Devant le rectorat, une centaine de manifestants dénoncent les E3C et les opérations de police dans les lycées

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FOCUS – Rassemblement devant le rectorat de Grenoble mercredi 5 février, où enseignants de lycée, élèves… et Gilets jaunes ont dénoncé les interventions policières dans plusieurs établissements de l’académie. Mais aussi le principe des épreuves communes du contrôle continu (E3C), à l’origine d’une contestation très suivie sur l’académie de Grenoble et plus particulièrement en Isère.

 

 

Des jeunes et moins jeunes à genoux face à des sur­veillants en tenue de CRS : la scène jouée devant le rec­to­rat de Grenoble ce mer­credi 5 février ne man­quait pas de mor­dant. Et pour cause, cette paro­die des E3C (épreuves com­munes du contrôle continu) met­tait les can­di­dats aux prises avec des sujets… inci­sifs. Philosophie : « La liberté est-elle une valeur enca­drée de bleu marine ? » Histoire : « La Révolution fran­çaise, 2019 – 2020 ». Ou espa­gnol : « Viva Francisco Franco ! Viva Augusto Pinochet ! Viva la demo­cra­cia ! »

 

Élèves à genoux et surveillants en uniforme : les E3C mis en scène par les manifestants © Florent Mathieu - Place Gre'net

Élèves à genoux et sur­veillants en uni­forme : les E3C mis en scène par les mani­fes­tants. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Objectif : dénon­cer les récentes inter­ven­tions des forces de l’ordre devant ou à l’in­té­rieur des éta­blis­se­ments sco­laires mobi­li­sés contre les E3C. Une mise en scène qui a fait rire, par­fois jaune, les per­sonnes ras­sem­blées à l’ap­pel de plu­sieurs syn­di­cats. Enseignants, lycéens… et Gilets jaunes étaient ainsi près de 150 devant un rec­to­rat soi­gneu­se­ment bou­clé pour l’oc­ca­sion et recou­vert de slo­gans hos­tiles à la réforme du bac et au ministre de l’Éducation natio­nale.

 

 

« Une explosion d’inégalités entre établissements »

 

Si la say­nète se veut outran­cière, elle n’en est pas moins un reflet de la vérité, estime la co-secré­taire dépar­te­men­tale FSU de l’Isère Anne-Marie Guillaume en pre­nant la parole. Des CRS au lycée Vaucanson de Grenoble, des gen­darmes au lycée Bergès de Seyssinet-Pariset et même des poli­ciers muni­ci­paux au lycée Curie d’Échirolles… La syn­di­ca­liste égraine ce qu’elle consi­dère comme une répres­sion orga­ni­sée contre la contes­ta­tion syn­di­cale.

 

Le Rectorat de Grenoble était bouclé... et redécoré à l'image de la contestation © Florent Mathieu - Place Gre'net

Le rec­to­rat de Grenoble était bou­clé… et redé­coré à l’i­mage de la contes­ta­tion. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Mais les inter­ven­tions poli­cières ne sont pas le seul sujet de colère. En toile de fond, ce sont évi­dem­ment les épreuves elles-mêmes qui sus­citent l’in­di­gna­tion. « Les équipes péda­go­giques et les orga­ni­sa­tions syn­di­cales alert[ai]ent la rec­trice depuis des mois sur les nom­breux dys­fonc­tion­ne­ments qu’al­lait géné­rer la mise en place des E3C », affirme ainsi Anne-Marie Guillaume. Pour qui la suite des évé­ne­ments lui a donné rai­son.

 

En cause ? La lour­deur du dis­po­si­tif et le manque de temps pour l’or­ga­ni­ser dans les éta­blis­se­ments, qu’il s’a­gisse de pré­pa­ra­tion, de sur­veillance ou de cor­rec­tion. Mais aussi des sujets révé­lés trop tar­di­ve­ment, par­fois en inadé­qua­tion avec la pro­gres­sion des notions trai­tées en cours, une ano­ny­mi­sa­tion des copies impar­faite… et même des fuites en ligne. « C’est une explo­sion d’i­né­ga­li­tés de pas­sage entre éta­blis­se­ments ! », fus­tige la syn­di­ca­liste.

 

 

Un zéro pointé en cas de grève des E3C ?

 

De quoi entraî­ner un rejet impor­tant des épreuves sur l’a­ca­dé­mie de Grenoble et plus par­ti­cu­liè­re­ment en Isère où, affirme Anne-Marie Guillaume, la moi­tié des lycées ont orga­nisé des actions contre les E3C. Avec, à la clé, non seule­ment par­fois des opé­ra­tions poli­cières, mais aussi des pres­sions sur les per­son­nels gré­vistes. Ou la menace de cer­tains chefs d’é­ta­blis­se­ment de col­ler un zéro pointé aux élèves fai­sant la grève de l’exa­men.

 

Un rassemblement très suivi © Florent Mathieu - Place Gre'net

Un ras­sem­ble­ment très suivi. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

« Nous nous retrou­vons face à une situa­tion déli­rante et sidé­rante, où des jeunes vont pas­ser des épreuves qu’ils rejettent en grand nombre sous la contrainte de l’ad­mi­nis­tra­tion fai­sant appel aux forces de l’ordre ! », tance au micro la syn­di­ca­liste. Non sans fus­ti­ger (encore une fois) le ministre de l’Éducation natio­nale, pour qui les mani­fes­tants sont des « ven­ti­la­teurs à angoisse ». Réponse de l’as­sis­tance ? « Blanquer, démis­sion ! », scande-t-elle.

 

Les reven­di­ca­tions ? D’une part, « l’arrêt des menaces, des inti­mi­da­tions et la levée de toutes les sanc­tions envi­sa­gées ». D’autre part, une refonte des E3C en « épreuve natio­nale ter­mi­nale et ano­nyme ». Mais toutes celles et ceux qui pren­dront la parole n’ou­blie­ront pas de fus­ti­ger encore la réforme géné­rale des lycées, per­çue comme un vaste plan d’é­co­no­mies au détri­ment de la qua­lité et des mis­sions du ser­vice public de l’en­sei­gne­ment.

 

Florent Mathieu

 

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