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Squat à Grenoble : l’église mormone demande l’expulsion de familles roms

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REPORTAGE VIDÉO – Plusieurs militants associatifs se sont mobilisés ce jeudi 4 février, alors qu’une soixantaine de personnes, dont de nombreux enfants, risquent d’être expulsées de la maison qu’elles occupent illégalement, au 113 cours de la Libération à Grenoble. Le propriétaire, l’Église mormone Jésus-Christ des saints des derniers jours, a demandé leur expulsion afin de construire, à sa place, un nouveau lieu de culte.

 

 

 

De nombreux sympathisants sont venus en soutien. © Joël Kermabon - Place Gre'net

De nombreux sympathisants sont venus en soutien. © Joël Kermabon – Place Gre’net

5 h 30 ce jeudi 4 février 2016. Une animation inhabituelle à cette heure matinale règne devant le portail d’une villa au 113 cours de la Libération à Grenoble. Près d’une soixantaine de personnes se sont en effet rassemblées avant l’aube.

 

Représentants d’associations, amis, parents d’élèves ou encore simples citoyens, elles sont venues là pour protester mais aussi pour manifester leur soutien et apporter leur aide à des familles roms en passe d’être expulsées.

 

 

Une menace brandie par l’église mormone, la propriétaire des lieux désireuse de les récupérer pour y construire une nouvelle église. Les occupants, pour la plupart des transfuges du camp Esmonin, “squattent” en effet la villa depuis le démantèlement du campement durant l’été 2015.

 

 

 

La trêve hivernale bafouée ?

 

 

Normalement protégées par la trêve hivernale, les familles espéraient sans doute pouvoir utiliser les lieux tout l’hiver durant. Suite à une médiation de l’École de la paix, elles avaient d’ailleurs obtenu l’assurance de la part de l’évêque – mormon – de la paroisse, David Mocellin, qu’elles pourraient rester là jusqu’à la fin de la trêve. Une mansuétude qui avait sa contrepartie : arrivées à ce terme, les familles s’étaient engagées à partir d’elles-mêmes.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Mais ô surprise ! Elles ont reçu, il y a quelques jours, la lettre d’un huissier de justice leur enjoignant de quitter les lieux sur le champ. À défaut, leur était-il signifié, elles y seraient contraintes par la force publique.

 

« Je suis très choquée du fait qu’il y ait eu cette décision en plein milieu de l’hiver parce que la loi Alur laissait penser que les squats seraient protégés par la trêve hivernale », s’indigne Bénédicte Fages, la présidente de l’association Roms action.

« De fait, il est dans les pouvoirs des juges de porter une appréciation contraire et d’ordonner malgré tout des évacuations », regrette-t-elle amèrement.

 

Retour en images sur ce début de matinée.

 


Reportage Joël Kermabon

 

 

 

« Une situation totalement immorale »

 

 

« Cette expulsion va poser un vrai problème pour la scolarité de la trentaine d’enfants qui habitent là. Ils vont se retrouver dehors et personne ne propose de solution », déplore Célia Tixier, chargée d’accompagnement à la parentalité pour les familles roms pour le compte de l’association l’École de la paix.

 

Les enfants prêts pour le départ. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Les enfants prêts pour le départ. © Joël Kermabon

Cette dernière est également la lanceuse d’alerte qui, dans un communiqué adressé à la presse, déclarait se trouver « complètement démunie face à une situation totalement immorale ».

 

Et la jeune femme d’avouer son impuissance : « Je ne sais comment faire face à cette situation. Tout le monde se déresponsabilise et aucune solution n’est apportée afin de laisser le droit à ces familles de vivre tout simplement ».

 

 

Elle se prend néanmoins à espérer que l’union fera la force. « Nous nous mobilisons tous pour réfléchir ensemble à une solution et ne pas laisser ces personnes dehors. »

 

Quant à la grandeur d’âme que l’on pourrait attendre d’une Église, Célia Tixier ne se prive pas de tacler en relevant le paradoxe : « Je ne suis pas croyante mais il me semble qu’aider plus de soixante personnes à avoir un toit pendant l’hiver, un endroit où ils peuvent dormir, cuisiner, se réchauffer répond plus aux attentes d’un Christ que l’édifice que l’on pourrait lui ériger ».

 

À l’heure où nous bouclions cet article, aucune intervention de la police n’avait été signalée. De quoi laisser un répit, certes tout relatif, aux occupants de la maison.

 

 

Joël Kermabon

 

 

 

 

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Commentaires 2
  1. Faut quand même pas exagérer! Ne savez-vous pas si les paroissiens de l’Eglise Mormone n’avaient pas un loyer à régler pour leur ancien lieu de réunion, et si la construction d’une nouvelle chapelle ne pressait-elle pas? Ne trouvez-vous pas anormal d’aller graffiter le panneau de construction sur l’entrée du chantier, car le panneau doit légalement être présent sur le site de tout chantier et donc lisible, ce qui va de soit? Madame TIXIER, votre propos est irréaliste, et “si Christ peut attendre pour avoir une église”, il faut également tenir compte des sentiments des fidèles de la congrégation, et également de leurs réalités à eux aussi! N’avez-vous pas à l’esprit que les paroissiens mormons font sûrement des sacrifices financiers pour édifier leur chapelle? Est-il difficile de croire que les Roms ne puissent pas être hébergés en d’autres bâtiments en une ville de la dimension de Grenoble! Rompre la trêve hivernale, là non plus il ne pas exagérer, car en relogeant les Roms en d’autres bâtiments, la trêve rompue se limite au temps du transport. Et là, il ne serait guère possible de parler de rupture de trêve! Non, je ne trouve rien d’immoral en cette situation, je suis désolé! Et comme précision je n’appartient pas à l’Eglise Mormone et n’ai donc aucune raison particulière de prendre leur défense, mais si le temple où j’avais l’habitude de me rendre était squatté, ce ne serait pas pour me plaire particulièrement! Sur ce, je souhaîte que les Roms puissent trouver un autre lieu d’hébergement.

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