, le mous­tique tigre doit lui-même être infecté par le virus de la dengue ou le chi­kun­gu­nya. Et puis, tout le monde ne réagira pas de la même façon. Les signes cli­niques appa­raissent entre 7 et 15 jours après la piqûre et dis­pa­raissent dans la plu­part des cas comme ils étaient venus. Sans com­pli­ca­tions donc… Dans le doute, toute piqûre sui­vie dans les deux semaines d’un épi­sode bru­tal de fièvre, doit ame­ner à consul­ter.
 
Avant d’en arri­ver là, le mieux est donc de se pré­mu­nir. D’abord en ne ten­tant pas la bes­tiole. Car le mous­tique tigre a un point faible : comme tout bon mous­tique, il raf­fole des eaux stag­nantes, lieux de ponte et de repos et donc de mul­ti­pli­ca­tion de l’es­pèce, à rai­son de 250 œufs tous les deux jours. Ce sont les petites quan­ti­tés d’eau que le mous­tique tigre affec­tionne tout par­ti­cu­liè­re­ment : sou­coupes rem­plies d’eau, vases, seaux des enfants dans le jar­din, gout­tières… Débroussailler, chan­ger l’eau des bacs à fleurs et sup­pri­mer les eaux stag­nantes sont donc autant de gestes simples à mettre en œuvre.
 
 
Toute l’ag­glo­mé­ra­tion concer­née
 
René Proby, maire de Saint-Martin-d'Hères, en pointe dans la lutte contre le moustique tigre, devant un piège. © Patricia Cerinsek

René Proby, maire de Saint-Martin-d’Hères, en pointe dans la lutte contre le mous­tique tigre, devant un piège.
© Patricia Cerinsek

A Saint-Martin-d’Hères, la muni­ci­pa­lité a pris le pro­blème à bras le corps, notam­ment en rem­plis­sant de sable les cou­pelles du cime­tière pour que les larves ne puissent pas se déve­lop­per. Il y a quatre ans, la ville consa­crait 1 000 euros à la lutte contre le mous­tique tigre. Cette année, c’est 56 000 euros. « Mais toutes les com­munes sont concer­nées par ce dis­po­si­tif de lutte pré­ven­tive ! », s’emporte René Proby, maire de Saint-Martin d’Hères. Un com­bat visi­ble­ment isolé, « donc inef­fi­cace », pointe celui qui est aussi méde­cin.
 
Pour autant, le mous­tique tigre n’est pas un grand voya­geur. « Importé » en Europe à la faveur des voies com­mer­ciales inter­na­tio­nales, Aedes albo­pic­tus est un tan­ti­net casa­nier, ne se dépla­çant guère à plus de 25 à 50 mètres autour de son lieu de nais­sance. Et rien ne sert de bran­dir insec­ti­cides et autres répul­sifs. Outre leurs effets sur la santé humaine, ils ne per­mettent pas d’é­li­mi­ner dura­ble­ment les mous­tiques. Et si l’on ne par­ve­nait pas à régler le pro­blème à la source ? Ultime conseil de Gilles Besnard : « le mieux est de por­ter des vête­ments amples, longs et cou­vrants »… Bref, cet été, sor­tez cou­verts !
 
Patricia Cerinsek
 
 
 
Source : vigilance-moustiques.com

Source : vigilance-moustiques.com

 
 
 
Les bons gestes édic­tés par l’ARS
 
Pour éli­mi­ner les larves de mous­tiques :
 
Femelle moustique tigre vue au microscope électronique. DR

Femelle mous­tique tigre vue au micro­scope élec­tro­nique.
DR

  • Surveiller et éli­mi­ner les endroits où l’eau peut stag­ner : petits détri­tus, pneus usa­gés (à rem­plir de terre s’ils doivent être conser­vés), les encom­brants, les déchets verts.
  • Changer l’eau des plantes et des fleurs une fois par semaine ; sup­pri­mer les sou­coupes des pots de fleurs et rem­pla­cer l’eau des vases par du sable humide.
  • Vérifier le bon écou­le­ment des eaux de pluie et des eaux usées. Nettoyer régu­liè­re­ment gout­tières, regards, cani­veaux et drai­nages.
  • Recouvrir les réser­voirs d’eau (bidons d’eau, citernes et bas­sins) d’un voile mous­ti­quaire ou d’un simple tissu.
  • Couvrir les pis­cines hors d’u­sage et éva­cuer l’eau des bâches ou trai­ter l’eau.
 
 
Pour éli­mi­ner les lieux de repos des mous­tiques adultes :
 
  • Débroussailler et tailler les herbes hautes et les haies.
  • Elaguer les arbres.
  • Ramasser les fruits tom­bés et les débris végé­taux.
  • Réduire les sources d’hu­mi­dité et notam­ment limi­ter l’ar­ro­sage.

 

 

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