« La fête des mères, pas celle du parent 1 »

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ETIENNE GANDRILLE

ENTRETIEN – Alors que le col­lec­tif de la Manif pour tous orga­nise un nou­veau ras­sem­ble­ment ce dimanche à Paris, son porte-parole isé­rois, Etienne Gandrille évoque l’idéologie et l’avenir de ce mou­ve­ment, le risque de récu­pé­ra­tion poli­tique et ses spé­ci­fi­ci­tés iséroises. 
La loi Taubira ouvrant le mariage civil et l’adoption aux couples de per­sonnes de même sexe a été lon­gue­ment débat­tue, avant d’être adop­tée par le Parlement, jugée conforme par le Conseil consti­tu­tion­nel et pro­mul­guée la semaine der­nière par François Hollande. Quelle est la légi­ti­mité démo­cra­tique de votre oppo­si­tion après un par­cours légis­la­tif sans accrocs ? 
Nous ne nous pla­çons pas dans une logique de gagnant/perdant, mais en obser­vant cette loi à tra­vers le prisme de la jus­tice. Elle est d’une pro­fonde injus­tice envers les enfants qui sont sans voix dans ce débat. Ceux qui seront confiés à l’adoption à des couples du même sexe seront déli­bé­ré­ment pri­vés d’un père ou d’une mère et n’auront pas droit aux repères de la filia­tion, ni à la com­plé­men­ta­rité des deux parents. Cela est un pilier édu­ca­tif et un patri­moine social pré­cieux qui doit être conservé. Par ailleurs, nous conti­nuons de nous mobi­li­ser parce que nous sommes dans un « chan­ge­ment de civi­li­sa­tion », pour reprendre les termes de Christiane Taubira, qui modi­fiera les repères que nous trans­met­trons aux géné­ra­tions futures, comme celui de l’altérité entre l’homme et la femme.
Crédit Photo : Paul Turenne
© Paul Turenne
Il est donc impos­sible, selon vous, de vivre heu­reux et de s’épanouir dans une cel­lule fami­liale mono­pa­ren­tale ou avec deux parents de même sexe ? 
Il y a plu­sieurs manières de « faire famille » aujourd’hui en France, mais nous esti­mons qu’il y en a des pré­fé­rables à d’autres. Celle avec un père et une mère donne la pleine mesure à ce que l’altérité paren­tale per­met dans l’éducation d’un enfant. La mono­pa­ren­ta­lité ne nuit pas for­cé­ment au bon­heur d’un enfant mais ce n’est pas parce que d’autres modèles existent que nous accep­tons qu’ils soient appli­cables à tous.
Pourquoi vou­loir l’uniformisation plu­tôt que la diver­sité des modèles familiaux ?
La situa­tion montre qu’il n’y a pas de modèle unique. De fait, ce n’est ni l’enjeu ni notre sou­hait. Mais nous esti­mons qu’avoir père et mère reste le modèle qui donne le plus d’appui dans la vie. Cette jour­née doit res­ter la fête des mères et pas celle du parent 1. Les désirs d’adultes, même s’ils sont forts, enten­dables et res­pec­tables ne doivent pas écra­ser les besoins de l’enfant.
L’autre reven­di­ca­tion du cor­tège aujourd’hui est d’empêcher l’accès pour les couples homo­sexuels à la pro­créa­tion médi­ca­le­ment assis­tée (PMA), ainsi qu’à la ges­ta­tion par autrui (GPA). Des points qui ont été repous­sés par le gou­ver­ne­ment à une future loi sur la famille, après rendu de l’avis du comité consul­ta­tif natio­nal d’éthique. Cette reven­di­ca­tion n’est-elle pas prématurée ?
Les prises de paroles des ministres ont déjà mon­tré qu’ils sou­hai­taient accor­der la PMA aux couples du même sexe et léga­li­ser la GPA en France. Par ailleurs, la cir­cu­laire Taubira per­met déjà à des couples qui ont « acheté » des enfants à l’étranger, sou­vent aux Etats-Unis, de les trans­crire dans l’Etat Civil fran­çais. Ce sont donc des pré­oc­cu­pa­tions très actuelles.
Crédit Photo : Nils Louna
© Nils Louna
Sur quels autres thèmes du débat public sou­hai­tez-vous éga­le­ment peser à l’avenir_ ?
Nous n’avons pas voca­tion à étendre nos reven­di­ca­tions à d’autres domaines tels que l’économie ou les rela­tions inter­na­tio­nales. Les oppo­si­tions pré­cé­dem­ment citées sont les seuls déno­mi­na­teurs com­muns de la tren­taine d’associations qui com­posent le col­lec­tif de la Manif pour tous. Par contre, nous sou­hai­tons éga­le­ment peser contre l’enseignement de la théo­rie du genre aux enfants dès l’âge de 6 ans, comme le pré­voit un amen­de­ment sur le pro­jet de loi Peillon sur l’é­cole. [NDLR : l’amendement en ques­tion ne pré­voit pas l’enseignement de la théo­rie du genre, mais celle de « l’égalité des genres » pour résor­ber les dis­cri­mi­na­tions dès l’enfance].
Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, envi­sage de prendre des mesures d’interdiction du Printemps Français, une nébu­leuse qui réunit les oppo­sants radi­caux au mariage pour tous. Craignez-vous des déra­pages lors de la mani­fes­ta­tion d’aujourd’hui et une radi­ca­li­sa­tion d’une aile de votre mouvement ?
Nous condam­nons avec viru­lence les vio­lences et les agres­sions qui peuvent-être com­mises, alors que nous nous trou­vons dans un Etat répu­bli­cain. Nous ne sommes pas le seul mou­ve­ment d’opposition à la loi Taubira et ne sou­hai­tons donc pas être tenus pour res­pon­sables des débor­de­ments. Si le Printemps Français a fourni les preuves de sa dan­ge­ro­sité, il doit être inter­dit, mais Manuel Valls n’a pas à rendre public ses états d’âme. Cela res­semble davan­tage à une com­mu­ni­ca­tion mesu­rée pour dia­bo­li­ser l’opposition à cette loi dans son ensemble, en cher­chant à convaincre que les débor­de­ments, les vio­lences et la radi­ca­li­sa­tion sont inévitables.
Crédit Photo : Nils Louna
© Nils Louna
Comment réagis­sez-vous face aux ten­ta­tives de récu­pé­ra­tion poli­tique de votre mou­ve­ment, quand Jean-François Copé « ouvre les bras à cette géné­ra­tion mûre pour l’engagement poli­tique » et que l’UMP38 appelle sur son site ses mili­tants à se joindre au cor­tège d’aujourd’hui pour « un NON glo­bal à la poli­tique de François Hollande » ? 
La ficelle est trop grosse ! Nous ne sommes pas dupes, d’autant que ce n’est pas notre reven­di­ca­tion. En revanche, ce qui est juste, c’est que la Manif pour tous a per­mis à de nom­breux jeunes citoyens de se poli­ti­ser, pas en allant vers des par­tis, mais vers des valeurs qu’ils sou­haitent défendre comme un héri­tage natio­nal. Cependant, l’hypothèse, évo­quée pen­dant un temps, de pré­sen­ter des listes de la Manif pour tous aux élec­tions muni­ci­pales de 2014 est peu pro­bable. Malgré tout, les élus sont les bien­ve­nus dans nos rangs, en par­ti­cu­lier les maires qui, en rai­son de leur sta­tut d’officier d’Etat civil, seront ame­nés à célé­brer ces unions. Mais la seule reven­di­ca­tion de la mani­fes­ta­tion, c’est la pro­tec­tion de la filiation.
À ce sujet, le maire de Vienne, Jacques Remiller, refuse de célé­brer des mariages de per­sonnes du même sexe. Il a depuis été désa­voué par une adjointe de sa majo­rité qui le fera volon­tiers. Est-ce que vous appe­lez d’autres maires à adop­ter un posi­tion­ne­ment similaire ?
Le gou­ver­ne­ment n’a pas conservé la pos­si­bi­lité d’une objec­tion de conscience des maires, après l’avoir pour­tant évo­quée, en consi­dé­rant que le ser­vice public devait être assuré de manière iden­tique en tout point du ter­ri­toire. Mais il est légi­time que des élus aient une prise de conscience et qu’ils estiment que ces unions pro­vo­que­ront une injus­tice pour l’enfant en cas d’adoption. Nous avons orga­nisé ven­dredi un ras­sem­ble­ment devant la mai­rie de Vienne pour sou­te­nir Jacques Remiller dans ses choix. Ce n’est pas à nous de trou­ver les amé­na­ge­ments néces­saires pour faire appli­quer la loi.
Quel regard por­tez-vous sur la mobi­li­sa­tion en Isère, depuis ses pré­mices jusqu’à aujourd’hui ?
La mobi­li­sa­tion n’a pas cessé de croître d’une mani­fes­ta­tion à l’autre. Cela s’est tra­duit dans les chiffres. Pour la pre­mière mani­fes­ta­tion pari­sienne du 13 jan­vier der­nier, quatre bus seule­ment ont été affré­tés. Dès la deuxième mani­fes­ta­tion, nous avons ajouté une rame de TGV à ce dis­po­si­tif, soit 700 Isérois. Aujourd’hui, les deux rames étaient com­plètes. Nous sommes sur­pris par cet engoue­ment des mili­tants isé­rois qui n’ont pas man­qué d’imagination et se sont adap­tés aux par­ti­cu­la­ri­tés locales. Cet hiver, ils sont allés jus­qu’à trac­ter sur les pistes de ski ou à déployer qua­torze ban­de­roles simul­ta­né­ment sur les ponts des auto­routes du département.
© Paul Turenne

© Paul Turenne

Les pre­miers mariages de per­sonnes du même sexe devraient être célé­brés dans le cou­rant de l’été à Grenoble. Prévoyez-vous de mani­fes­ter votre oppo­si­tion en marge de ces unions ?
Nous devons être vigi­lants à ne pas nous trom­per de com­bat. Nous n’envisageons pas d’aller per­tur­ber les mariages de per­sonnes qui s’aiment et pour qui c’est un jour impor­tant. Saccager ces ins­tants serait une aber­ra­tion. Je le redis, notre atten­tion est cen­trée sur l’injustice envers les enfants.
Propos recueillis par Victor Guilbert

L’entretien a été réa­lisé jeudi après-midi dans les locaux de Place Gre’net et com­plété samedi par télé­phone. Il n’a pas été sou­mis à relecture.

- Consultez ici les autres entre­tiens poli­tiques du Dimanche de Place Gre’net. 

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VG

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