Tri des déchets plastiques : la campagne de la Métro provoque un emballement… de critiques

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EN BREF – La campagne d’incitation au tri des déchets initiée par la Métro a du mal à passer. Une affiche cristallise les critiques : celle représentant une femme, souriante, enveloppée dans du film plastique, avec la mention « Tous les emballages se jettent dans la poubelle “je trie” ». Une communication qui a fait réagir jusqu’à la secrétaire d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes…

 

 

« Le gra­phiste doit être fan de Dexter », s’a­muse une inter­naute en com­men­tant la cam­pagne d’in­ci­ta­tion au tri de Grenoble-Alpes Métropole. Il est vrai que le célèbre tueur en série de fic­tion aime à enve­lop­per ses futures vic­times à l’aide d’un puis­sant film plas­tique pour mieux les immo­bi­li­ser. Soit, peu ou prou, ce qu’é­voquent les affiches de la Métro.

 

Les affiches sont disposées sur les encarts Decaux. © Nicolas Vivant, image prélevée sur Facebook

Affiches dis­po­sées sur les encarts Decaux. © Nicolas Vivant, image extraite de Facebook

 

Disposées sur des pan­neaux Decaux de la Métropole, celles-ci repré­sentent des per­sonnes, sou­riantes, pri­son­nières d’un filet de plas­tique. Le slo­gan ? « Jeter moins, trier plus, faire face ! Tous les embal­lages se jettent dans la pou­belle “Je trie” ». Trois affiches dis­tinctes ont été réa­li­sées : une avec deux enfants, une avec un homme, et la der­nière avec une femme.

 

 

« Hautement déplacé », juge la Secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes

 

 

Sans par­ler de défla­gra­tion, la cam­pagne a pro­duit ce qu’il convient d’ap­pe­ler un bad buzz sur les réseaux sociaux, dont cer­tains titres de presse natio­naux se sont fait écho. Et elle n’a pas man­qué de faire réagir au niveau poli­tique. Le site de la droite Carignon Grenoble le chan­ge­ment a ainsi, tout natu­rel­le­ment, sauté sur l’oc­ca­sion pour dénon­cer une « com” sexiste, salis­sante coû­teuse ».

 

Sur Facebook, le conseiller muni­ci­pal d’op­po­si­tion Jérôme Safar (Rassemblement de gauche et de pro­grès) n’a pas, non plus, trouvé la cam­pagne à son goût : « Je pense que le ser­vice com n’a pas mesuré le carac­tère stu­pé­fiant du visuel en ques­tion », écrit-il à un com­men­ta­teur. Côté En marche, le député Olivier Véran ne mâche pas non plus ses mots sur Twitter.

 

 

Point d’orgue de l’in­di­gna­tion, Marlène Schiappa, Secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes a jugé bon de prendre sa plume pour écrire au pré­sident de la Métro en per­sonne, Christophe Ferrari.

 

Les enfants emballés dans du plastique ont rarement le sourire. © Grenoble-Alpes Métropole

Les enfants embal­lés dans du plas­tique… avec le sou­rire. © Grenoble-Alpes Métropole

« Emballer une femme dans du film plas­tique ne me semble pas du meilleur goût. […] À l’heure où je mène une cam­pagne contre les vio­lences faites aux femmes […], je tiens à vous dire que cette cam­pagne me semble hau­te­ment dépla­cée. Son retrait serait appré­cié », écrit-elle ainsi, dans son cour­rier rap­porté ce 29 sep­tembre au matin par nos confrères du Dauphiné libéré.

 

Certains inter­nautes font remar­quer que la secré­taire d’État ne semble en revanche pas s’é­mou­voir outre mesure de l’af­fiche repré­sen­tant deux enfants empa­que­tés comme des pro­duits de consom­ma­tion. Sans même par­ler de sa ver­sion mas­cu­line. « C’est plus grave parce que c’est une femme ? Et l’é­tu­diant emballé ? Et les 2 enfants ? », s’a­gace un uti­li­sa­teur de Facebook.

 

 

La Métropole assume

 

 

Côté Métropole, la volonté est visi­ble­ment de clore la polé­mique. « Si la nou­velle cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion métro­po­li­taine a fait l’objet d’interprétations regret­tables, il n’en demeure pas moins ce constat et l’urgence d’agir. Nous sommes pri­son­niers de nos déchets, voilà quel était le seul et unique mes­sage », écrit la Métro dans un com­mu­ni­qué. Ajoutant que « main­te­nant […] tout mal­en­tendu à ce pro­pos est dis­sipé ». Ce que les lin­guistes décrivent comme la fonc­tion cona­tive du lan­gage, lorsque le verbe est censé créer l’ac­tion…

 

Sur le por­tail “actua­li­tés” de Grenoble-Alpes Métropole, on prend le parti du verre à moi­tié plein. « Des indi­gna­tions, des éner­ve­ments, des encou­ra­ge­ments, des enthou­siasmes… La nou­velle cam­pagne de tri des déchets de la Métropole ne passe pas inaper­çue », titrent les rédac­teurs. Ou, comme disait Andy Warhol, « n’im­porte quelle publi­cité est bonne publi­cité » ?

 

Le plastique, c'est la Symphonie Fantastique ? Des Grenoblois n'ont pas apprécié de voir Hector Berlioz traité de la sorte... © Grenoble-Alpes-Métropole

Le plas­tique, c’est la Symphonie fan­tas­tique ? Des Grenoblois n’ont pas appré­cié de voir Hector Berlioz emballé… © Grenoble-Alpes-Métropole

 

Si la Métro assume sa cam­pagne d’af­fi­chage, quand bien même la forme semble avoir pris le pas sur le fond, elle a en revanche choisi de reti­rer les films plas­tique dis­po­sés sur dif­fé­rents monu­ments de Grenoble. Certains Grenoblois n’ont en effet pas appré­cié de voir le Chevalier Bayard ou Hector Berlioz mis sous cel­lo­phane comme des pro­duits de super­mar­ché. Face aux sus­cep­ti­bi­li­tés, la Métro a ainsi pré­féré évi­ter… l’emballement.

 

Florent Mathieu

 

Festival du film France Nature Environnement
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Commentaires 3
  1. Que de polé­mique pour rien. On voit bien les 2 poids, 2 mesures au sujet des affiches. Aujourd’hui, on a pas le droit de mettre des femmes dans des affiches de com sans pas­ser pour « sexiste ». Faut-il rap­pe­ler que le sexisme c’est dégra­der un sexe par rap­port à un autre… où voit-on cette dégra­da­tion ici ? Maintenant, on a le droit de ne pas trou­ver cette cam­pagne très réus­sie, mais des polé­miques là des­sus, c’est juste faire de la récu­pé­ra­tion poli­tique. La preuve avec la réac­tion de la clique à Carignon sur Grenoble le Changement (entre autres)… ce ne sont pas vrai­ment des réfé­rences en matière de sexisme, vu la vision de la femme qu’ils sou­tiennent dans leur parti. En revanche, en matière de déri­sion…

    Les monu­ments embal­lés, pareil, ça marque les esprits. Mais il ne faut pas se frois­ser pour ça non plus, le che­va­lier Bayard ne va pas perdre en valeur si il se retrouve dans du plas­tique pen­dant un mois.

    Mais je recon­nais : la cam­pagne Supertri était quand même un vache­ment mieux.

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  2. Pour faire la fémi­niste bobo pro-PMA « Olivier Verrand » me parait assez fort.

    Par contre pour aider les sala­riés d’Alstom, il me parait dépas­ser…

    Pour être autant en dehors des réa­li­tés n’est il pas un ancien du par­tie socia­liste ?

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