Mal-logement : Un toit pour tous et la Fondation Abbé Pierre proposent des solutions

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FOCUS – Une tradition, en quelque sorte. Chaque année, l’association Un toit pour tous, en lien avec la Fondation Abbé Pierre, présente son rapport de l’état du mal-logement en Isère. Les chiffres demeurent inquiétants, mais Un toit pour tous veut mettre en avant des solutions innovantes.

 

 

 

« Nous ne sou­hai­tons pas faire acte de déses­pé­rance. » Andrée Demon, pré­si­dente d’Un toit pour tous, tient à poser ce prin­cipe en intro­duc­tion. L’association pré­sen­tait, le 30 mars der­nier, son nou­veau rap­port sur l’é­tat du mal-loge­ment en Isère, en pré­sence d’ac­teurs sociaux du dépar­te­ment ainsi que de res­pon­sables de la Fondation Abbé Pierre.

 

Présentation du rapport sur le mal-logement en Isère 2016-2017 d'Un toit pour tous © Florent Mathieu - Place Gre'net

Présentation du rap­port sur le mal-loge­ment en Isère 2016 – 2017 d’Un toit pour tous. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

La déses­pé­rance, elle peut pour­tant s’emparer de celui qui com­pulse le rap­port. En 2015, le nombre de ménages sans domi­cile per­son­nel est éva­lué à 3 747, soit envi­ron 6 500 per­sonnes. Un chiffre éta­bli en fonc­tion du nombre de ménages dif­fé­rents ayant fait appel au 115 dans l’an­née1. Et s’il est légè­re­ment en baisse par rap­port aux cinq années pré­cé­dentes, il demeure révé­la­teur de l’ex­plo­sion des demandes obser­vées à par­tir de 2010.

 

 

 

La diversité des profils des « mal-logés »

 

 

Naturellement, l’en­semble de ces ménages repré­sente des situa­tions variées. Roms, deman­deurs d’a­sile, “droits com­plets” ou sans-papiers… « L’idée n’est pas d’op­po­ser les situa­tions ou les publics, mais il est impor­tant de dire que nous sommes face à des pro­blé­ma­tiques dif­fé­rentes, car cela n’ap­pelle pas for­cé­ment les mêmes solu­tions », indique Yolande Encinas, res­pon­sable de l’Observatoire de l’hébergement et du loge­ment d’Un toit pour tous.

 

« Il y a une pro­blé­ma­tique migrants, notam­ment autour de la demande d’a­sile ou des popu­la­tions Roms, et une mul­ti­tude d’autres situa­tions qui ren­voient à des pro­blé­ma­tiques plus connues de pré­ca­rité. La crise est pas­sée par là et l’ex­plo­sion a été paral­lèle à la dégra­da­tion éco­no­mique et sociale », juge encore Yolande Encinas. Seront notam­ment évo­quées les ques­tions des tra­vailleurs pauvres ou des jeunes en rup­ture.

 

 

 

La rue ou les habitats indignes comme solutions

 

 

Quelles solu­tions pour les ménages en attente de loge­ment ? Véronique Gilet, direc­trice régio­nale de la Fondation Abbé Pierre, dresse le por­trait de ménages qui « com­posent ». « Soit ils ont recours à des refuges tem­po­raires via les com­mu­nau­tés reli­gieuses ou avec l’ap­pui de la société civile, soit à des refuges bien plus pré­caires. Certains s’en­lisent dans la rue, d’autres [s’o­rientent] vers des formes d’ha­bi­tat indigne : “mar­chands de som­meil” ou abris de for­tune telles que des tentes ou des cara­vanes. »

 

Véronique Gilet, directrice régionale de l'Agence Auvergne-Rhône-Alpes de la Fondation Abbé Pierre © Florent Mathieu - Place Gre'net

Véronique Gilet, direc­trice régio­nale de l’Agence Auvergne-Rhône-Alpes de la Fondation Abbé Pierre. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

La ques­tion de l’hé­ber­ge­ment par des tiers se pose aussi. « L’hébergement chez des proches puise dans la soli­da­rité pri­vée mais l’é­puise éga­le­ment », notent les auteurs du rap­port. Pour les héber­gés comme les “héber­geants”, « ce nou­veau mode d’ha­bi­ter se tra­duit par l’in­con­fort et le sur­peu­ple­ment, l’ab­sence de vie pri­vée, l’ex­plo­sion des familles. »

 

 

 

Le logement social trop cher pour certains ménages

 

 

La ques­tion de l’hé­ber­ge­ment pose natu­rel­le­ment celle du loge­ment, auquel les dif­fi­cul­tés d’ac­cès demeurent bien réelles, indique Un toit pour tous dans son rap­port. La loi Dalo (Droit au loge­ment oppo­sable) « joue insuf­fi­sam­ment son rôle de recours » et le loge­ment social souffre d’un « défi­cit struc­tu­rel ». Quand il n’est pas inabor­dable pour cer­tains ménages.

 

« Quand vous avez moins de 1 000 euros par mois, au niveau natio­nal, vous êtes défa­vo­ri­sés dans votre chance d’ac­cès au loge­ment social, note ainsi Manuel Domergue, direc­teur des études de la Fondation Abbé Pierre. Avoir des ménages à très bas reve­nus ou aux minima sociaux, c’est dif­fi­cile à gérer pour les bailleurs sociaux. »

 

Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre © Florent Mathieu - Place Gre'net

Manuel Domergue, direc­teur des études de la Fondation Abbé Pierre. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

« C’est l’in­té­rêt de la loi Égalité et citoyen­neté qui a été votée en jan­vier 2017 et qui impose un objec­tif assez mini­mal : que le quart des plus pauvres qui demandent un loge­ment social aient accès à un quart des loge­ments sociaux chaque année. On s’a­per­çoit que ce taux de 25 % n’est res­pecté dans qua­si­ment aucune région de France », ajoute Manuel Domergue.

 

 

 

303 expulsions en Isère en 2015

 

 

Le mar­ché privé demeure, de son côté, trop élevé pour les plus modestes, constate Un toit pour tous dans son rap­port. Même si les prix se sont sta­bi­li­sés ou légè­re­ment en baisse et que, note l’as­so­cia­tion, « Grenoble ne figure plus parmi les villes de pro­vince les plus chères ».

 

Des loyers éle­vés, mais éga­le­ment une pré­ca­rité éner­gé­tique qui s’ins­talle dans le pay­sage de l’ha­bi­tat : autant d’élé­ments qui ali­mentent les dif­fi­cul­tés des ménages à se main­te­nir dans le loge­ment. Un toit pour tous a d’ailleurs observé une forte aug­men­ta­tion des expul­sions en Isère pour l’an­née 2015 : sur 2 100 déci­sions de jus­tice ordon­nant l’ex­pul­sion, 303 ont été effec­tuées.

 

« Il est impor­tant de dire que cela n’illustre pas ceux qui vont tout faire pour évi­ter cette pro­cé­dure. Pour ne pas être en dif­fi­culté de paie­ment de loyer, de nom­breux ménages vont rogner sur leur bud­get, notam­ment sur les frais de santé », pré­cise Yolande Encinas. Le chiffre n’est pas révé­la­teur non plus des per­sonnes fai­sant appel aux dis­po­si­tifs d’aide tels que le Fond social de soli­da­rité (FSL). Ils sont envi­ron 10 000 en Isère à y avoir recours.

 

 

 

La précarité, absente des programmes et des discours

 

 

La pré­sen­ta­tion d’un tel rap­port le 30 mars 2017 résonne néces­sai­re­ment d’une manière par­ti­cu­lière. À la veille de la fin de la trêve hiver­nale et dans un contexte élec­to­ral chargé, la pro­blé­ma­tique du loge­ment est évi­dem­ment une pré­oc­cu­pa­tion brû­lante. L’est-elle dans les dis­cours de cam­pagne ? Pas vrai­ment, déplorent les inter­ve­nants. La pré­ca­rité n’est déci­dé­ment pas un thème por­teur.

 

Présentation du rapport sur le mal-logement en Isère 2016-2017 d'Un toit pour tous © Florent Mathieu - Place Gre'net

Présentation du rap­port sur le mal-loge­ment en Isère 2016 – 2017 d’Un toit pour tous. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Manuel Domergue le sou­ligne : « Dans cette cam­pagne élec­to­rale que vous vivez sans doute comme moi de manière dou­lou­reuse, aucun débat, aucune pro­po­si­tion forte sur la ques­tion du loge­ment et encore plus du mal-loge­ment ! » Le res­pon­sable de la Fondation Abbé Pierre n’ou­blie tou­te­fois pas de tacler la posi­tion du can­di­dat Les Républicains sur la ques­tion de l’ac­cueil des migrants.

 

« Quelqu’un comme François Fillon pro­pose noir sur blanc dans son pro­gramme d’in­ter­dire l’ac­cès à l’hé­ber­ge­ment pour les per­sonnes sans-papiers. Cela veut dire que main­te­nant, en France, un can­di­dat impor­tant peut assu­mer de lais­ser femmes, hommes, enfants à la rue parce qu’ils n’ont pas de papiers. Que cela soit théo­risé ainsi est un dan­ger pour tout le monde… »

 

 

 

Campagne et propositions de la Fondation Abbé Pierre

 

 

La Fondation Abbé Pierre espère mar­quer les esprits via une cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion bap­ti­sée On attend quoi, par­rai­née notam­ment par Jamel Debbouze, Rachida Brakni ou Éric Cantonna. Mais la Fondation veut éga­le­ment por­ter des pro­po­si­tions, en met­tant en avant la ques­tion des per­sonnes sans domi­cile, à tra­vers un « Objectif zéro. »

 

« La ques­tion des per­sonnes sans domi­cile, 143 000 envi­ron, est tout à fait à la hau­teur de nos moyens. Ce sont quelques cen­taines, par­fois quelques mil­liers de per­sonnes, sur des agglo­mé­ra­tions de 100 000 ou 200 000 habi­tants. Ce sont des défis à la hau­teur de la volonté poli­tique si elle se mani­feste ! », estime Manuel Domergue.

 

Christine Garnier, vice-présidente de la Métropole en charge du logement, a défendu le Programme local de l'habitat de la Métro © Florent Mathieu - Place Gre'net

Christine Garnier, vice-pré­si­dente de la Métropole en charge du loge­ment, a défendu le Programme local de l’ha­bi­tat de la Métro. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Et la Fondation de pro­po­ser un plan de résorp­tion du nombre de per­sonnes sans domi­cile, « en cinq ans dans les villes petites et moyennes, et en dix ans dans les métro­poles comme, par exemple, à Grenoble ».

 

En somme, « mettre l’am­bi­tion sur ce qui est la doc­trine offi­cielle de notre pays : le loge­ment d’a­bord. Tout montre que c’est la solu­tion, que main­te­nir les per­sonnes encore et tou­jours en héber­ge­ment n’est pas une solu­tion viable. » Et pour­tant, s’in­quiète Manuel Domergue, c’est bien l’aug­men­ta­tion du nombre de places d’hé­ber­ge­ment d’ur­gence, y com­pris de chambres d’hô­tel, qui est pré­sen­tée comme un suc­cès du quin­quen­nat Hollande…

 

 

 

Les initiatives d’Un toit pour tous

 

 

L’association Un toit pour tous a, de son côté, voulu défendre les actions qu’elle mène sur le ter­ri­toire isé­rois. Des ini­tia­tives comme les Logements d’at­tente en réponse à des situa­tions d’ur­gence (Lasur), à savoir la loca­tion de loge­ments pri­vés, aux loyers les plus bas pos­sibles, afin de pou­voir loger et accom­pa­gner des réfu­giés.

 

« La réponse est modeste mais au moins elle est appor­tée ! », sou­ligne le direc­teur d’Un toit pour tous, Frédéric Cesbron. Seize loge­ments ont ainsi été mobi­li­sés, per­met­tant l’ac­com­pa­gne­ment d’une cin­quan­taine de per­sonne.

 

Frédéric Cesbron, directeur d'Un toit pour tous © Florent Mathieu - Place Gre'net

Frédéric Cesbron, direc­teur d’Un toit pour tous. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Autre ini­tia­tive mise en avant par Frédéric Cesbron : « Logement tou­jours », autre­ment dit des « loge­ments HLM accom­pa­gnés » à l’in­ten­tion des ménages en grande dif­fi­culté, sans pas­ser par la “case” héber­ge­ment. Un dis­po­si­tif qui a récem­ment eu les hon­neurs du jour­nal La Croix.

 

« Ce que nous pro­po­sons, c’est de pou­voir mettre à dis­po­si­tion un loge­ment aux per­sonnes, de les accom­pa­gner par rap­port à leurs dif­fi­cul­tés et de leur per­mettre de res­ter loca­taires de ce loge­ment, de ne pas avoir à démé­na­ger par la suite », décrit Frédéric Cesbron.

 

 

 

Mobiliser le privé pour augmenter les logements très sociaux

 

 

Enfin, le direc­teur d’Un toit pour tous met en avant son désir de mobi­li­ser le parc loca­tif privé. « Cela fait des années et des années qu’on milite pour dire que le parc privé est un élé­ment sur lequel on peut faire beau­coup plus de loge­ments sociaux. En Isère, sur les 117 000 loge­ments du parc loca­tif privé, il y a à peu près 35 000 loge­ments qui changent de loca­taires tous les ans. Si on trans­for­mait 10 % de ces 35 000 loge­ments, c’est 3 500 loge­ments que l’on pour­rait trans­for­mer en loge­ments très sociaux ! »

 

Et Frédéric Cesbron de plai­der en faveur d’aides, de primes, de com­pen­sa­tions et de sécu­ri­sa­tions pour les pro­prié­taires accep­tant de bais­ser leurs loyers, aug­men­tant ainsi le nombre de loge­ments sociaux acces­sibles sur le ter­ri­toire. « Le parc HLM fait des efforts mais ce n’est pas suf­fi­sant, on le voit bien ! » conclut-il.

 

 

Florent Mathieu

 

 

1 Le rap­port indique par ailleurs que ce chiffre de 3 747 per­sonnes, basé sur les appels au 115, est infé­rieur à la réa­lité. « En effet, selon les résul­tats d’une enquête réa­li­sée par la DDCS, le nombre de domi­ci­lia­tions assu­rées par les CCAS concer­nait 4 800 ménages en 2015 qui n’a­vaient pas de loge­ment ou de domi­cile suf­fi­sam­ment stable pour être visibles et béné­fi­cier de leurs droits », sti­pule-t-il.

 

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