Budget participatif 2019 : le verger collectif « Les jardins de l’abbé » recalé… pour un projet immobilier

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FOCUS – Bien que sélectionné par les votants au dernier Forum des idées, le projet de verger collectif « Les jardins de l’abbé » est recalé, après examen des services de la Ville. Raison de l’éviction de ce projet ? Il ne répond pas au règlement. Le parking sauvage convoité est en effet déjà réservé pour un programme immobilier… au grand dam d’habitants qui dénoncent le manque de transparence initial et un projet climaticide.

 

 

Une partie des porteurs du projet "Les jardins de l'abbé". Le projet a été recalé au budget participatif 2019, vendredi 19 juillet © Séverine Cattiaux - Placegrenet.fr

Une par­tie des por­teurs du pro­jet « Les jar­dins de l’abbé ». Le pro­jet a été recalé au bud­get par­ti­ci­pa­tif 2019, ven­dredi 19 juillet. © Séverine Cattiaux – Placegrenet.fr

Il fait par­tie des neuf pro­jets évin­cés sur les trente rete­nus par les votants, à l’is­sue du Forum des idées. « Les jar­dins de l’Abbé » ne devrait donc jamais voir le jour.

 

Ce pro­jet de plan­ta­tion d’arbres frui­tiers avec pota­gers et amé­na­ge­ment d’un espace de repos sur 1200 m² devait rem­pla­cer un par­king sau­vage, au niveau des rues Raspail, Alembert et Abbé Grégoire, dans le quar­tier Chorier-Berriat. Mais le rêve d’î­lot vert en milieu urbain a fait pschitt.

 

 

En mars 2019, le projet était possible… mais plus en juin 2019 ?

 

En juin, les por­teurs de pro­jet des jar­dins de l’Abbé reçoivent un mail du ser­vice démo­cra­tie locale. Celui-ci leur annonce une bien désa­gréable nou­velle : le pro­jet n’ira pas en finale. Motif ? Le par­king sau­vage convoité fait déjà l’ob­jet d’une étude en vue d’un pro­jet immo­bi­lier. Une douche froide pour le col­lec­tif d’ha­bi­tants qui tombe des nues…

 

Algéco, attenant au parking sauvage, l'ensemble de cet espace était initialement visé par les porteurs de projet des jardins de l'abbé dans le cadre du budget participatif 2019, vendredi 19 juillet © Séverine Cattiaux - Placegrenet.fr

Préfabriqué atte­nant au par­king sau­vage, ensemble visé par les por­teurs de pro­jet des jar­dins de l’abbé dans le cadre du bud­get par­ti­ci­pa­tif 2019. © Séverine Cattiaux – Placegrenet.fr

Et pour cause, ce n’est pas du tout ce que leur avait répondu, dans un cour­rier datant de mars 2019, Vincent Fristot, adjoint à l’ur­ba­nisme et à la tran­si­tion éner­gé­tique.

 

L’adjoint ne leur avait alors parlé que du seul pré­fa­bri­qué atte­nant au par­king sau­vage, qui devait, lui, demeu­rer en place, pour les besoins d’un chan­tier à venir piloté par Grenoble Habitat.

 

« L’étude étant déjà lan­cée et finan­cée, regrette le res­pon­sable du bud­get par­ti­ci­pa­tif, dans son mail de juin, nous nous retrou­vons donc face à un point règle­men­taire du Budget par­ti­ci­pa­tif – à savoir un pro­jet n’est éli­gible que si  “la Ville n’a pas déjà un pro­jet pro­grammé sur le site d’implantation ciblé” ». Le règle­ment, c’est le règle­ment… il est donc dis­qua­li­fié.

 

 

« Nous avons proposé à ce collectif un autre terrain, mais ils l’ont refusé »

 

Sans sur­prise, la décep­tion et la colère pré­do­minent, du côté des por­teurs du pro­jet. Pour le col­lec­tif comp­tant une tren­taine d’ha­bi­tants, « le pro­jet a été exclu de manière arbi­traire par la mai­rie », s’in­surge-t-il. Abderzake Boufeta, son porte-parole, ne cache ainsi pas son amer­tume et son scep­ti­cisme.

 

« Nous avons res­pecté le règle­ment, nous nous sommes mobi­li­sés pour défendre notre pro­jet, on a mis en place une cam­pagne, notre pro­jet a ren­con­tré le public, puisque nous sommes arri­vés en dixième posi­tion sur trente pro­jets rete­nus. Et à pré­sent, le pro­jet n’est plus éli­gible ? »

 

Une partie des porteurs du projet "Les jardins de l'abbé". Le projet a été recalé au budget participatif 2019, vendredi 19 juillet © Séverine Cattiaux - Placegrenet.fr

Une par­tie des por­teurs du pro­jet Les jar­dins de l’abbé, recalé au bud­get par­ti­ci­pa­tif 2019. © Séverine Cattiaux – Placegrenet.fr

 

Dans un mail adressé le 10 juillet der­nier au ser­vice de la démo­cra­tie locale, le col­lec­tif enjoint donc la Ville de réin­té­grer le pro­jet dans la liste des lau­réats. Et dere­chef, car le timing est serré, le vote pour le bud­get par­ti­ci­pa­tif devant se tenir du 7 sep­tembre au 5 octobre pro­chain.

 

Contacté par Place Gre’net, le res­pon­sable du bud­get par­ti­ci­pa­tif semble bien ennuyé par la tour­nure média­tique et polé­mique que prend l’af­faire : « C’est la pre­mière fois depuis le début du bud­get par­ti­ci­pa­tif, qu’un por­teur de pro­jet conteste le règle­ment. Tout est trans­pa­rent, les por­teurs savent à quoi s’en tenir. Nous les ren­con­trons avant le Forum des idées », tient-il à sou­li­gner.

 

« Ils savent bien qu’une fois les idées sélec­tion­nées, rien est encore joué, nous devons exa­mi­ner leur fai­sa­bi­lité…  Par ailleurs, nous avons pro­posé à ce col­lec­tif un autre ter­rain, mais ils l’ont refusé. Je leur ai aussi pro­posé de les ren­con­trer, mais ils ont pré­féré aler­ter la presse. »

 

 

« On a servi de faire valoir au budget participatif »

 

Si les habi­tants alertent les médias, c’est que la confiance envers la Ville s’est pas­sa­ble­ment émous­sée, à les entendre. « Nous n’en vou­lons pas aux tech­ni­ciens qui font leur tra­vail, pré­viennent-ils. Pour nous c’est une déci­sion poli­tique, et nous la déplo­rons », affirment les por­teurs du pro­jet. Qui ont la désa­gréable impres­sion d’a­voir été mené en bateau.

 

Parking sauvage à l'angle de la rue d'Alembert, et Raspail, qui était convoité par les habitants du projet "Les jardins de l'abbé". Le projet a été recalé au budget participatif 2019, vendredi 19 juillet © Séverine Cattiaux - Placegrenet.fr

Le par­king sau­vage à l’angle de la rue d’Alembert, et Raspail, convoité par les habi­tants du pro­jet Les jar­dins de l’abbé. © Séverine Cattiaux – Placegrenet.fr

Cet espace sert de par­king sau­vage depuis une ving­taine d’an­nées, rap­pellent ces der­niers, qui se tiennent, par ailleurs, bien au fait des pro­jets immo­bi­liers du sec­teur. Et qui affirment n’a­voir jamais entendu par­ler de vel­léi­tés de pro­gramme immo­bi­lier à cet endroit.

 

« Un res­pon­sable à l’ur­ba­nisme parti à la retraite nous assu­rait encore, en 2018, qu’il n’y avait rien de prévu sur cette par­celle », insiste Marc.

 

Le col­lec­tif des jar­dins de l’abbé d’en tirer la conclu­sion que la mai­rie a sciem­ment pré­texté cette étude pour les dis­qua­li­fier. « Le pro­jet ne leur convient pas et ils lancent une étude pour nous évin­cer, c’est facile ! » s’ex­clame, outré, Pierre, l’un des habi­tants. Les dés étaient pipés, consi­dère Anne à son tour qui lâche aigrie : « On a servi de faire-valoir au bud­get par­ti­ci­pa­tif ».

 

 

Le discours écologiste du maire discrédité, dixit le collectif

 

Sabine, membre du col­lec­tif sup­pose même, pour sa part, que la Ville « espé­rait que le col­lec­tif se plante au Forum des idées pour ne pas nous dire qu’ils veulent en fait den­si­fier ce ter­rain ».

 

De fait, c’est bien l’autre grief que for­mulent les habi­tants contre la Ville : la den­si­fi­ca­tion tou­jours crois­sante de ce quar­tier.

 

Autour d’eux, s’in­quiètent-ils, les dents creuses seront bien­tôt toutes béton­nées. Plusieurs pro­jets immo­bi­liers font même l’ob­jet de recours de la part du voi­si­nage ou de l’Union de quar­tier.

 

« Ce nou­veau pro­jet immo­bi­lier que pré­voit la Ville dis­cré­dite com­plè­te­ment les mes­sages d’a­lerte que pro­nonce le maire, s’in­surgent les por­teurs de pro­jet des jar­dins de l’Abbé, Eric Piolle ne cesse de dire que le cli­mat est devenu fou. Il fau­drait qu’il en tire lui-même les conclu­sions ».

 

Séverine Cattiaux 

 

 

Précisions ajoutées :

 

- le dimanche 21 juillet 2019 à 23 h 45

 

Suite à la publi­ca­tion de cet article et aux pro­pos tenus par le chef de pro­jet Démocratie locale à la Ville de Grenoble, le col­lec­tif  « les jar­dins de l’Abbé » tient à pré­ci­ser les points sui­vants :
– l’éligibilité d’un pro­jet d’un pro­jet de bud­get par­ti­ci­pa­tif ne se véri­fie pas après, mais avant le Forum des idées ;
– aucune pro­po­si­tion d’un autre site ne lui a été faite lorsque la Mairie a déclaré son pro­jet inéli­gible.

 

- le lundi 22 juillet 2019 à 14 h 45

 

Suite à l’addendum ci-des­sus, la Ville tient à rap­pe­ler les dif­fé­rentes étapes du Budget par­ti­ci­pa­tif :

1/ Dépôt des idées

2/ Publications des idées qui répondent aux cri­tères. Les ser­vices étu­dient uni­que­ment leur rece­va­bi­lité (com­pé­tences com­mu­nales, dépenses d’investissements, inté­rêt géné­ral et visée col­lec­tive…)

3/ Forum des idées

4/ Les ser­vices de la Ville et de la Métro étu­dient la fai­sa­bi­lité tech­nique, juri­dique et finan­cière des pro­jets. Une liste des pro­jets qui seront sou­mis au vote est éta­blie.

5/ Vote

6/ Réalisation

Elle sou­ligne donc que la fai­sa­bi­lité tech­nique, juri­dique et finan­cière des pro­jets est bien étu­diée après le Forum des idées.

 

- le mardi 23 juillet 2019 à 9 h 43, puis à 12h28

 

La Ville main­tient qu’elle a bien pro­posé un autre ter­rain au col­lec­tif, lequel démen­tait cette infor­ma­tion dimanche 21 juillet. « La pro­po­si­tion de pou­voir étu­dier un autre ter­rain a été faite aux por­teurs de pro­jet lors de la réunion sur site du 9 mai » tient à pré­ci­ser le Service démo­cra­tie locale

 

 

 

 

 

Grenoble Finaliste pour le concours de Capitale Verte
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Commentaires 3
  1. La créa­tion d’i­lôts urbain verts a Grenoble ? Non mais ils rêvaient ces habi­tants, car ou Piolle le bucheron/maçon irrait-il un peu plus noyer la ville sous le béton et bitume si c’é­tait le cas, en vrai faux éco­lo­giste qu’il est ?

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