Le Dal a ouvert aux sans-abris les locaux déserts de l’ancien siège du Crédit agricole à Grenoble

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FOCUS – Les militants du Dal 38 ont procédé à « l’ouverture » des anciens bureaux du Crédit agricole, avenue Marcelin-Berthelot à Grenoble. Objectif de cette occupation, initialement « symbolique » ? Maintenir la pression sur la préfecture de l’Isère, mais aussi sur la Ville de Grenoble et la Métro, en matière d’hébergement et d’expulsions. Après une rencontre avec un membre du cabinet du maire, la municipalité aurait porté plainte contre le collectif.

 

 

Pas ques­tion pour le Dal 38 de relâ­cher la pres­sion. Le mardi 9 avril, soit plus d’une semaine après une fin de trêve hiver­nale dans la dou­leur, les mili­tants isé­rois de Droit au loge­ment ont « ouvert » un local vide appar­te­nant à la Ville de Grenoble. Le bâti­ment en ques­tion ? Les anciens locaux du Crédit agri­cole sur l’a­ve­nue Marcelin-Berthelot. Un espace en attente de tra­vaux avant d’ac­cueillir le CCAS gre­no­blois.

 

Banderoles à tous les étages pour les anciens locaux du Crédit Agricole, avenue Berthelot à Grenoble. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Banderoles à tous les étages pour les anciens locaux du Crédit agri­cole, ave­nue Berthelot à Grenoble. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Comment les défen­seurs des mal-logés ou sans-abris ont-ils ouvert les portes de ces bureaux déserts ? Nous n’au­rons pas la réponse, quand bien même la mili­tante Roseline Vachetta refuse d’employer le terme « effrac­tion ». Sur place, pas de traces de dégra­da­tions. Et des affi­chettes dis­po­sées à l’en­trée demandent déjà aux occu­pants de ne pas fumer, de ne pas cui­si­ner dans les locaux, ou encore de ne pas lais­ser leurs enfants accé­der seuls aux étages.

 

 

Mettre la pression sur l’État et les collectivités

 

Si des mate­las ont été dis­po­sés à l’in­té­rieur du local, le Dal a indi­qué dès le départ que l’oc­cu­pa­tion n’a­vait pas voca­tion à s’é­ter­ni­ser. « C’est une occu­pa­tion sym­bo­lique pour mettre la pres­sion, mon­trer que nous sommes là et qu’il y a des bâti­ments vides », explique Julien, membre du col­lec­tif. Le Dal entend ainsi éta­blir un « rap­port de forces », autant avec la pré­fec­ture de l’Isère que la Ville de Grenoble et Grenoble-Alpes Métropole.

 

Des matelas sont disposés à l'intérieur du bâtiment. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Des mate­las sont dis­po­sés à l’in­té­rieur du bâti­ment. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Les griefs contre la pré­fec­ture n’ont pas changé. Le Dal reproche aux ser­vices de l’État d’a­voir pro­cédé à des éva­cua­tions de centres d’hé­ber­ge­ment hiver­naux dès la fin de la trêve hiver­nale, le 1er avril, et cela sans pro­po­ser des solu­tions de relo­ge­ment aux per­sonnes concer­nées. « C’est s’as­seoir sur le droit oppo­sable au loge­ment ! », fus­tige Julien du Dal. Et la baisse des tem­pé­ra­tures noc­turnes n’a pas inflé­chi la posi­tion de la pré­fec­ture à l’é­gard de per­sonnes remises à la rue.

 

Quid de la Ville de Grenoble ? Le Dal l’in­ter­pelle en tant que pro­prié­taire du bâti­ment occupé, mais aussi au titre de ses repré­sen­ta­tions au sein des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion de plu­sieurs bailleurs sociaux*. Enfin, les mili­tants expliquent attendre de la Métro la pro­mo­tion d’un arrêté anti-expul­sions pour toutes les com­munes de son ter­ri­toire. « Ce serait une manière pour ces com­munes de se posi­tion­ner sur cette ques­tion », consi­dère encore Julien.

 

 

Visite d’un membre du cabinet d’Éric Piolle

 

Si les rap­ports sont com­pli­qués avec la pré­fec­ture, le Dal insiste sur les res­pon­sa­bi­li­tés de toutes les col­lec­ti­vi­tés. Et le sou­tien affi­ché du maire de Grenoble, qui a indi­qué dans un com­mu­ni­qué s’op­po­ser aux remises à la rue, ne lui suf­fit pas. « On tient à signa­ler au maire qu’il y a des choses qu’il pour­rait faire et ne fait pas », explique le mili­tant. Par exemple ? Adopter un arrêté anti-expul­sions, mais aussi des arrê­tés de réqui­si­tion pour les bâti­ments vides.

 

Le membre du cabinet du maire de Grenoble David Laumet défend l'action de la Ville face aux militants du Dal. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Le membre du cabi­net du maire de Grenoble David Laumet défend l’ac­tion de la Ville face aux mili­tants du Dal. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Des demandes que le col­lec­tif a pu for­mu­ler auprès de David Laumet, membre du cabi­net du maire de Grenoble et conseiller sur les ques­tions liées au social. Venu ren­con­trer les mili­tants, cet “ancien” d’Althea et du Relais Ozanam est à l’é­coute, et essaye de défendre l’ac­tion de la muni­ci­pa­lité. « Cette année, est-ce que des struc­tures appar­te­nant à la Ville ont mis des gens dehors ? Aucune. Il y a des moments où ce n’é­tait pas le cas ! », rap­pelle-t-il.

 

« Une ville qui s’af­fiche comme ville d’ac­cueil pour les migrants, ça n’ar­rive pas tout le temps. La ques­tion des squats, des migra­tions, c’est quelque chose qui ne fait pas consen­sus poli­tique », sou­ligne encore David Laumet. Opiniâtre et sou­riant, le membre du cabi­net du maire n’a pas  for­cé­ment convaincu les membres du Dal. Mais les a fait sou­rire en s’é­criant : « Je trouve que la Ville fait quand même de sacrés petits pas ! »

 

 

Une plainte de la Ville de Grenoble contre le Dal ?

 

Une chose est cer­taine, David Laumet joue la carte de la proxi­mité avec le Dal. « Comptez sur moi pour ne jamais inva­li­der l’ac­tion des asso­cia­tions ! », lance-t-il aux mili­tants. Changement de ton quelques heures plus tard ? Un membre de Droit au loge­ment affirme avoir appris que le maire de Grenoble allait fina­le­ment por­ter plainte contre le col­lec­tif. Une annonce qui serait “tom­bée” à 18 h 30. Soit quatre heures après la visite du repré­sen­tant du cabi­net.

 

La Ville de Grenoble aurait porté plainte contre le Dal 38. © Florent Mathieu - Place Gre'net

La Ville de Grenoble aurait porté plainte contre le Dal 38. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Une infor­ma­tion que de la Ville n’a pas (encore) confir­mée ou infir­mée. Mais qui pour­rait se tra­duire, si avé­rée, par une éva­cua­tion des anciens locaux du Crédit agri­cole. Les forces de l’ordre ne pour­ront en effet pro­cé­der à une expul­sion que si le pro­prié­taire du local leur donne le feu vert, comme l’a reconnu David Laumet devant les mili­tants. Toujours selon le Dal, une entre­vue serait pro­gram­mée entre le maire de Grenoble et la pré­fec­ture de l’Isère le mer­credi 10 avril au matin.

 

Cela n’empêche pas le col­lec­tif de prendre ses marques. Après une assem­blée géné­rale consti­tuée d’une qua­ran­taine de per­sonnes, le bâti­ment est désor­mais ouvert à l’ac­cueil, avec pré­sence per­ma­nente de membres du Dal. Parmi les per­sonnes accueillies, Les anciens occu­pants du centre Pablo-Picasso d’Échirolles, mais aussi d’autres sans-abris. À l’o­ri­gine sym­bo­lique, l’oc­cu­pa­tion est-elle en train de se trans­for­mer en squat durable ?

 

Florent Mathieu

 

 

* Le maire de Grenoble Éric Piolle est ainsi pré­sident d’Actis, tan­dis que la conseillère muni­ci­pale délé­guée à la Politique de la ville Maryvonne Boileau pré­side Grenoble Habitat.

 

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Commentaires 1
  1. Pourquoi inves­tir un immeuble de la ville alors qu’on en veut à la pré­fec­ture et au Conseil dépar­te­men­tal qui ne font rien pour loger les gens à la rue ? Combien de per­sonnes même des familles avec enfants n’ont pas été rehe­ber­gees après avoir été mises à la porte à la fin de la trêve d’hiver ?
    Le pré­fet se fiche com­plè­te­ment d’une éven­tuelle inter­ven­tion d’Eric Piolle. Il n’a qu’ un maître : le ministre de l’intérieur …

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