Garde alternée : un petit groupe de militants en lutte à Grenoble contre la « justice sexiste »

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EN BREF – À l’occasion de la journée nationale de l’équité parentale, mercredi 16 mai, des rassemblements ont été organisés dans plusieurs villes de France pour réclamer une généralisation de la garde alternée des enfants de parents séparés. À Grenoble, c’est devant le palais de justice que des militants de l’association Père Enfant Mère s’étaient donné rendez-vous. 

 

 

Action en faveur de la garde alternée par des militants de Père Enfant Mère à Grenoble le 16 mai 2018. C Samuel Ravier-Regnat

Action en faveur de la garde alter­née par des mili­tants de Père Enfant Mère à Grenoble le 16 mai 2018. © Samuel Ravier-Regnat

Malgré le soleil de midi, le public n’est pas venu nom­breux au ras­sem­ble­ment convo­qué par l’as­so­cia­tion Père Enfant Mère devant le palais de jus­tice de Grenoble. Seuls trois mili­tants avec leur ban­de­role ainsi que deux per­sonnes ayant répondu à l’ap­pel avait fait le dépla­ce­ment.

 

Président de Père Enfant Mère, asso­cia­tion de défense des droits des enfants et des parents depuis dix-huit ans, René Forney n’est pas sur­pris de cette faible affluence. « Les autres ont peur des repré­sailles », explique-t-il. À l’en croire, beau­coup de parents rechignent à s’af­fi­cher avec son asso­cia­tion par crainte de consé­quences néga­tives sur les pro­cès à venir.

 

Fondée en 1992, celle-ci est basée à Grenoble et compte une petite dizaine d’adhé­rents dans toute la France. Ce mer­credi 16 mai, elle par­ti­ci­pait à une jour­née natio­nale en faveur d’une géné­ra­li­sa­tion de la garde alter­née des enfants de parents sépa­rés. Entrée dans la loi en 2002, ce régime spé­ci­fique pré­voit que l’en­fant vive en alter­nance aux domi­ciles des deux parents, à durée équi­table de pré­fé­rence.

 

 

L’épanouissement de l’enfant en ligne de mire

 

Travaux scien­ti­fiques à l’ap­pui, en par­ti­cu­lier ceux du psy­cho­logue et pro­fes­seur à l’Université Grenoble-Alpes Gérard Poussin, les mili­tants ne tarissent pas d’ar­gu­ments pour cla­mer que la rési­dence alter­née est la meilleure solu­tion pour garan­tir l’é­pa­nouis­se­ment des enfants. Ceux béné­fi­ciant de ce mode de garde, disent-ils, seront moins enclins à être malades ou à bas­cu­ler dans la délin­quance, le contact per­ma­nent avec les deux parents étant indis­pen­sable à l’é­qui­libre psy­chique de l’en­fant.

 

À mi-che­min entre l’hu­mour et la pro­vo­ca­tion, Pierre Besson va encore plus loin : « Nous sommes là pour évi­ter que vos enfants ne deviennent des ter­ro­ristes », lance-t-il. Et le res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion de Père Enfant Mère de rap­pe­ler que beau­coup des auteurs d’at­ten­tats qui ont sévi en France ces der­nières années ont grandi sans père, pour cause de divorce ou de décès.

 

Palais de justice de Grenoble © Chloé Ponset - Place Gre'net

Palais de jus­tice de Grenoble © Chloé Ponset – Place Gre’net

 

Seulement, la rési­dence alter­née n’est que très rare­ment appli­quée aujourd’­hui. Seuls 17 % des enfants de parents sépa­rés béné­fi­cient de ce mode de garde aujourd’­hui, contre 83 % pour la garde clas­sique. L’enfant passe alors un week-end sur deux et la moi­tié des vacances chez un parent, le reste du temps chez l’autre.

 

René Forney pointe la res­pon­sa­bi­lité de la jus­tice. Il accuse le « sys­tème judi­ciaire » de cher­cher à gar­der à tout prix les affaires fami­liales dans les tri­bu­naux (le plus long­temps pos­sible) à des fins de ren­ta­bi­lité et de pro­fits. « Il y a tout un busi­ness der­rière », répète-t-il. Ce dis­cours viru­lent envers la jus­tice s’ac­com­pagne d’une reven­di­ca­tion impor­tante : la dé-judi­cia­ri­sa­tion des déci­sions sur la garde alter­née.

 

 

Une justice sexiste ?

 

D’autre part, Père Enfant Mère reproche aussi aux juges d’ac­cu­mu­ler les sté­réo­types de genre et, par­tant, d’a­gir de manière dis­cri­mi­na­toire. Loin de favo­ri­ser l’é­ga­lité de trai­te­ment entre les sexes, la jus­tice fami­liale obéi­rait en effet aveu­glé­ment au sté­réo­type selon lequel une femme serait plus à même qu’un homme de gar­der un enfant, grâce à des qua­li­tés de sen­si­bi­lité et de dou­ceur qui seraient indis­so­ciables du sexe fémi­nin.

 

Action en faveur de la garde alternée par des militants de Père Enfant Mère à Grenoble le 16 mai 2018. © Samuel Ravier-Regnat - Place Gre'net

Pierre Besson et René Forney, pré­sident de Père Enfant Mère, lors de leur action en faveur de la garde alter­née à Grenoble le 16 mai 2018. © Samuel Ravier-Regnat – Place Gre’net

« La jus­tice est sexiste », assène René Forney, qui en veut pour preuve la garde clas­sique bien plus sou­vent accor­dée à la mère qu’au père. Ainsi, 71 % des enfants de parents sépa­rés résident prin­ci­pa­le­ment chez leur mère, contre 12 % chez leur père. « Pourtant, la com­pé­tence est la même pour le père et la mère », regrette Pierre Besson.

 

Thomas Goncalves par­tage cette ran­cœur. Lui n’est pas mili­tant à Père Enfant Mère. Il est sim­ple­ment venu par­ler et racon­ter son his­toire. Ce père de famille de 45 ans a obtenu la garde alter­née de ses deux enfants en 2013, mais il ne voit plus sa fille cadette depuis le mois de mars. Il a atta­qué son ex-épouse en jus­tice pour alié­na­tion d’en­fant. Sans beau­coup d’es­poir : « Je sais que je vais perdre, sou­pire-t-il, parce que je suis un père. » Les autres hochent la tête.

 

Samuel Ravier-Regnat 

 

 

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