Femmes SDF : un nouveau local plus spacieux… pour plus d’espoir

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REPORTAGE – Après plus d’une décennie près du quartier Saint-Bruno, l’association Femmes SDF a emménagé, voici quatre mois, boulevard Jean-Pain à Grenoble. L’inauguration de son nouveau local d’accueil, mardi 18 octobre, a été l’occasion de rencontrer ces femmes sans abri d’hier ou d’aujourd’hui.

 

 

« Vive le nouveau local où l’on peut venir emmerder l’équipe ! » Cri du cœur – et d’humour – d’une sans-abri, Messaouda, pour conclure son discours. L’association Femmes SDF inaugurait en effet mardi 18 octobre ses nouveaux locaux boulevard Jean-Pain, qu’elle occupe depuis quatre mois déjà.

 

Isabelle et Messaouda. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Isabelle et Messaouda, hilare durant son discours. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Quatre mois pour s’habituer à ce nouvel emplacement, après avoir résidé plus d’une dizaine d’années rue Aimé-Berey, près du quartier Saint-Bruno. « Le local devenait un peu étroit, il était temps d’en partir […]. Aujourd’hui nous sommes dans ce nouveau local agréable, lumineux, spacieux. Quelle belle récompense que d’avoir persévéré dans notre quête et notre recherche ! », s’enthousiasme la présidente de l’association Catherine Chauveau.

 

Une chambre, un petit salon aménagé de manière cosy, une salle de bain, des sanitaires, ainsi qu’une grande salle à manger : les nouveaux locaux se distinguent avant tout par leur caractère chaleureux et accueillant. C’est tout l’esprit de ce local, ouvert aux femmes SDF de 11 heures à 17 heures, trois jours par semaine. Un lieu de repos, d’écoute et de rencontres.

 

 

 

« Mes trois chiens ont toujours été les bienvenus »

 

 

Isabelle Béraud a vécu treize ans à la rue, avant de retrouver un appartement au mois de décembre 2015. Elle a connu Femmes SDF durant ses années de sans-abri, et y retourne aujourd’hui en tant que bénévole.

 

« Ils m’ont beaucoup aidée quand j’étais à la rue, et j’essaye à mon tour d’aider. Ils m’ont apporté beaucoup de soutien et de présence, comme une grande famille, chose que je n’ai malheureusement jamais eue. Et surtout, j’ai apprécié que mes animaux soient acceptés : mes trois chiens ont toujours été les bienvenus. »

 

Une salle à manger pour le moins spacieuse. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Une salle à manger pour le moins spacieuse. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

La question de l’accueil des animaux est récurrente quand il s’agit de l’hébergement des sans-abris. Plus encore en ce qui concerne les femmes, pour lesquelles un chien est bien souvent, en plus d’un compagnon, un gage de sécurité.

 

Yamina Zemma, ancienne SDF parisienne résidant aujourd’hui à Tullins, évoque son ami à quatre pattes : « Chaque fois que je demandais à dormir en foyer, il fallait que j’abandonne mon chien, et mon chien c’était le plus important. Je faisais mon choix : je gardais mon chien, et je restais à la rue. On a été compagnons pendant dix-sept ans, jusqu’à sa mort. »

 

 

 

« Battez-vous, on est là ! »

 

 

Yamina aura finalement trouvé à se loger après une rencontre avec le Secours catholique. Une rencontre qui n’aurait jamais eu lieu si un contrôleur de la SNCF ne l’avait pas, en gare de Tullins, « foutue dehors » du train où elle se trouvait sans billet. « Si je le croisais aujourd’hui, je l’inviterais à manger : grâce à lui, je suis redevenue une femme épanouie ! »

 

Isabelle, Chantal et Yamina : porter l'espoir de sortir de la rue. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Isabelle, Chantal et Yamina : porter l’espoir de sortir de la rue. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Un récit porteur d’espoir ? « On a envie que les gens s’en sortent. On ne peut leur dire qu’une chose : battez-vous, on est là ! », explique Yamina. Son amie Chantal, qui a connu la rue durant cinq ans, renchérit : « On veut leur donner de l’espérance. On vient retrouver les amies, on vient soutenir aussi le local dans les actions. On a envie de tendre la main, et de leur montrer que c’est possible de s’en sortir. »

 

 

 

La rue, encore plus dure pour les femmes

 

 

Femmes SDF bénéficie du soutien de la Région, du Département comme de la Ville de Grenoble. « Il y a des actions communes, des liens sur les maraudes, afin de partager la connaissance des personnes dans le besoin », détaille Alain Denoyelle, adjoint à la municipalité en charge de l’action sociale.

 

« C’est un apport important de l’association de montrer qu’il y a un point particulier autour des femmes, qui n’était pas toujours reconnu ou identifié dans le public à la rue. Sans vouloir genrer les choses, c’est important de reconnaître cette spécificité », rappelle-t-il.

 

Yamina se prête à prendre la pose dans le salon cosy. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Yamina se prête à prendre la pose dans le salon cosy. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Yamina confirme : « La vie à la rue c’est dur et encore plus pour les femmes : on craint de se faire violer, de se faire agresser… » D’un autre côté, Isabelle considère qu’il y a « plus de solidarité » entre les femmes qu’entre les hommes, parmi les SDF.

 

 

 

Appel aux dons et aux bénévoles

 

 

L’inauguration de ce nouveau local a aussi été l’occasion pour la présidente de Femmes SDF de lancer un appel aux dons – que la structure est aujourd’hui habilitée à recevoir –, ainsi qu’aux bénévoles, quand bien même l’association s’attache à travailler également avec des salariés.

 

Catherine Chauveau veut passer la main. Derrière elle, la cofondatrice de Femmes SDF, Marie-Claire Vanneuville. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Catherine Chauveau veut passer la main. Derrière elle, la cofondatrice de Femmes SDF, Marie-Claire Vanneuville. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Et si la présidente Catherine Chauveau a évoqué pour conclure son désir, après quatre ans à ce poste, de « passer la main », on comprend que l’engagement, lui, ne passe pas. Cofondatrice en 2000 et ancienne directrice de Femmes SDF, Marie-Claire Vanneuville était ainsi elle aussi présente à l’inauguration, et confiait être « contente que cela continue… mais malheureuse face à la montée de la précarité. »

 

 

Florent Mathieu

 

 

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