Destruction des locaux de Métrovélo Gare. © Alexandra Moullec

“L’État matraquant la liberté” : les dessous d’une fresque polémique

“L’État matraquant la liberté” : les dessous d’une fresque polémique

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

DÉCRYPTAGE – La fresque « L’État matraquant la liberté » de l’artiste Goin bientôt ne sera plus. Réalisée sur les locaux de Métrovélo Gare dans le cadre de l’édition 2016 du Grenoble Street Art Fest, l’œuvre qui a tant fait polémique sera détruite d’ici le 10 juillet. Au-delà du débat relatif à la liberté d’expression, cette fresque a réveillé de nombreuses critiques concernant la politique culturelle de la Ville. 

 

 

 

"L'Etat matraquant la liberté" - Goin. © Alexandra Moullec

« L’État matra­quant la liberté » – Goin. © Alexandra Moullec

Difficile d’é­chap­per à la polé­mique. Le Figaro, L’Express, Le Huffington Post, Le Parisien, Les Inrocks, Le MondeToute la presse natio­nale s’en est don­née à cœur joie.

 

Les détrac­teurs de la fresque éga­le­ment. Parmi eux, notam­ment, Debout la France, pour qui cette fresque est une « honte », en plus d’être « abjecte ». Pour d’autres, il s’a­git d’une œuvre « anti-police », « anti-démo­cra­tique », cer­tains ayant fait le choix volon­tai­re­ment ou non d’y voir une attaque contre les forces de l’ordre.

 

De la « mau­vaise foi » de la part de tous ceux ayant « une lec­ture fron­tale », estime Jérôme Catz, com­mis­saire d’ex­po­si­tion et fon­da­teur des centres d’art Spacejunk. L’intéressé se défend : « Cette fresque est com­po­sée d’une par­tie contem­po­raine actuelle, les flics avec leurs habits de flics, et d’une Marianne tirée de Delacroix, un tableau qui a deux cents ans. »

 

"L'Etat matraquant la liberté" - Goin. © Alexandra Moullec

« L’État matra­quant la liberté » – Goin. © Alexandra Moullec

Et d’a­jou­ter : « C’est l’État en train de taper sur la liberté. L’article 49.3 est bien là. […] On a rajouté le titre “l’État matra­quant la liberté”. On ne peut pas aller plus loin. »

 

D’autant que Marianne est accou­dée sur les livres 1984 de George Orwell et Brave New World d’Aldous Huxley, deux contre-uto­pies dénon­çant cha­cune à leur manière des socié­tés deve­nues cau­che­mar­desques. Plusieurs voix se sont pour­tant éle­vées, dont celle de Lionel Beffre, nou­veau pré­fet de l’Isère, pour deman­der le retrait de la fresque.

 

 

 

Duel de tags

 

 

A contra­rio, une péti­tion citoyenne a été lan­cée pour « empê­cher la cen­sure ». « Ce des­sin aurait pu figu­rer en une de Charlie Hebdo. La France s’est levée contre l’extrémisme […] pour la liberté d’expression. […] Il y a plein de ministres qui se portent aujourd’­hui en cen­seurs de cette liberté d’expression », ful­mine Jérôme Catz.

 

"L'Etat matraquant la liberté" taguée - Goin. © Alexandra Moullec

« L’État matra­quant la liberté » taguée – Goin. © Alexandra Moullec

S’en est suivi un duel de tags. Suite à la média­ti­sa­tion de l’œuvre, des « anti-fresque » y ont apposé l’ins­crip­tion « Stand up for the French police » (Levez-vous pour la police fran­çaise », ont barré le titre de l’œuvre ainsi que l’ins­crip­tion « 49.3 ». Comme réponse, des « pro-fresque » ont réécrit le titre et apposé des « Je suis Charlie » avec des pochoirs.

Mais à y regar­der de plus près, ce n’est pas seule­ment le débat sur la liberté d’ex­pres­sion qui est en jeu dans cette affaire. Beaucoup de cri­tiques fusent contre la poli­tique cultu­relle de la muni­ci­pa­lité grenobloise.

 

 

 

« Cet épisode de la fresque est un révélateur »

 

 

Le met­teur en scène Joël Pommerat signait, le 2 juin 2016, dans Libération la tri­bune « Grenoble, la décep­tion de l’é­co­lo­gie cultu­relle » fus­ti­geant la « poli­tique libé­rale et popu­liste » menée par la muni­ci­pa­lité. En cause, la sup­pres­sion de la sub­ven­tion muni­ci­pale accor­dée à l’or­chestre des Musiciens du Louvre en 2014, la reprise en main de la ges­tion du Théâtre 145 et du Théâtre de Poche en 2015, tous deux inté­grés dans le giron du théâtre muni­ci­pal où les com­pa­gnies sont invi­tées à jouer au chapeau.

 

Mobilisation contre la fermeture de la bibliothèque Alliance. © SeverineCattiaux

Mobilisation contre la fer­me­ture de la biblio­thèque Alliance. © Séverine Cattiaux

Sans oublier la baisse des sub­ven­tions muni­ci­pales accor­dées à la Maison de la culture (MC2) et la liqui­da­tion de la salle de concert le Ciel, consa­crée aux musiques actuelles.

 

Le 10 juin 2016, Élise Colin-Madan, une Grenobloise auto-pro­cla­mée « chau­vine », fai­sait publier dans Les Antennes une lettre ouverte suite à la fer­me­ture de plu­sieurs lieux cultu­rels, dont des biblio­thèques.

 

Pour cer­tains, l’af­faire « fresque » est la goutte d’eau qui fait débor­der le vase. A l’i­mage de Matthieu Chamussy, conseiller muni­ci­pal d’op­po­si­tion Les Républicains : « Cet épi­sode de la fresque est un révé­la­teur » de l’ac­tion muni­ci­pale au niveau cultu­rel « dans le sens où toute déci­sion en matière cultu­relle est d’a­bord poli­tique. […] La culture est instrumentalisée. »

 

Et d’a­jou­ter : « Ça a com­mencé dès le début du man­dat avec l’at­tri­bu­tion d’une sub­ven­tion à un col­lec­tif d’ar­tistes » enga­gés « contre l’a­chè­ve­ment de l’au­to­route A51. » Sans comp­ter « l’ar­rêt bru­tal et non négo­cié de la tota­lité de la sub­ven­tion aux Musiciens du Louvre. La der­nière fois qu’un tel évé­ne­ment s’é­tait pro­duit en France, c’é­tait une mai­rie Front natio­nal, à Orange. »

Poursuivez votre lecture

Il vous reste 60 % de l’article à lire. Obtenez un accès illimité.

Vous êtes déjà abonné.e ? Connectez-vous

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

AM

Auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site est protégé par reCaptcha et le GooglePolitique de confidentialité etConditions d'utilisation appliquer.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi sur Place Gre'net

Deux ans après son décès, le "lieu emblématique" Jacques-Chirac à Grenoble se fait toujours attendre
Un “lieu” Jacques-Chirac à Grenoble : l’engagement d’Éric Piolle est-il toujours d’actualité… ou enterré ?

  EN BREF - Eric Piolle, maire de Grenoble, s'était engagé le jour de la mort de Jacques Chirac à proposer en conseil municipal qu'un lieu emblématique Lire plus

Municipales de Grenoble : le patron des Républicains Christian Jacob apporte son soutien au candidat Alain Carignon

  FIL INFO — Présent à Voreppe le jeudi 30 janvier, le président des Républicains a officiellement affirmé le soutien du parti à la candidature Lire plus

Municipales : Matthieu Chamussy tire sa révérence, après 22 ans de vie politique

  FOCUS — La fin d'une époque ? Le conseiller municipal de Grenoble Matthieu Chamussy annonce se retirer des élections municipales de mars 2020. Alors que Lire plus

© Joël Kermabon - Place Gre'net
Finances de Grenoble : Matthieu Chamussy craint la banqueroute

FOCUS - L'élu d'opposition Matthieu Chamussy s'est livré, ce mardi 10 décembre, à une analyse de la santé financière et du budget 2020 de la Lire plus

Matthieu Chamussy. © Joël Kermabon - Place Gre'net
Matthieu Chamussy révèle comment il a évité le retour d’Alain Carignon au conseil municipal de Grenoble en 2014

  FOCUS - Alors qu'un jeu de chaises musicales légal permet à Alain Carignon de revenir au conseil municipal, Matthieu Chamussy revient sur les municipales de 2014, alors qu'il était Lire plus

Matthieu Chamussy. © Joël Kermabon - Place Gre'net
Matthieu Chamussy : “Je ne me suis pas engagé en politique pour choisir entre Éric Piolle et Alain Carignon !”

  TRIBUNE LIBRE - Matthieu Chamussy, conseiller municipal d'opposition à Grenoble, réagit suite au ralliement de Marie-José Salat et Anouche Agobian à la liste du maire Lire plus

Flash Info

|

24/01

19h00

|

|

24/01

14h56

|

|

24/01

12h09

|

|

23/01

23h39

|

|

22/01

16h03

|

|

22/01

15h43

|

|

21/01

12h23

|

|

21/01

9h48

|

|

20/01

11h24

|

|

20/01

10h02

|

Les plus lus

Chloé LE BRET

Politique| Grenoble : Chloé Le Bret, conseillère municipale à l’égalité des droits, démissionne suite à « une rupture de confiance »

Éric Piolle présentait ses voeux à la presse ce 13 janvier 2022. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Abonnement| Éric Piolle envisage un stationnement plus cher pour les SUV et de la vidéo-verbalisation en centre-ville

Action de désobéissance civile de femmes en burkini à la piscine des Dauphine de Grenoble, vendredi 17 mai DR

Abonnement| Pétition pro-burqini : la majorité d’Eric Piolle refuse de s’engager… après un processus de médiation

Agenda

Je partage !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin