EN BREF – Après de multiples reports dus à la pandémie de Covid-19, la Fabrique Opéra présentera finalement sa version de Roméo et Juliette au Summum les 3, 4 et 5 juin 2022. Une représentation qui a connu de multiples embûches, mais que l’association porteuse d’un opéra coopératif avait à cœur de jouer, notamment pour les élèves qui ont participé au projet.
« Le 17 mars 2020, nous étions presque prêts à faire la première répétition [de Roméo et Juliette], mais tout a été stoppé à cause du confinement. Deux ans après, on en est au plan H! », soupire Patrick Souillot, le directeur de la Fabrique Opéra. Comme tous les acteurs de la culture, l’association a en effet été frappée de plein fouet par la pandémie.
Pourtant, la Fabrique Opéra se veut plus ambitieuse que jamais. « Il était hors de question de tout jeter et, quand un opéra sort au bout de trois ans, il faut qu’il soit mieux que quand il sort au bout d’une année ». La barre des attentes est ainsi très haute en interne autour de cette version de l’opéra de Charles Gounod, Roméo et Juliette.
L’opéra coopératif grenoblois s’est donné les moyens de ses ambitions. Sébastien Jaudon, le chef de chœur, est allé bien plus loin dans le travail avec ses choristes. En effet, si certaines composantes du spectacle, comme l’orchestre, ont dû composer avec le départ des étudiants après trois ans, le chœur lui est resté plutôt stable. Son travail est récompensé par les choix orchestraux de Patrick Souillot qui a fait la part belle aux choristes dans sa version de l’opéra.
Un spectacle maudit, comme l’amour de la pièce de Shakespeare ?
Pourtant, rien n’a été facile pour que cet opéra puisse se jouer. En plus des huit reports de date, l’association s’est lancé le défi de produire également le Cabaret en début d’année. Un spectacle qui a vu l’une de ses dates supprimées. De plus, l’opéra a perdu son Roméo à quelques mois de la première représentation, Olivier Montmory reprenant alors le rôle au pied levé. Il rejoindra une Juliette jouée par la Grenobloise Caroline Blanpied.

En trois ans de travail, la pièce est également devenue un peu plus cher que dans les prévisions de 2020. La Fabrique Opéra a ainsi investi 770 000 euros au lieu des 500 000 euros qui avaient été budgétés. « Un investissement possible grâce à nos partenaires », explique Patrick Souillot. « Si l’opéra fait des bonnes ventes sur toutes les dates, on pourra atteindre un équilibre« , précise pour sa part Frédéric Rouillon.
Un Roméo et Juliette féministe
Pour attirer les foules, la Fabrique Opéra compte sur la vision de Gersende Michel concernant l’œuvre de Shakespeare. Une vision féministe qui veut « traverser le livret de Gounod à travers l’œil de Juliette », explique la metteuse en scène. Son opéra veut dénoncer le monde patriarcal de la société shakespearienne, une domination des hommes jugée toujours d’actualité. « Je voulais raconter ce que ça fait d’avoir 14 ans à l’époque, mais 18 ou 19 ans aujourd’hui, et d’être contrainte par des conventions d’abandonner en route ses rêves. »

Ainsi, le clan Capulet, la famille de Juliette, sera-t-il mis en scène en noir et blanc, tout en rigidité, tandis que les Montaigus seront de couleurs vives. Mais le spectacle voulait aussi montrer que l’amour pouvait quand même réussir. « Deux jeunes danseurs représenteront ce que l’amour de Romeo et Juliette aurait pu devenir sans la domination des hommes« , révèle Gersende Michel.







