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Sicario, dans l’en­fer des cartels

Sicario, dans l’en­fer des cartels

BLOG CINÉMA – Sicario du Québécois Denis Villeneuve nous plonge dans le bruyant enfer des car­tels de la drogue, contre les­quels se battent les forces spé­ciales mexi­caines et éta­su­niennes. Retour sur ce thril­ler nominé au Festival de Cannes 2015, effi­cace mais sans grandes surprises.

DennisVilleneuveCannes

Dennis Villeneuve au Festival de Cannes 2015. © Pascal Le Segretain/Getty Images

Denis Villeneuve est un scé­na­riste et réa­li­sa­teur cana­dien ori­gi­naire de Trois-Rivière, au Québec. Considéré comme esthète après seule­ment deux longs-métrages, Un 32 août sur Terre et Maelström, il a enchaîné les pro­jets de taille depuis 2010, notam­ment l’a­dap­ta­tion de la pièce Incendies de Wajdi Mouawad pour le grand écran ou encore Prisoners et Enemy (en tant que réa­li­sa­teur), ce qui lui vaut aujourd’­hui la répu­ta­tion d’être productif.

De plus, le stu­dio Alcon Entertainement a récem­ment annoncé qu’il serait aux com­mandes de Blade Runner 2, suite d’un monu­ment de la science-fic­tion, que j’at­tends avec impatience.

Quoi qu’il en soit, on peut dire que sa fil­mo­gra­phie a actuel­le­ment le vent en poupe, sans cesse décou­verte ou redé­cou­verte par de paten­tés ciné­philes ou des pro­fes­sion­nels à la recherche de nou­veaux talents. Et il est vrai que, moi aussi, j’au­rais aimé la par­cou­rir avant de voir son der­nier-né. Faute de quoi j’a­bor­de­rai Sicario à chaud.

SicarioPoster

DR

Présenté aux Festival de Cannes 2015, ce thril­ler amé­ri­cain d’en­vi­ron deux heures accu­mule tant de cri­tiques posi­tives qu’il m’au­rait sem­blé cri­mi­nel de ne pas le voir.

L’enfer des cartels

Sicario, en fran­çais « sicaire », est un tueur à gages. Le titre fait réfé­rence aux tueurs opé­rant pour les car­tels d’Amérique cen­trale et du Sud.

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L’agent Kate Macer (Emily Blunt) s’en­gouffre dans un dédale. DR

Kate Macer, jeune recrue du FBI inter­pré­tée par Emily Blunt, est enrô­lée dans une équipe d’in­ter­ven­tion pour déman­te­ler un car­tel de la drogue mexi­cain. Menée par Matt Graver (Josh Brolin), consul­tant énig­ma­tique prêt à œuvrer dans l’illé­ga­lité la plus totale, l’é­quipe va pro­gres­si­ve­ment s’a­bais­ser au niveau des nar­co­tra­fi­quants pour mieux les appro­cher. Question de sur­vie, Kate révi­sera alors ses convic­tions et fran­chira cer­taines limites, bien qu’aux yeux de son gou­ver­ne­ment elle ne fera que les repousser.

Aussi, elle pren­dra conscience que de nom­breuses pra­tiques lui sont étran­gères dans les rangs du FBI (Federal Bureau of Investigation) et de la DEA (Drug Enforcement Administration), point qu’elle par­ta­gera avec le spec­ta­teur. Ce der­nier sera donc plus enclin à éprou­ver de l’empathie envers elle.

SicarioBenicioDelToro

Benicio del Toro est le Sicario. DR

Néanmoins, pré­ci­sons que le véri­table pro­ta­go­niste de Sicario se trouve être Alejandro (Benicio del Toro), le fameux tueur à gages. Certes, il n’est pas intro­duit en tant que tel mais il fait par­tie inté­grante du trio de tête et force est de consta­ter que la caméra de Villeneuve lui confère une cer­taine présence.

Si je me garde bien d’é­vo­quer plus lon­gue­ment les révé­la­tions qui le concernent c’est tout d’a­bord pour ne pas spoi­ler mais aussi et sur­tout parce qu’elles demeurent sim­plistes et très lar­ge­ment écu­lées, par­ve­nant au mieux à confir­mer les hypo­thèses du spectateur.

Qu’on se le dise, la vio­lence du tra­fic de drogue entre les États-Unis et le Mexique a été le sujet de nom­breux films ces trente der­nières années. Malgré cela, Sicario par­vient à tirer son épingle du jeu en ins­tal­lant une atmo­sphère froide et vio­lente mais pas imper­son­nelle pour autant – en tout cas, selon les afi­cio­na­dos de Villeneuve. Beaucoup d’entre eux avouent avoir retrouvé sa patte, ce qui fai­sait le sel de ses pré­cé­dents films : comme un malaise ambiant, un sen­ti­ment d’oppression qui ne fai­blit jamais.

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Quelques scènes d’ac­tion mus­clées ponc­tuent le scé­na­rio. DR

Par ailleurs, avec quelques nappes sourdes çà et là, des aplats de brui­tages à basses fré­quences qui gré­sillent dans l’es­to­mac (quand ils ne sont pas étouf­fés par les coups de feux et les explo­sions), la bande ori­gi­nale appuie ledit sen­ti­ment. Et cela à défaut de pro­po­ser un vrai thème principal.

L’enfer des car­tels est bruyant, ruine les enjeux éco­no­miques, poli­tiques et humains inhé­rents à la fron­tière et aux pays qu’elle sépare ; Denis Villeneuve nous rend compte de la situa­tion d’un point de vue acerbe, nuancé et plu­ra­liste, où rien n’est ni tout blanc ni tout noir.

SicarioContreJour

Un sublime contre-jour issu du film. DR

Outre une bande son léchée, Sicario jouit d’une esthé­tique sobre et soi­gnée. À base de plans aériens façon repor­tage, de visions noc­turnes et de contre-jours évo­quant des œuvres maî­tresses telles qu’Apocalypse Now, celle-ci évoque indé­nia­ble­ment le cinéma de guerre. Indéniablement parce que les per­son­nages mènent une véri­table guerre contre les nar­co­tra­fi­quants, que ce soit sur le plan bel­li­queux ou psychologique.

L’équilibre entre action et ten­sion demeure, en ce sens, assez sub­til. Surtout en début de film avec, dans un pre­mier temps, la prise d’o­tage puis la défense du convoi à Juárez.

Nonobstant, c’est plu­tôt grâce à son cas­ting que Sicario fait mouche : Benicio del Toro et Josh Brolin crèvent l’é­cran en insuf­flant une vraie éner­gie aux per­son­nages qu’ils incarnent. Emily Blunt n’est pas non plus en reste, de ce point de vue-là. Simplement, force est d’ad­mettre qu’elle dis­pa­raît quelque peu der­rière les deux monstres sacrés.

Villeneuve aurait tou­te­fois mieux fait de déployer son cas­ting dans des situa­tions plus auda­cieuses, plus ris­quées. Au lieu de cela, il le sous-exploite clai­re­ment à déam­bu­ler entre les séquences rebat­tues d’un cinéma “de réfé­rences”, sau­pou­drées à la sauce Traffic de Steven Sodderbergh ou encore No Country for Old Men des frères Cohen. Et c’est regret­table car le thème des car­tels de la drogue se prête très bien au cinématographe.

En conclu­sion, si j’ai glo­ba­le­ment appré­cié Sicario, j’a­voue ne pas sai­sir l’en­thou­siasme que son exploi­ta­tion génère. Il me paraît un engoue­ment pas­sa­ger dont le temps aura faci­le­ment rai­son, bien que le film ait été nominé à Cannes et conti­nue son petit bon­homme de chemin.
À pré­sent, j’es­père que Denis Villeneuve va se sur­pas­ser pour le pro­jet Blade Runner 2. Il en va de sa réus­site et de notre conten­te­ment à tous. Car, soyons hon­nêtes, nous avons tous vu et aimé Blade Runner, pre­mier du nom. Pas vrai ?

Maxime Ducret

SicarioAfficheSicario

Un film de Denis Villeneuve, avec Emily Blunt, Josh Brolin et Benicio del Toro (États-Unis)

Genre : thril­ler, suspense

Durée : deux heures une minute

Sortie en salles le 7 octobre 2015

Séances : cinéma Le Club, 9 bis rue du Phalanstère à Grenoble.

Tél. : 04 76 87 46 21

M. Ducret

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