“L’État matraquant la liberté” : les dessous d’une fresque polémique

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DÉCRYPTAGE – La fresque « L’État matraquant la liberté » de l’artiste Goin bientôt ne sera plus. Réalisée sur les locaux de Métrovélo Gare dans le cadre de l’édition 2016 du Grenoble Street Art Fest, l’œuvre qui a tant fait polémique sera détruite d’ici le 10 juillet. Au-delà du débat relatif à la liberté d’expression, cette fresque a réveillé de nombreuses critiques concernant la politique culturelle de la Ville. 

 

 

 

"L'Etat matraquant la liberté" - Goin. © Alexandra Moullec

« L’État matra­quant la liberté » – Goin. © Alexandra Moullec

Difficile d’é­chap­per à la polé­mique. Le Figaro, L’Express, Le Huffington Post, Le Parisien, Les Inrocks, Le MondeToute la presse natio­nale s’en est don­née à cœur joie.

 

Les détrac­teurs de la fresque éga­le­ment. Parmi eux, notam­ment, Debout la France, pour qui cette fresque est une « honte », en plus d’être « abjecte ». Pour d’autres, il s’a­git d’une œuvre « anti-police », « anti-démo­cra­tique », cer­tains ayant fait le choix volon­tai­re­ment ou non d’y voir une attaque contre les forces de l’ordre.

 

De la « mau­vaise foi » de la part de tous ceux ayant « une lec­ture fron­tale », estime Jérôme Catz, com­mis­saire d’ex­po­si­tion et fon­da­teur des centres d’art Spacejunk. L’intéressé se défend : « Cette fresque est com­po­sée d’une par­tie contem­po­raine actuelle, les flics avec leurs habits de flics, et d’une Marianne tirée de Delacroix, un tableau qui a deux cents ans. »

 

"L'Etat matraquant la liberté" - Goin. © Alexandra Moullec

« L’État matra­quant la liberté » – Goin. © Alexandra Moullec

Et d’a­jou­ter : « C’est l’État en train de taper sur la liberté. L’article 49.3 est bien là. […] On a rajouté le titre “l’État matra­quant la liberté”. On ne peut pas aller plus loin. »

 

D’autant que Marianne est accou­dée sur les livres 1984 de George Orwell et Brave New World d’Aldous Huxley, deux contre-uto­pies dénon­çant cha­cune à leur manière des socié­tés deve­nues cau­che­mar­desques. Plusieurs voix se sont pour­tant éle­vées, dont celle de Lionel Beffre, nou­veau pré­fet de l’Isère, pour deman­der le retrait de la fresque.

 

 

 

Duel de tags

 

 

A contra­rio, une péti­tion citoyenne a été lan­cée pour « empê­cher la cen­sure ». « Ce des­sin aurait pu figu­rer en une de Charlie Hebdo. La France s’est levée contre l’extrémisme […] pour la liberté d’expression. […] Il y a plein de ministres qui se portent aujourd’­hui en cen­seurs de cette liberté d’expression », ful­mine Jérôme Catz.

 

"L'Etat matraquant la liberté" taguée - Goin. © Alexandra Moullec

« L’État matra­quant la liberté » taguée – Goin. © Alexandra Moullec

S’en est suivi un duel de tags. Suite à la média­ti­sa­tion de l’œuvre, des « anti-fresque » y ont apposé l’ins­crip­tion « Stand up for the French police » (Levez-vous pour la police fran­çaise », ont barré le titre de l’œuvre ainsi que l’ins­crip­tion « 49.3 ». Comme réponse, des « pro-fresque » ont réécrit le titre et apposé des « Je suis Charlie » avec des pochoirs.

Mais à y regar­der de plus près, ce n’est pas seule­ment le débat sur la liberté d’ex­pres­sion qui est en jeu dans cette affaire. Beaucoup de cri­tiques fusent contre la poli­tique cultu­relle de la muni­ci­pa­lité gre­no­bloise.

 

 

 

« Cet épisode de la fresque est un révélateur »

 

 

Le met­teur en scène Joël Pommerat signait, le 2 juin 2016, dans Libération la tri­bune « Grenoble, la décep­tion de l’é­co­lo­gie cultu­relle » fus­ti­geant la « poli­tique libé­rale et popu­liste » menée par la muni­ci­pa­lité. En cause, la sup­pres­sion de la sub­ven­tion muni­ci­pale accor­dée à l’or­chestre des Musiciens du Louvre en 2014, la reprise en main de la ges­tion du Théâtre 145 et du Théâtre de Poche en 2015, tous deux inté­grés dans le giron du théâtre muni­ci­pal où les com­pa­gnies sont invi­tées à jouer au cha­peau.

 

Mobilisation contre la fermeture de la bibliothèque Alliance. © SeverineCattiaux

Mobilisation contre la fer­me­ture de la biblio­thèque Alliance. © Séverine Cattiaux

Sans oublier la baisse des sub­ven­tions muni­ci­pales accor­dées à la Maison de la culture (MC2) et la liqui­da­tion de la salle de concert le Ciel, consa­crée aux musiques actuelles.

 

Le 10 juin 2016, Élise Colin-Madan, une Grenobloise auto-pro­cla­mée « chau­vine », fai­sait publier dans Les Antennes une lettre ouverte suite à la fer­me­ture de plu­sieurs lieux cultu­rels, dont des biblio­thèques.

 

Pour cer­tains, l’af­faire « fresque » est la goutte d’eau qui fait débor­der le vase. A l’i­mage de Matthieu Chamussy, conseiller muni­ci­pal d’op­po­si­tion Les Républicains : « Cet épi­sode de la fresque est un révé­la­teur » de l’ac­tion muni­ci­pale au niveau cultu­rel « dans le sens où toute déci­sion en matière cultu­relle est d’a­bord poli­tique. […] La culture est ins­tru­men­ta­li­sée. »

 

Et d’a­jou­ter : « Ça a com­mencé dès le début du man­dat avec l’at­tri­bu­tion d’une sub­ven­tion à un col­lec­tif d’ar­tistes » enga­gés « contre l’a­chè­ve­ment de l’au­to­route A51. » Sans comp­ter « l’ar­rêt bru­tal et non négo­cié de la tota­lité de la sub­ven­tion aux Musiciens du Louvre. La der­nière fois qu’un tel évé­ne­ment s’é­tait pro­duit en France, c’é­tait une mai­rie Front natio­nal, à Orange. »

[…]
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Commentaires 3
  1. sep article
  2. Je rajoute que la photo choi­sie pour illus­trer cet article est une vraie inci­ta­tion à la démo­li­tion de la fresque …

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  3. Un beau gloubi boulga !
    La défense de la liberté d’ex­pres­sion ne souffre aucune excep­tion.
    Ce n’est pas la peine de reve­nir sur la poli­tique cultu­relle de la ville. Ce n’est pas le sujet ici.
    Faut-il rap­pe­ler à M. Chamussy et consort que les Musiciens du Louvre ont gra­tui­te­ment l’u­sage de leurs locaux, fluides com­pris ? faut-il lui rap­pe­ler que ces musi­ciens n’ont de « gre­no­blois » que le nom vu le nombre de musi­ciens qui viennent (tous frais payés) uni­que­ment pour les repré­sen­ta­tions ?
    Oui, il y a de quoi cri­ti­quer d’autres mesures « cultu­relles », comme la fer­me­ture du Ciel.
    Là n’est pas le pro­pos.

    Combien étaient-ils de ces détrac­teurs de la fresque à défi­ler pour Charlie ?
    Combien applau­di­raient à l’ef­fa­ce­ment de la fresque ? et pour­quoi pas à la des­cente du graf­feur grâce à leurs pro­pos hai­neux ?

    Le pro­pos ici, n’en déplaise à tous ceux qui se dépêchent de faire de l’anti-piol­lisme sans arrêt, c’est LA LIBERTE D’EXPRESSION. Et cette liberté est bien malade !

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