À Grenoble, des agents de l’ONF et des Gilets jaunes combattent « la marchandisation de la forêt »

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FOCUS — Les agents de l’ONF se sont rassemblés ce jeudi 13 février au matin dans le square de Belmont à Grenoble. Objectif ? Dénoncer « la marchandisation de la forêt » et les choix stratégiques de l’Office. Un rassemblement rejoint par des soutiens disparates qui s’est conclu dans les locaux vides de l’ONF par une séance de collage d’affiches et de banderoles. 

 

 

Drôle d’am­biance square de Belmont à Grenoble, ce jeudi 13 février au petit matin. Une tren­taine de per­sonnes s’é­taient donné ren­dez-vous à proxi­mité des locaux gre­no­blois de l’Office natio­nal des forêts (ONF). Objectif ? Dénoncer la « mar­chan­di­sa­tion » de la forêt par le biais d’un éta­blis­se­ment public à carac­tère indus­triel et com­mer­cial (Épic) « struc­tu­rel­le­ment défi­ci­taire », en quête déses­pé­rée de ren­ta­bi­lité.

 

Rassemblement des agents de l'ONF et leur soutien à Grenoble le 13 février 2020 © Florent Mathieu - Place Gre'net

Rassemblement des agents de l’ONF et de leur sou­tien à Grenoble le 13 février 2020. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Dans l’as­sis­tance, quelques agents de l’ONF mobi­li­sés, sou­vent syn­di­qués CGT ou Solidaires… et venus en ren­fort des syn­di­ca­listes, mais aussi des mili­tants locaux des Gilets jaunes et une conseillère régio­nale d’op­po­si­tion en la per­sonne d’Émilie Marche. De quoi don­ner au ras­sem­ble­ment un air de « concor­dance des luttes » tou­jours d’ac­tua­lité. Et de par­ler autant de forêts que de fer­me­tures de bureaux de poste ou de Macron au Mont-Blanc.

 

 

« On fait de nos forêts une marchandise », dénoncent des agents de l’ONF

 

Un ras­sem­ble­ment quelque peu fourre-tout ? Le dis­cours pro­noncé par Emmanuel Dupont, agent de l’ONF, syn­di­qué Snupfsen Solidaires et élu du CHSCT, se concen­trait en tout cas, lui, sur la forêt et son exploi­ta­tion.

 

Quand le directeur d'agence ONF de l'Isère en prend pour son grade. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Quand le direc­teur d’a­gence ONF de l’Isère en prend pour son grade. © Florent Mathieu – Place Gre’net

Une forêt gérée par une ONF de plus en plus encline à vendre du bois à outrance, selon lui, ou à tra­vailler auprès des entre­prises pour la réa­li­sa­tion de « com­pen­sa­tions ».

 

Le tout, pour­suit l’agent, en ces­sant de recru­ter des fonc­tion­naires au pro­fit de contrac­tuels, jugés plus mal­léables. « Les fonc­tion­naires garan­tis­saient encore une cer­taine indé­pen­dance et un cer­tain ser­vice à la société », déplore l’agent.

 

Le prin­cipe même des com­pen­sa­tions irrite par­ti­cu­liè­re­ment Emmanuel Dupont. « Les grosses entre­prises peuvent sac­ca­ger un endroit et, en échange, pour se don­ner bonne conscience, faire quelque chose ailleurs. Mais quand on détruit un lieu, il est détruit ! », estime-t-il. Et de s’in­ter­ro­ger, alors que l’ONF œuvre à ces com­pen­sa­tions : « Est-ce que c’est le but de l’Office de per­mettre à ces groupes de se don­ner bonne conscience ? »

 

Une conseillère régionale (Émilie Marche) et des Gilets jaunes en soutien aux agents de l'ONF © Florent Mathieu - Place Gre'net

Une conseillère régio­nale (Émilie Marche) et des Gilets jaunes en sou­tien aux agents de l’ONF. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Face à ce modèle, Emmanuel Dupont plaide pour « un ser­vice public avant tout de la forêt, ensuite de l’u­sa­ger ». Si l’agent ne s’op­pose pas à l’i­dée de four­nir des pres­ta­tions, il estime qu’au­jourd’­hui la logique est ren­ver­sée. « Le but, ce n’est pas d’a­bord de déli­vrer du bois ou d’a­bord de vendre de la com­pen­sa­tion : on fait de nos forêts une mar­chan­dise ! », insiste-t-il. Une catas­trophe à ses yeux, pour des forêts « sources de bio­di­ver­sité » et « pièges à car­bone ».

 

 

Collage d’affiches dans les locaux de l’ONF

 

Contexte social oblige, Emmanuel Dupont n’a pas oublié d’é­vo­quer la réforme des retraites dans son dis­cours. « La logique qui pré­vaut à l’ONF est la même que celle qui vise la réforme de notre sys­tème de retraite par répar­ti­tion. Cet outil de soli­da­rité entre géné­ra­tions est aussi un bien com­mun. Son seul défaut du point de vue des pen­seurs néo-libé­raux, c’est de ne pas pro­duire de divi­dendes pour les action­naires », lance-t-il.

 

La porte du bureau du directeur de l'agence iséroise de l'ONF redécorée par les manifestants © Florent Mathieu - Place Gre'net

La porte du bureau du direc­teur de l’a­gence isé­roise de l’ONF redé­co­rée par les mani­fes­tants. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Autres prises de paroles, même tona­lité : le ras­sem­ble­ment s’est ainsi trans­formé en exer­cice de cri­tique géné­ra­li­sée des orien­ta­tions sociales du gou­ver­ne­ment, les médias étant quant à eux accu­sés de relayer la « pro­pa­gande macro­niste ». L’occasion aussi, pour cer­tains, d’é­vo­quer le sort du bureau de poste Stalingrad de Grenoble, dont le plan de fer­me­ture a pour­tant été annulé. « La Poste va le res­sor­tir, avec force sans doute, après les élec­tions ! », croit savoir une mili­tante.

 

Retour à l’ONF en fin de ras­sem­ble­ment. Alors qu’une réunion de direc­tion devait s’y tenir ce jeudi 13 février au matin à Grenoble, celle-ci a fina­le­ment été délo­ca­li­sée à La-Tour-du-Pin. En rai­son du ras­sem­ble­ment ? Les agents en sont convain­cus. Et n’ont pas man­qué d’al­ler se rap­pe­ler au bon sou­ve­nir de leur direc­teur en “inves­tis­sant” les locaux vides de l’Office pour y col­ler dans la bonne humeur affiches et ban­de­roles, en com­pa­gnie de leurs sou­tiens.

 

Florent Mathieu

 

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