Mireille d’Ornano : la révol­tée chancelante

Mireille d’Ornano : la révol­tée chancelante

PORTRAIT INTERACTIF – Depuis 1995, le Front natio­nal gre­no­blois a dis­paru avec elle du pay­sage poli­tique gre­no­blois. Dix-neuf ans plus tard, Mireille d’Ornano espère bien le res­sus­ci­ter. Convaincue de sa pré­sence au deuxième tour du scru­tin, elle s’imagine en « résis­tante » face à l’insécurité et aux impôts locaux. Passée l’ardeur dont elle fait preuve sur ses sujets de pré­di­lec­tion, le tem­pé­ra­ment et le dis­cours se font plus hési­tants sur les autres. 

Les muni­ci­pales : un scru­tin de listes mais un bul­le­tin de cœur. Plus qu’une équipe, c’est sur­tout le nom d’un maire qui sera glissé dans l’urne les 23 et 30 mars pro­chains. Place Gre’net vous fait décou­vrir un des prin­ci­paux can­di­dats chaque dimanche jusqu’au pre­mier tour. Son par­cours poli­tique, mais aussi ses attaches per­son­nelles et son tem­pé­ra­ment pour faire votre choix avec conscience et conviction.

Passez votre sou­ris sur l’image et cli­quez sur les vignettes pour les ani­mer. Photo : Véronique Serre. Interactivité : Victor Guilbert © pla​ce​gre​net​.fr

Elle n’est pas encore dans le fau­teuil de maire que Mireille d’Ornano fait déjà des éco­no­mies bud­gé­taires. Pas de local de cam­pagne en rez-de-chaus­sée avec pignon sur rue, mais deux pièces louées pour les muni­ci­pales dans les bureaux dépar­te­men­taux du Front natio­nal, face au parc Paul Mistral. D’ici aussi, elle a des vues sur la mairie.
Aujourd’hui secré­taire dépar­te­men­tale en Isère du parti d’extrême droite, elle a quitté le bâti­ment du bou­le­vard Jean Pain en 1995, après un man­dat de conseillère muni­ci­pale d’opposition et une pre­mière can­di­da­ture aux muni­ci­pales récom­pen­sée par 8,47 % des voix. Changeant de ver­sant des Alpes pour s’investir davan­tage en poli­tique, Jean-Marie Le Pen lui confie « la terre de mis­sion » des Alpes de Haute-Provence, ne vou­lant pas gêner son mari qui occu­pait à l’époque la fonc­tion de secré­taire dépar­te­men­tal du Front natio­nal Isère.
© Nils Louna

© Nils Louna

Un temps conseillère muni­ci­pale à Manosque, Mireille d’Ornano conti­nue en paral­lèle de vivre et tra­vailler à Grenoble jusqu’en 2010, avant – usée par les kilo­mètres – de se fixer tota­le­ment en Isère en tant qu’é­lue conseillère régio­nale en Rhône-Alpes. « Je ne suis donc pas une para­chu­tée à Grenoble. La boucle est désor­mais bou­clée. Je ter­mi­ne­rai ma car­rière poli­tique ici », pré­sage-t-elle, avant de se féli­ci­ter de la pré­sence fron­tiste en Isère, « En 2008, il n’y avait aucune liste dans le dépar­te­ment. Aujourd’hui, il y en a six ! ».
Un père pié­mon­tais, une mère de l’hexagone. « Je me sens sur­tout fran­çaise », s’oblige-t-elle à choi­sir. La poli­tique, « c’est peut-être mon grand-père ban­quier engagé qui m’en a trans­mis le virus ». À 25 ans, elle adhère avec son mari au RPR pour que ses enfants aient « une vie meilleure », avant de rapi­de­ment délais­ser ce parti, refu­sant tout comme son mari « de voter Mitterrand pour blo­quer Giscard d’Estaing, comme les ins­tances du parti nous le deman­daient ».

La fierté familiale

Après cette rup­ture avec le RPR, l’époux – un aris­to­crate issu d’une grande famille corse « qui a servi la France depuis François 1er » – bifurque immé­dia­te­ment vers le Front natio­nal. Pour sa part, Mireille d’Ornano s’aiguille d’abord « vers l’engagement asso­cia­tif » tra­di­tio­na­liste du « Cercle natio­nal femmes d’Europe ». Une orga­ni­sa­tion affi­liée au FN et pré­si­dée par Martine Lehideux, dépu­tée euro­péenne fron­tiste, qui défend la famille, « socle de notre iden­tité et de notre ave­nir », et s’oppose à l’IVG et au Pacs.
La famille jus­te­ment, une fierté pour Mireille d’Ornano qui a donné nais­sance à cinq filles. Et qui adopte le même com­por­te­ment mater­nel et pro­tec­teur envers les autres can­di­dats inves­tis en Isère, dont le plus jeune âgé a 22 ans. « La vie poli­tique est dif­fi­cile à mener de pair avec la vie fami­liale et pro­fes­sion­nelle, mais j’ai réussi, notam­ment en met­tant les aînées à contri­bu­tion », explique la can­di­date, secré­taire médi­cale de pro­fes­sion et désor­mais res­pon­sable depuis plu­sieurs années d’un ser­vice de recou­vre­ment. Avant de tem­pé­rer quelque peu son pro­pos : « Mes enfants ont souf­fert de mon absence. Ça ne leur a pas donné envie de s’investir à leur tour ».
Passez votre sou­ris sur l’image et cli­quez sur les vignettes pour les ani­mer. Photo : Véronique Serre. Interactivité : Victor Guilbert © pla​ce​gre​net​.fr

« Les invec­tives décuplent mes forces »

Un oppo­sant lui recon­naît « une forme de poli­tesse bien­veillante, pro­ba­ble­ment héri­tée d’une édu­ca­tion de bonne famille. C’est d’autant plus sur­pre­nant quand le dis­cours devient sou­dain extrême et que tombent les masques ».
Au conseil régio­nal, cer­tains aime­raient la voir prendre ses dis­tances avec les frasques de son col­lègue Bruno Gollnisch, bais­sant son pan­ta­lon ou effec­tuant une “que­nelle” dans l’assemblée. « Ça n’engage que lui. Je n’ai pas à com­men­ter cela. Joker », se contente de répondre Mireille d’Ornano, visi­ble­ment embarrassée.

© Nils Louna

© Nils Louna

La can­di­date n’a pas réponse à tout et n’hésite pas à l’admettre quand c’est le cas. Les récents débats contra­dic­toires l’ont encore démon­tré, quand – cha­hu­tée par ses adver­saires ou inter­ro­gée plus pré­ci­sé­ment sans pou­voir avoir recours à ses notes – les réponses se sont faites plus hési­tantes et maladroites.
« Ce n’est pas l’exercice que je pré­fère, sur­tout quand le public, sou­vent mili­tant, est éga­le­ment hos­tile », avoue-t-elle. En revanche, « les invec­tives décuplent mes forces car je suis quelqu’un de com­bat­tif ». Son cabas à rou­lette aux motifs treillis mili­taires en atteste.
Cette pug­na­cité cou­plée à la per­cée élec­to­rale du Front natio­nal – grâce notam­ment à l’abstention et aux votes contes­ta­taires – lui fait espé­rer un très beau score au pre­mier tour. « Nous avons les com­pé­tences pour gou­ver­ner cette ville. J’ai tou­jours été dans l’opposition. J’aimerais bien être dans la majo­rité pour mon­trer ce que l’on sait faire », s’impatiente-t-elle de cet autre côté du parc Paul Mistral.
Victor Guilbert

VG

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