Éric Piolle dresse un premier point d’étape après une première semaine de confinement à Grenoble

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FOCUS – Point d’étape du maire de Grenoble Éric Piolle face au coronavirus, lundi 23 mars. L’édile a dressé un bilan satisfaisant de la première semaine de confinement, avec des services d’accueil de la Ville réduits mais maintenus et des festivités ou offres d’entraide numériques qui rencontrent un certain succès.

 

 

« Les périodes les plus dif­fi­ciles sont devant nous », a expli­qué sans ambages le maire de Grenoble Éric Piolle à l’oc­ca­sion d’un point d’é­tape face à l’é­pi­dé­mie de coro­na­vi­rus lundi 23 mars. Difficiles, d’une part, au niveau sani­taire alors que l’Isère a fran­chi le cap des 150 malades tes­tés posi­tifs et enre­gis­tré son troi­sième décès. D’où la néces­sité, insiste le maire, de pré­ser­ver le « tré­sor » que sont les places en réani­ma­tion dis­po­nibles à l’hô­pi­tal.

 

Confinement à Grenoble : point d'étape après une semaine. Le maire de Grenoble Éric Piolle © Raphaëlle Denis - Place Gre'net

Le maire de Grenoble Éric Piolle. © Raphaëlle Denis – Place Gre’net

 

Difficiles, d’autre part, de par les consé­quences du confi­ne­ment, dont des indi­ca­tions plus pré­cises sur la durée doivent être ren­dues publiques mardi 24 mars. Le maire a ainsi salué toutes les ini­tia­tives d’en­traide qui se déve­loppent dans dif­fé­rents sec­teurs de la ville, de Mistral à Berriat en pas­sant par la Villeneuve et Malherbe. « Tout ce que nous gagnons aujourd’­hui pour faire avan­cer la soli­da­rité, aug­men­ter la rési­lience, c’est vrai­ment fort », s’est-il réjoui.

 

 

Applaudir les « premiers de corvée »

 

Le mes­sage prin­ci­pal que veut faire pas­ser le maire de Grenoble ? Le sou­tien à appor­ter à ceux qu’il appelle les « pre­miers de cor­vée »*. « Certes, il y a les soi­gnantes et les soi­gnants et ils ont besoin de notre sou­tien, mais il ne faut pas oublier tous ces pre­miers de cor­vée qui font que le sys­tème tient aujourd’­hui », juge-t-il. Que cela soit les livreurs, les fac­teurs, les cais­siers, les agents de pro­preté, les per­son­nels des Ehpad et bien d’autres pro­fes­sions encore.

 

Confinement à Grenoble : point d'étape après une semaine. Si le maire de Grenoble demande des effectifs de police supplémentaires pour faire respecter le confinement, il se réjouit que les policiers municipaux soient désormais eux aussi autorisés à verbaliser les contrevenants © Florent Mathieu - Place Gre'net

Si le maire de Grenoble demande des effec­tifs de police sup­plé­men­taires pour faire res­pec­ter le confi­ne­ment, il se réjouit que les poli­ciers muni­ci­paux soient désor­mais eux aussi auto­ri­sés à ver­ba­li­ser les contre­ve­nants. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Ce sont aussi ces per­sonnes qu’Éric Piolle sou­haite voir applau­dies tous les soirs à 20 heures. Mais éga­le­ment – moins sym­bo­lique – béné­fi­cier d’une prise en compte de la part du gou­ver­ne­ment, en matière de pro­tec­tion ou de gardes d’en­fants. Il en va de même pour les pom­piers, gen­darmes et poli­ciers. « Nous avons pro­posé dès le début du confi­ne­ment de prendre en garde leurs enfants. Pour l’ins­tant, il n’y a pas eu de réponse du gou­ver­ne­ment », note l’élu.

 

Des poli­ciers que le maire sou­hai­te­rait plus nom­breux à Grenoble. Et celui-ci d’ex­pli­quer avoir for­mulé une demande conjointe en ce sens avec les maires de Saint-Martin-d’Hères et d’Échirolles, dans l’es­poir de « retrou­ver les effec­tifs que nous avions avant 2002 ». Ceci pour mieux faire appli­quer le confi­ne­ment. Quand bien même Éric Piolle estime que Grenoble ne ren­contre pas de pro­blème majeur et exclut par exemple d’ins­tau­rer un couvre-feu.

 

 

« La base du service public » se maintient

 

Quel bilan après une pre­mière semaine de confi­ne­ment ? En matière de pres­ta­tions muni­ci­pales, le maire estime que « la base du fonc­tion­ne­ment du ser­vice public » se main­tient. « On peut conti­nuer à accueillir pour faire les nais­sances, les décès, l’é­tat civil », indique-t-il. Les dépla­ce­ments en mai­rie sont tou­te­fois décon­seillés, rap­pelle le site de la Ville. Et l’Hôtel de Ville n’ouvre plus ses portes que de 9 heures à 13 heures.

 

Pas d'étals mardi 24 mars sous le pont de l'Estacade à Grenoble : les marchés sont désormais interdits jusqu'à nouvel ordre. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Pas d’é­tals mardi 24 mars sous le pont de l’Estacade à Grenoble : les mar­chés sont désor­mais inter­dits jus­qu’à nou­vel ordre. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Si Éric Piolle décrit des mar­chés ali­men­taires qui « se déroulent glo­ba­le­ment bien avec le res­pect des consignes sani­taires », ce n’est pas sans pru­dence. Le maire n’i­gno­rait pas que de nou­velles consignes étaient atten­dues en soi­rée. « Nous appli­que­rons évi­dem­ment les consignes qui viennent de l’État, mais clai­re­ment cela fonc­tionne », notait-t-il ainsi. Quelques heures plus tard, le cou­pe­ret tom­bait : les mar­chés seraient en effet inter­dits à comp­ter du mardi 24 mars.

 

Le confi­ne­ment assure sur­tout le suc­cès du “fes­ti­val” Fête comme chez vous, coor­donné par la Ville de Grenoble via sa page Facebook. « Depuis son lan­ce­ment ven­dredi [20 mars, ndlr], c’est plus de 230 000 vues sur ce fes­ti­val ! », chiffre Éric Piolle. Pour qui ce nombre de vues « montre qu’il y a un appé­tit par­tagé par ceux qui pro­posent ces acti­vi­tés, mais éga­le­ment un écho, une demande de lien social, de contact et de proxi­mité. »

 

 

Précarité et solidarité dans ce contexte de confinement

 

Le lien social, une pré­oc­cu­pa­tion encore plus forte pour les per­sonnes les plus fra­giles ou iso­lées. Au total, 26 agents sont mobi­li­sés pour appe­ler deux fois par semaine des per­sonnes ins­crites sur le fichier “cani­cule” de la Ville ou iden­ti­fiées par les mai­sons des habi­tants. Lancée mer­credi 18 mars, la pla­te­forme d’en­traide Voisins Voisines compte, pour sa part, plus de 1 000 pro­po­si­tions d’aide, dont la moi­tié pour des appels télé­pho­niques à des per­sonnes seules.

 

Carte interactive de la plateforme Voisins Voisines de la Ville de Grenoble, ici sur l'item Conversation à distance dans le quartier Championnet.

Carte inter­ac­tive de la pla­te­forme Voisins Voisines de la Ville de Grenoble, ici sur l’i­tem Conversation à dis­tance dans le quar­tier Championnet.

 

Quid de la pré­ca­rité par temps de confi­ne­ment ? « Nous dis­tri­buons 450 colis ali­men­taires tous les jours, avec la cui­sine cen­trale qui tourne tou­jours », a annoncé Éric Piolle. Qui a fait savoir que plu­sieurs maires de France, dont lui-même, avaient adressé à l’État une demande de prise en compte des per­sonnes sans domi­cile fixe. « Nous atten­dons des réqui­si­tions pour mettre tout le monde à l’a­bri », a‑t-il pré­cisé.

 

Pour Droit au logement, les maires doivent réquisitionner les logements vides pour les sans abris © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Pour Droit au loge­ment, les maires doivent réqui­si­tion­ner les loge­ments vides pour les sans abris © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Des réqui­si­tions que plu­sieurs col­lec­tifs demandent déjà, en consi­dé­rant que les maires ont l’au­to­rité pour mettre à dis­po­si­tion des loge­ments vides. Mais comme sou­vent, Éric Piolle a rap­pelé l’État à ses res­pon­sa­bi­li­tés : « Notre objec­tif, ce n’est pas de dire que nous allons faire le tra­vail de l’État à sa place, mais que ce soit l’oc­ca­sion pour lui de chan­ger de doc­trine ». En situa­tion d’é­pi­dé­mie comme de manière géné­rale, a‑t-il insisté.

 

Enfin, le maire s’est exprimé sur les vio­lences conju­gales, le col­lec­tif fémi­niste Nous Toustes 38 ayant demandé à la muni­ci­pa­lité le détail des actions pro­mises. Éric Piolle a indi­qué avoir mis des lieux d’hébergement sup­plé­men­taires à des­ti­na­tion des vic­times et de leurs enfants, dont un cer­tain nombre reste dis­po­nible. « Pour l’ins­tant, l’offre est là. C’est impor­tant de faire pas­ser le mes­sage. Les pro­blèmes sont pré­sents et il faut être vigi­lant », a conclu le maire.

 

Florent Mathieu

 

 

* Une expres­sion fai­sant sans doute réfé­rence avec iro­nie à celle du chef de l’État. Emmanuel Macron avait en effet qua­li­fié de « pre­miers de cor­dée » « ceux qui réus­sissent parce qu’ils ont des talents », ce qui lui avait valu un cer­tain nombre de cri­tiques.

 

MC2 - Saison 2020-21
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Commentaires 3
  1. Qui a fermé l’EHPAD Notre-Dame ? Qui a fermé le Centre de soins infir­miers du CCAS ? Qui a réduit le nombre d’an­tennes du Service social per­sonnes âgées ? Qui a baissé la sub­ven­tion au CCAS de Grenoble ? Qui a fait arrê­ter l’ac­com­pa­gne­ment des per­sonnes âgées pour les ren­dez-vous médi­caux ? L’homme qui rap­pelle sans cesse à l’Etat ses res­pon­sa­bi­li­tés n’est-il pas lui-même un irres­pon­sable ?

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  2. Mesures ridi­cules. La seule qui pourr­rait être utile ce sont des crouvre-feux dans cer­tains quar­tiers mais non…

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  3. Les pro­fes­sions qui tra­vaillent dans les condi­tions dif­fi­ciles actuelles n’ont pas besoin d’être en plus insul­tées en étant appe­lées pre­miers de cor­vées.

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