“Allons voir la mer avec Doisneau” : quand Glénat plonge à la recherche des trésors oubliés du photographe

“Allons voir la mer avec Doisneau” : quand Glénat plonge à la recherche des trésors oubliés du photographe

FOCUS – Les éditions Glénat (ré)concilient Robert Doisneau, la mer et Grenoble en proposant jusqu’au 2 février 2019 l’exposition Allons voir la mer avec Doisneau, au Couvent Sainte-Cécile. Photographies de vacances, de touristes, de bateaux ou de travailleurs de la mer, l’exposition dévoile un pan méconnu de l’œuvre du photographe, plus connu pour ses clichés parisiens ou ses représentations de l’enfance.

 

 

Allons voir la mer avec Doisneau © Glénat

Allons voir la mer avec Doisneau © Glénat

Quels liens entre Robert Doisneau, la mer… et Grenoble ? À première vue aucun, tant le photographe est connu pour ses clichés évoquant un Paris fantasmé ou la poésie de l’enfance. C’était sans compter sur les éditions Glénat, qui proposent jusqu’au 2 février 2019 au Couvent Sainte-Cécile de Grenoble une exposition dédiée à l’univers maritime dans l’œuvre de l’artiste. Ainsi que son catalogue, tous deux baptisés Allons voir la mer avec Doisneau.

 

C’est Isabelle Fortis, responsable au sein des éditions Glénat que l’on retrouve à l’origine du projet. Celle qui avait organisé l’exposition Les Alpes de Doisneau au Musée de l’Ancien Évêché de Grenoble en 2012 a su convaincre les deux filles du photographe de l’intérêt du sujet.

 

Annette Doisneau et Francine Deroudille, qui ont par le passé travaillé avec leur père, sont en effet les “gardiennes du temple”, et en l’occurrence de l’atelier, de l’artiste. Un atelier qui recèle encore bien des trésors et des surprises, comme a pu s’en rendre compte Angelina Meslem, commissaire de l’exposition Allons voir la mer avec Doisneau.

 

Celle qui a travaillé durant dix ans au Musée national de la Marine de Paris n’imaginait d’ailleurs pas que sa spécialité la mènerait aux photographies de Doisneau. « J’avais une image de la production de Robert Doisneau telle qu’elle est connue. Je n’imaginais pas la richesse de son œuvre dans tous les domaines », confie-t-elle.

 

 

Robert Doisneau, le touche-à-tout

 

Car Robert Doisneau était un touche-à-tout du fait même de sa profession, ont rappelé ses deux filles à l’occasion du vernissage de l’exposition, ce mercredi 16 octobre. « C’est un travail de commande qu’il faisait », explique ainsi Annette Doisneau. Tandis que Francine Deroudille concède volontiers que photographier la mer n’était pas dans les spécialités de son père, un homme qui n’aimait ni la plage… ni les vacances.

 

Francine Deroudille et Annette Doisneau, les deux filles de Robert Doisneau © Florent Mathieu - Place Gre'net

Francine Deroudille et Annette Doisneau, les deux filles de Robert Doisneau. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Est-ce la raison pour laquelle la partie “ludique” de l’exposition affiche le titre presque ironique de « Tourisme, plage et crustacés » ? Si la futilité, parfois assumée, des activités nautiques est bien présente, l’enfance n’est jamais bien loin dans ces clichés de vacances. Et pour cause : soucieux des questions de droit à l’image, les filles du célèbre photographe sont aux premières lignes dans ses clichés, pris sur une île de Ré qui, en 1945, se remettait à peine de la Seconde guerre mondiale.

 

Plus sérieuse, la partie de l’exposition nommée « À pied, au chalut et à la ligne » s’intéresse pour sa part aux travailleurs de la mer, à commencer par les pêcheurs. Des photographies prises à l’occasion de trois projets différents, dont un seul verra finalement le jour, exposant le labeur quotidien des pêcheurs de sardines de La Turballe ou des harponneurs de thon de Saint-Jean-de-Luz. Sans oublier, folklore oblige, les vendeurs de poisson de Marseille.

 

 

Une relecture du passé

 

Pêcheur de sardines de La Turballe © Robert Doisneau

Pêcheur de sardines de La Turballe © Robert Doisneau

Autant de photographies qui s’enrichissent d’une vraie profondeur dans le cadre d’une exposition thématique, ainsi que le décrit Francine Deroudille en vantant le travail d’Angelina Meslem. « Ce qui était pour nous notre terrain de jeu d’enfants, elle va le voir avec un regard de chercheuse, poser des questions et faire des choix qui ne seront pas les nôtres, et c’est une lecture incroyablement riche ! », salue-t-elle.

 

Tantôt empreintes de légèreté, d’innocence ou d’une certaine forme de gravité, les pièces exposées figent au final dans un noir et blanc impeccable un passé qui, à bien des égards, nous ressemble encore.

 

Et permettent d’admirer la maîtrise du geste de Robert Doisneau, jusque dans un cliché sous-marin dont la réalisation, bien avant l’apparition des appareils amphibie, demeure une énigme pour les professionnels. Ultime part de mystère peut-être, d’un homme que chacun croit connaître pour avoir vu tant de choses à travers son regard ?

 

Florent Mathieu

 

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