Réforme des collèges : des profs mobilisés… mais désabusés

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REPORTAGE – Disparition des classes “adaptées”, réduction des heures d’enseignement, manque de concertation, suppression du latin et des filières bilingues… La réforme des collèges ne passe pas auprès des professeurs. Ce mardi 19 mai après-midi, le cortège grenoblois a rassemblé plusieurs centaines d’enseignants des différentes filières.

 

 

 

Nathalie Zielinski, professeure d’anglais en 4e et 5e au collège du Touvet manifeste contre la réforme des collèges © Ludovic Chataing

Nathalie Zielinski, pro­fes­seure d’an­glais © Ludovic Chataing

« On est revenu quinze ans en arrière », se désole Béatrice Vincent, secré­taire dépar­te­men­tale Force ouvrière (FO) des lycées et col­lèges.

 

Derrière la réforme des col­lèges pro­po­sée par la ministre Najat Vallaud-Belkacem, les pro­fes­seurs flairent la piste d’une réforme éco­no­mique. Béatrice Vincent a fait le cal­cul avec le syn­di­cat : « Depuis les années 2000, le coût moyen par élève n’a jamais été aussi faible ».

 

 

Le syn­di­cat n’est pas le seul à faire le constat. « Il y a des solu­tions mais il faut le bud­get qui va avec, confirme Nathalie Zielinski, pro­fes­seure d’anglais en 4e et 5e au col­lège du Touvet, qui mani­feste pour le main­tien des classes bilingues en alle­mand. On nous demande tou­jours de nous occu­per des élèves en dif­fi­culté mais sans moyens. »

 

En tant que pro­fes­seure d’anglais, elle est aussi direc­te­ment concer­née par la réduc­tion des heures de cours. « Les LV2 perdent une demi-heure de cours par semaine : elles passent de trois heures à deux heures trente. »

 

Jean-Michel Ducros, pro­fes­seur d’EPS au col­lège Vercors et membre du syn­di­cat Snep-FSU, pointe, lui, le nombre d’heures d’enseignement comme la clé de la réus­site ou de l’é­chec des élèves.

 

 

 

 

A proxi­mité de la voi­ture syn­di­cale, Damien Barthélémy a fabri­qué sa propre pan­carte.

 

 

Enseignant dans manif contre réforme du collège, le 19 mai 2015

Damien Barthélémy, pro­fes­seur des écoles. © Ludovic Chataing

 

Ce pro­fes­seur des écoles est venu par soli­da­rité avec ses col­lègues, mais aussi pour ses cours au col­lège en classes Segpa (sec­tions d’enseignement géné­ral et pro­fes­sion­nel adapté). Avec la réforme, ces classes au nombre d’élèves réduits n’existeront plus à moyen terme. « Les élèves vont être inté­grés dans les classes ordi­naires, avec 25 ou 26 de leurs cama­rades », ajoute Béatrice Vincent. « Je sou­haite bien du cou­rage aux col­lègues du col­lège », conclut Damien Barthélémy, un peu amer.

 

 

 

 

Au-delà de la réforme en elle-même, quelques ensei­gnants regrettent le manque de concer­ta­tion sur le sujet. A l’i­mage de Sofien Bourzig, pro­fes­seur de mathé­ma­tiques au col­lège de Tullins, qui n’est pas contre une réforme dans l’ab­solu : « On veut qu’il y ait une concer­ta­tion avec les pro­fes­seurs et pas de leur côté, dans les minis­tères, avec des per­sonnes qui n’ont pas for­cé­ment connais­sance du col­lège ».

 

Charlotte Robert, pro­fes­seur de fran­çais au sein du même éta­blis­se­ment, confirme ce sen­ti­ment : « On a l’impression de ne pas être entendu. Cette réforme a été faite sans concer­ta­tion avec les ensei­gnants et aucune de nos reven­di­ca­tions n’a été enten­due. »

 

Manifestation contre la réforme des collèges à Grenoble. © Ludovic Chataing - placegrenet.fr

© Ludovic Chataing – placegrenet.fr

 

 

Parmi la foule d’enseignants en tout genre, Yann Liotard du col­lège Les Saules à Grenoble enseigne le fran­çais… et sur­tout le latin ! Une langue dite “morte” qui pour­rait le deve­nir une bonne fois pour toute avec la réforme qui pré­voit sa sup­pres­sion. Son ensei­gne­ment au col­lège est pour­tant bien vivant, même si les effec­tifs de lati­nistes varient. Yann Liotard tente la méta­phore : « C’est un peu comme le vin ! Il y a les bons crus… Et, par­fois, c’est plus mince ». Cette année, il compte ainsi une classe de 25 élèves en 4e, contre une dou­zaine en 5e.

 

 

 

Le cor­tège se ter­mine devant le rec­to­rat de Grenoble, place Bir-Hakeim. La foule n’a guère envie de s’avancer pour « mettre la pres­sion ». Quelques der­niers slo­gans sont enton­nés, mais l’enthousiasme de la mani­fes­ta­tion retombe rapi­de­ment. Une de plus.

 

 

Ludovic Chataing

 

 

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