Grenoble : près de 1 000 personnes ont manifesté contre les violences faites aux femmes

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REPORTAGE – Environ un millier de personnes se sont rassemblées à Grenoble pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre ce samedi 21 novembre. Un appel national lancé par l’association #Noustoutes, qui organisait une journée d’action en ligne mais aussi en présentiel. Parti de l’hôpital couple-enfant de La Tronche, le cortège a pris la direction du boulevard Maréchal Leclerc, bifurqué jusqu’à la rue Très-Cloître et défilé sur les quais de l’Isère avant d’arriver à la place Saint-André en fin d’après-midi.

 

 

Grenoble : marche contre les violences faites aux femmes.Pour l'année 2020, plus de 80 féminicides ont été comptabilisés. © Tim Buisson – Place Gre’net

Pour l’an­née 2020, plus de 80 fémi­ni­cides ont été comp­ta­bi­li­sés. © Tim Buisson – Place Gre’net

« Nous sommes fortes, fières, fémi­nistes, radi­cales et en colère. » Le slo­gan a résonné dans les rues de Grenoble à de nom­breuses reprises ce samedi. Près de 1 000 per­sonnes ont en effet battu le pavé pen­dant plu­sieurs heures pour dénon­cer les vio­lences faites aux femmes et aux mino­ri­tés de genre. La marche a débuté à 16 heures devant l’hô­pi­tal couple-enfant de La Tronche. La troi­sième que le col­lec­tif orga­ni­sait depuis son appa­ri­tion en 2018.

 

Un cor­tège dense, com­posé d’as­so­cia­tions fémi­nistes, de par­tis poli­tiques et de syn­di­cats1Alliance citoyenne, CNT38, Dal38, Noustoutes38, Solidaires Isère, Rita, Le Strass Aura, UCL, UEG, Unef, NPA, EELV, Ensemble 38!, PAG38. Quelques gilets jaunes se sont même glis­sés dans la foule à la fin de la mani­fes­ta­tion. Ils avaient célé­bré leurs deux ans d’exis­tence quelques jours aupa­ra­vant, mardi 17 novembre. Si cha­cun est resté der­rière sa ban­nière, tous mar­chait pour une cause com­mune : la défense des droits des femmes. Et, de manière plus glo­bale, la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions.

 

 

Une libération de la parole

 

Dans la foule, les masques cou­vraient les visages. Sur celui d’Isabelle, le signe de Vénus en noir et un poing levé rouge au centre du rond. Elle se défi­nit elle-même comme mili­tante les­bienne fémi­niste depuis de longues années. « Je trouve qu’il y a une recru­des­cence du fémi­nisme assez extra­or­di­naire », s’en­thou­siasme-t-elle.

 

Isabelle espère que la pression des citoyens fera évoluer les mentalités sur la question des violences faites aux femmes. © Tim Buisson – Place Gre’net

Isabelle espère que la pres­sion des citoyens fera évo­luer les men­ta­li­tés sur la ques­tion des vio­lences faites aux femmes. © Tim Buisson – Place Gre’net

Elle fait par­tie de l’as­so­cia­tion Les Voies d’elles, sous l’é­gide du centre LGBTI La Cigale. « Pendant les années 80, il y avait un recul du fémi­nisme, même presque une honte. Maintenant, on assiste au grand retour du fémi­nisme ! », ana­lyse-t-elle.

 

Depuis quelques années, la parole s’est libé­rée. Le mou­ve­ment #Metoo, amorcé en 2017 et repris en France avec #Balancetonporc, a per­mis aux femmes de témoi­gner.

 

« Je crois que nous, les femmes, peut-être pour la pre­mière fois de notre his­toire, nous nous sommes rendu compte que nous étions moins seules, témoigne Louna, 33 ans. Que ce qu’on vivait, nous, d’autres femmes le vivaient. Peut-être que ça nous a ren­dues plus fortes », ajoute la jeune femme qui explique son point de vue sur l’é­vo­lu­tion de l’é­ga­lité hommes-femmes :

 

 

 

Tout au long du par­cours, elle a brandi sa pan­carte arri­mée à un manche à balai. Sur ce bout de car­ton, on pou­vait lire un texte écrit en vio­let : « Ma jupe n’est pas une excuse à tes blagues sexistes, ton har­cè­le­ment, ton viol ». Dans son métier de met­teure en scène, elle tente de faire évo­luer les men­ta­li­tés. Mais cela demande du temps, observe-t-elle.

 

 

Un confinement qui accentue les violences envers les femmes

 

« On se mobi­lise aussi contre les vio­lences éco­no­miques, sociales et poli­tiques que ces per­sonnes vivent », détaille Emma du col­lec­tif Nous toutes 38. Des vio­lences exa­cer­bées par le confi­ne­ment. Celui-ci a en effet mis en évi­dence une aggra­va­tion des vio­lences. Les appels ont afflué sur le stan­dard du 3919, numéro dédié à l’aide aux vic­times, pen­dant le pre­mier confi­ne­ment. Le nombre d’ap­pels est alors passé de 2 000 à plus de 8 000 par semaine.

 

Une étude natio­nale révèle qu’en 2019, 146 femmes ont en effet été tuées par leur par­te­naire ou ex-par­te­naire. Et que 84 % des morts au sein du couple sont des femmes. Cette même année, en France, les forces de sécu­rité ont enre­gis­tré un peu plus de 142 000 vic­times de vio­lences com­mises par leur par­te­naire – soit une hausse de 16 % sur un an – dont près de 126 000 femmes.

 

Les manifestants ont déambulé dans les rues de Grenoble entre l'Hôpital Couple-Enfants et la Place Saint-André. © Tim Buisson – Place Gre’net

Les mani­fes­tants ont déam­bulé dans les rues de Grenoble entre l’Hôpital Couple-Enfants et la Place Saint-André. © Tim Buisson – Place Gre’net

 

Emma pointe du doigt le risque d’ac­crois­se­ment des inéga­li­tés que fait éga­le­ment peser cette crise. D’autant plus que les sala­riés qui ont conti­nué de tra­vailler pen­dant le confi­ne­ment – les fameux “pre­miers de cor­vée” – étaient en grande majo­rité des femmes. « Macron a décidé de don­ner des primes et des médailles, c’est bien gen­til. En atten­dant, ça ne change abso­lu­ment rien aux condi­tions de tra­vail dans les­quelles ces per­sonnes exercent », s’a­gace Emma.

 

 

Rendre visibles les violences faites aux femmes

 

Cette mani­fes­ta­tion de Nous toutes cher­chait donc à pro­mou­voir cette lutte. « C’est un moment de visi­bi­lité. Surtout en période de confi­ne­ment », insiste Odile, ensei­gnante et mili­tante à Solidaires. Les slo­gans scan­dés, la fan­fare et quelques dis­cours ont éga­le­ment per­mis de faire entendre la voix des mani­fes­tantes sur le par­cours. « Il faut inter­pel­ler la société civile et qu’il y ait de vraies réac­tions pour que la peur change de côté », affirme Isabelle.

 

Non loin d’elle, Bénédicte et Maud hissent cha­cune un dra­peau. Un rouge, sur lequel on dis­tingue les trois lettres du NPA, et un autre rose et vio­let de Solidaires. Elles arrivent de Chambéry car aucune mani­fes­ta­tion n’é­tait pré­vue là-bas. Elles ont donc décidé de venir gros­sir les rangs du cor­tège gre­no­blois. « La ques­tion fémi­niste revient sur le devant de la scène mais il reste énor­mé­ment de choses à faire », observe Bénédicte.

 

Des militantes de l'Alliance citoyenne lors de la manifestation. © Tim Buisson – Place Gre’net

Des mili­tantes de l’Alliance citoyenne. © Tim Buisson

Sa col­lègue acquiesce. Enseignante-cher­cheuse en lettres et sciences du lan­gage, elle peine à faire sanc­tion­ner les har­ce­leurs. « On a beau se déme­ner et faire des dos­siers pour que les auteurs soient punis, ça reste com­pli­qué », constate Maud. Et la polé­mique autour de la tenue répu­bli­caine en début d’an­née sco­laire l’a pro­fon­dé­ment cho­quée.

 

Dans la foule, on dis­tingue quelques femmes voi­lées de l’Alliance citoyenne, vêtues d’un t‑shirt bleu. Au micro, elles réclament le droit de se vêtir par­tout comme elle le veulent. L’association avait notam­ment mené des opé­ra­tions bur­qini dans une pis­cine muni­ci­pale de Grenoble en 2019 et sus­cité la polé­mique et de vifs débats. Une action notam­ment vive­ment cri­ti­quée par Naëm Bestandji, fémi­niste laïque, dans un billet.

 

 

À la croisée des luttes

 

Beaucoup de jeunes étaient pré­sents dans le cor­tège. Parmi eux, Rose et Sima, dont seuls les yeux étaient visibles entre leur masque et leur bon­net. Les deux lycéennes s’in­té­ressent aux ques­tions de fémi­nisme. Mais Sima regrette que « cer­tains pro­pos extrêmes décré­di­bi­lisent la cause ».

 

Elle prend l’exemple du “mans­prea­ding”, perçu par cer­tains mili­tants comme un sym­bole de domi­na­tion mas­cu­line. Un terme qui désigne l’é­ta­le­ment de cer­tains hommes, notam­ment dans les trans­ports en com­mun, lais­sant moins de place aux femmes dans l’es­pace public. « Ces pro­pos passent mal ou ne sont pas bien com­pris, se désole l’é­tu­diante. C’est dom­mage ».

 

Emma, du collectif #Noustoutes, organisatrice de la manifestation à Grenoble. © Tim Buisson – Place Gre’net

Emma, du col­lec­tif #Noustoutes, orga­ni­sa­trice de la mani­fes­ta­tion à Grenoble. © Tim Buisson – Place Gre’net

Pour cer­tains mili­tants fémi­nistes, le com­bat s’ins­crit dans une pers­pec­tive inter­sec­tion­nelle, en oppo­si­tion au fémi­nisme uni­ver­sa­liste his­to­rique. Une notion impor­tée des États-Unis par les sciences sociales au début des années 2000. Pour le socio­logue Éric Fassin et l’an­thro­po­logue Mara Viveros Vigoya, l’in­ter­sec­tion­na­lité est un outil, à la fois théo­rique et métho­do­lo­gique, « pour pen­ser la plu­ra­lité des logiques de domi­na­tion et leurs croi­se­ments », expliquent-ils dans le Manuel indo­cile des sciences sociales.

 

Une évi­dence pour Emma de #Noustoutes. « On ne peut pas venir ques­tion­ner l’op­pres­sion faite sur les femmes de manière géné­rale sans venir ques­tion­ner celle faite spé­ci­fi­que­ment aux femmes raci­sées, aux femmes musul­manes, aux femmes trans... », explique t‑elle.

 

Au-delà de ces débats de société, les fémi­nistes espèrent être enten­dues par le gou­ver­ne­ment qui a fait de l’é­ga­lité entre les femmes et les hommes une grande cause de son quin­quen­nat. « L’an der­nier, nous avons fait une demande d’un mil­liard d’eu­ros pour que les col­lec­tifs et asso­cia­tions sur le ter­rain soient aidés. Nous n’a­vons rien eu ! », regrette Emma. D’autant plus que ce deuxième confi­ne­ment fait peser de nou­velles menaces sur les femmes, iso­lées.

 

Tim Buisson

 

1 Alliance citoyenne, CNT38, Dal38, Noustoutes38, Solidaires Isère, Rita, Le Strass Aura, UCL, UEG, Unef, NPA, EELV, Ensemble 38!, PAG38

 

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Commentaires 6
  1. sep article
  2. Ping : Novembre 2020

  3. Est ce que quelqu’un a mani­festé contre les accu­sa­tions men­son­gères à l’égard des hommes ? Savez vous que aujourd’hui en France il suf­fit à une femme d’appeler la police et le mec est embar­qué tout de suite en déten­tion sans traces de vio­lence, sans témoins de vio­lence?! Jamais pensé que ça serait un jour pos­sible en France. Les hommes sont deve­nus com­plè­te­ment vul­né­rable aux accu­sa­tions men­son­gères sans appel. Pire encore, le mec en déten­tion est fiché et ensuite ça lui pren­dra des années pour prou­ver son inno­cence et rayer son nom de la liste des délin­quants

    sep article
  4. L’article était bien parti. Et puis à la fin, on apprend que les racistes et les com­mu­nau­ta­ristes se récla­mant de « l’in­ter­sec­tion­na­lité » étaient pré­sents en nombre, voire etaient les orga­ni­sa­teurs eux-mêmes. « Racisés » = racisme. Donc on a des « fémi­nistes » qui sont cen­sés se battre contre le patriar­cat, et qui en même temps, défendent une idéo­lo­gie patriar­cale qu’est l’is­la­misme et son outil d’op­pres­sion des femmes : le voile, la burqa, le bur­quini. Autant d’ou­tils per­met­tant à terme de réduire les femmes à l’é­tat de sou­mis­sion, sous cou­vert de liberté. Il fut un temps où les fémi­nistes, les vraies, disaient « aux chiottes toutes les reli­gions ! » Aujourd’hui, les isla­mistes doivent bien se mar­rer avec ces idiots utiles leur mâchant le bou­lot !

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  5. Ali El Ahrach, 21 ans, et Mohamed Rahmouni, 32 ans, écopent de deux ans de pri­son ferme. Mais éga­le­ment de cinq ans d’interdiction du ter­ri­toire, le plus jeune étant un deman­deur d’asile maro­cain, le second un Libyen de 32 ans sous le coup d’une obli­ga­tion de quit­ter le ter­ri­toire fran­çais (OQTF), rap­porte Le Dauphiné libéré.

    Source : article Grenoble : deux auteurs d’a­gres­sions avec vio­lence condam­nés à de la pri­son ferme – Place Gre’net.

    Là aussi vio­lences faites aux femmes !!
    Mais c’est comme pour Mila, nos amies fémi­nistes sont tout d’un coup bien silen­cieuses.

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  6. Une fois de plus, sont réunis les isla­mistes de l’Alliance con-citoyenne, les EELvercolos, les anar­chistes de la CNT, les ultras du NPA. Au moins c’est clair.

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