Silence sur les ondes

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DECRYPTAGE – Grenoble a été choi­sie en 2009 comme ville pilote pour expé­ri­men­ter une réduc­tion de l’ex­po­si­tion aux ondes élec­tro­ma­gné­tiques. Une expé­rience visi­ble­ment concluante, mais impli­quant de mul­ti­plier le nombre d’an­tennes. En atten­dant, la ville ren­voie la balle dans le camp de l’Etat, les antennes fleu­rissent et la colère monte.
Ce mer­credi 12 juin, un ras­sem­ble­ment « paci­fique »* est orga­nisé dans la ZAC Beauvert de Grenoble. Robin des Toits y a en effet relevé des puis­sances allant jus­qu’à 13 volts par mètre (V/m) et 4 V/m au-des­sus d’un ber­ceau. L’association natio­nale et son col­lec­tif régio­nal, conduit sous la ban­nière de la Coordination Citoyenne Antennes Relais Rhône-Alpes (CCARRA), comptent ainsi atti­rer l’at­ten­tion des pou­voirs publics et de la popu­la­tion sur l’im­pact des champs électromagnétiques.
Installation d'une antenne-relais sur le cours Jean Jaurès à Grenoble. © Paul Turenne

Installation d’une antenne-relais sur le cours Jean Jaurès à Grenoble.
© Paul Turenne

C’est en effet l’un des points « sen­sibles » de la ville qui cris­tal­lise le mécon­ten­te­ment et les inter­ro­ga­tions. « J’ai demandé à l’o­pé­ra­teur, Orange, des mesures com­plé­men­taires », répond Gildas Laeron, conseiller muni­ci­pal chargé des tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion à la ville de Grenoble. « Les col­lec­ti­vi­tés ont peu de marge de manoeuvre. On ne peut pas invo­quer le prin­cipe de pré­cau­tion, seule­ment jouer le rôle de média­teur. » En atten­dant, le malaise gran­dit et les pro­jets d’an­tennes fleu­rissent. « Grenoble est un vrai four à micro-ondes ! », dénonce Jean Rinaldi, pré­sident de CCARRA. La ville en comp­te­rait plus de deux cent…
Principe de précaution
Grenoble s’est pour­tant par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sée à la ques­tion. Depuis 2009, elle fait par­tie des villes pilotes en France qui ont tenté de savoir s’il était pos­sible de mini­mi­ser les risques poten­tiels géné­rés par les ondes élec­tro­ma­gné­tiques émises par les antennes relais. Et sur­tout, com­ment. Mesures d’ex­po­si­tion aux ondes, en labo­ra­toire et sur le ter­rain, simu­la­tions de baisse de l’ex­po­si­tion de la popu­la­tion aux champs élec­tro­ma­gné­tiques, impact en termes de cou­ver­ture du réseau et de qua­lité de la récep­tion… Dans trois quar­tiers de la ville, Villeneuve, Vigny-Musset et Village Olympique, les ondes sont pas­sées au crible.
« Plus de 90 % des mesures effec­tuées sur le ter­rain relèvent des puis­sances infé­rieures à 1,5 V/m », assure Gildas Laeron. Des résul­tats « ras­su­rants » pour beau­coup, quand la régle­men­ta­tion fran­çaise conti­nue, depuis un décret de 2002, de fixer les seuils entre 41 et 61 V/m. « Pas suf­fi­sants » pour d’autres, qui s’ap­puient sur une recom­man­da­tion du Conseil de l’Europe de mai 2011 fixant le seuil à 0,6 V/m, au nom du prin­cipe de précaution.
Multiplier le nombre d’an­tennes par 1,6
Antenne-relais à Grenoble. © Muriel Beaudoing

Antenne-relais à Grenoble. © Muriel Beaudoing

Grenoble pour­suit donc ses expé­ri­men­ta­tions. Après une baisse de l’ex­po­si­tion aux ondes élec­tro­ma­gné­tiques simu­lée en labo­ra­toire, le tra­vail se fait désor­mais sur le ter­rain. Officiellement, dif­fi­cile d’en savoir vrai­ment plus. Mais visi­ble­ment, des­cendre les valeurs limites à 0,6 V/m, comme le réclament les asso­cia­tions et les rive­rains, est pos­sible tech­ni­que­ment… à condi­tion de mul­ti­plier le nombre d’an­tennes par 1,6.
Bref, il fau­drait plus d’an­tennes, et notam­ment de micro-antennes, pour qu’un abais­se­ment de la puis­sance émise ne vienne pas contre­car­rer la qua­lité de la récep­tion. Pas sûr que le prin­cipe de pré­cau­tion mis en avant soit tou­te­fois du goût des opé­ra­teurs qui devraient alors revoir tota­le­ment la confi­gu­ra­tion de leur réseau.
Que va faire Grenoble ? Face à l’i­ner­tie des pou­voirs publics « et à la pres­sion des opé­ra­teurs de télé­pho­nie mobile » ajoutent les asso­cia­tions, Grenoble n’est pas la seule à bot­ter en touche et à ren­voyer la res­pon­sa­bi­lité sur l’Etat et l’Agence natio­nale des fré­quences (ANFR) qui délivre les auto­ri­sa­tions. « On attend les conclu­sions de l’en­semble des expé­ri­men­ta­tions », se jus­ti­fie Gildas Laeron. « Ce n’est pas le maire de Grenoble qui va déci­der si l’on va mul­ti­plier le nombre d’an­tennes par 1,6 ! »
« On se trompe d’interlocuteur ! »
Techniciens sur une antenne-relais à Grenoble. © Paul Turenne

Techniciens sur une antenne-relais à Grenoble. © Paul Turenne

Manière de répondre aux éco­lo­gistes locaux qui somment Michel Destot de rendre publics les résul­tats des expé­ri­men­ta­tions. Europe Ecologie Les Verts Grenoble a d’ailleurs déposé un recours devant le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif. « On veut cas­ser la loi du silence », conti­nue Enzo Lesourt, leur porte-parole. « Que la ville, afin de res­ter fidèle à son enga­ge­ment de 2009, se posi­tionne clai­re­ment : pour la 4 G ou pour la santé publique. »
3 G hier, 4 G aujourd’­hui, 5 G demain… Avancée tech­no­lo­gique ? Assurément. Question de santé publique ? Probablement. Arrières-pen­sées poli­tiques sur fond de cam­pagne pour les muni­ci­pales ? Difficile de ne pas y voir un res­sen­ti­ment envers les socia­listes après le rejet, en com­mis­sion de l’Assemblée natio­nale, de la pro­po­si­tion de loi sur les ondes élec­tro-magné­tiques, dépo­sée par une dépu­tée écologiste.
Pendant ce temps, la 4 G s’ins­talle à Grenoble, comme par­tout en France. Une tren­taine d’an­tennes ont ainsi été déployées dans la ville. Toutes sur des sites pri­vés, la ville ayant refusé toute implan­ta­tion sur le domaine public. « Il a fallu trois ans pour démon­trer qu’on pou­vait abais­ser le taux d’é­mis­sion à 0,6 V/m, reprend Enzo Lesourt. Et main­te­nant, les opé­ra­teurs ins­tallent la 4 G sans qu’on connaisse la puis­sance de ces antennes et leur impact sur la santé. A Paris, la 4 G, c’est 7 V/m, soit dix fois plus que le prin­cipe de précaution ! »
Patricia Cerinsek
* Rassemblement « paci­fique » ce mer­credi 12 juin à par­tir de 18 heures au 32 rue Lucien Andrieux, à Grenoble.
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Patricia Cerinsek

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