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L’Archéoptéryx, pre­mier dino­saure à plumes, volait, révèle le syn­chro­tron de Grenoble

L’Archéoptéryx, pre­mier dino­saure à plumes, volait, révèle le syn­chro­tron de Grenoble

FIL INFO – L’Archéoptéryx pra­ti­quait le vol actif. Voilà ce qu’affirme, preuves à l’appui, une équipe inter­na­tio­nale de scien­ti­fiques dont font par­tie des cher­cheurs du syn­chro­tron euro­péen de Grenoble (ESRF). Une nou­velle pierre à l’édifice des connais­sances sur le plus ancien repré­sen­tant de la lignée des oiseaux modernes. Cette décou­verte majeure a été publiée dans la revue Nature Communications le 13 mars dernier.

Le voile est enfin levé sur une ques­tion qui fas­cine les paléon­to­logues depuis des décen­nies. L’emblématique Archéoptéryx, le plus ancien des dino­saures-oiseaux qui a vécu à la fin du Jurassique, il y a envi­ron 150 mil­lions d’années, était un ani­mal capable de voler. Et non pas, un dino­saure à plumes vivant sur terre.

ID19, ligne de lumière longue (150m) de l'ESRF, dédiée aux techniques d'imagerie en faisceau parallèle, et majoritairement à la microtomographie. © ESRF/Pascal Goetgheluck

ID19, ligne de lumière longue (150m) du syn­chro­tron gre­no­blois, dédiée aux tech­niques d’i­ma­ge­rie en fais­ceau paral­lèle, et majo­ri­tai­re­ment à la micro­to­mo­gra­phie. © ESRF/Pascal Goetgheluck

Comment les scien­ti­fiques ont-ils pu le déter­mi­ner ? Grâce aux tech­niques de pointe du syn­chro­tron euro­péen de Grenoble (ESRF).

Parmi elles, la micro­to­mo­gra­phie a été uti­li­sée pour scan­ner un fos­sile d’Archéoptéryx de Bavière* d’une valeur ines­ti­mable. Ainsi, tout en pré­ser­vant le fra­gile sque­lette, cette tech­nique a per­mis de col­lec­ter une mosaïque inédite de carac­tères anatomiques.

L’équipe scien­ti­fique inter­na­tio­nale** en charge de cette recherche les a ensuite com­pa­rés à ceux des oiseaux actuels. Il en res­sort des résul­tats paléon­to­lo­giques majeurs publiés dans la revue Nature Communications le 13 mars dernier.

L’Archéoptéryx volait sur de courtes distances

S’il était capable de se pro­pul­ser par ses mou­ve­ments d’ailes, l’Archéoptéryx ne pra­ti­quait pas le vol sur de longues dis­tances comme nombre d’oiseaux modernes, nous apprend tou­te­fois cette étude. Même si ses ailes res­sem­blaient à celles des vola­tiles actuels, sa struc­ture d’épaules était en effet incom­pa­tible avec un mou­ve­ment pro­longé de ces membres.

Fossile d'Archéoptéryx de Bavière. © ESRF/Pascal Goetgheluck

Fossile d’Archéoptéryx de Bavière. © ESRF/Pascal Goetgheluck

« Les ana­lyses ont démon­tré que les os d’Archéoptéryx res­sem­blaient plu­tôt à ceux d’oiseaux comme les fai­sans qui uti­lisent par­fois le vol battu pour fran­chir des bar­rières ou esqui­ver les pré­da­teurs, mais pas aux os d’oiseaux pla­nant sur de longues dis­tances, comme des oiseaux marins ou des rapaces », pré­cise Dennis Voeten, scien­ti­fique de l’ESRF, et auteur prin­ci­pal de l’étude.

Un résul­tat concor­dant avec les don­nées paléoen­vi­ron­ne­men­tales : « Nous savions que la région de Solnhofen, en Allemagne, était un archi­pel tro­pi­cal il y a 150 mil­lions d’années. Un tel envi­ron­ne­ment semble par­fai­te­ment adapté à l’utilisation d’un vol de rela­ti­ve­ment courte durée pour voya­ger d’île en île », cor­ro­bore Martin Röper, conser­va­teur au musée de Solnhofen, héber­geant plu­sieurs Archéoptéryx et co-auteur de l’étude.

Un vol dif­fé­rent de celui des oiseaux modernes

Néanmoins, l’exceptionnel ani­mal – le plus ancien repré­sen­tant connu de la lignée des avia­liens, qui com­prend les oiseaux actuels – ne pra­ti­quait pas le vol battu comme les fai­sans mais une forme aujourd’hui dis­pa­rue de vol actif. Pour preuve, « l’Archéoptéryx n’a­vait pas les adap­ta­tions pec­to­rales pour voler comme les oiseaux modernes, en par­ti­cu­lier le ster­num per­met­tant l’attache des muscles du vol, éga­le­ment appelé bré­chet », jus­ti­fie Dennis Voeten, avouant ne pas en savoir plus.

© ESRF / jocelyn chavy

© ESRF – Jocelyn Chavy

Les cher­cheurs vont donc conti­nuer d’étudier les fos­siles pour mieux com­prendre com­ment l’Archéoptéryx bat­tait des ailes. Et en apprendre du même coup davan­tage sur son mode de vie.

Cette décou­verte relance éga­le­ment la quête du plus ancien dino­saure volant. « En effet, nous savons main­te­nant que l’Archéoptéryx uti­li­sait ses ailes de façon active il y a 150 mil­lions d’an­nées, ce qui implique que le vol actif est apparu encore plus tôt chez les dino­saures ! », explique le pro­fes­seur Stanislav Bureš de l’Université Palacký à Olomouc, en République Tchèque.

Véronique Magnin

* Fossile issu des sédi­ments du Jurassique supé­rieur du sud-est de l’Allemagne. Les sque­lettes conser­vés dans des blocs de cal­caire ne révèlent qu’une par­tie de leur morphologie.

** L’équipe scien­ti­fique inter­na­tio­nale est com­po­sée de cher­cheurs de l’ESRF, de l’Université de Palacký en République tchèque, du CNRS et de Sorbonne Université 1, de l’Université D’Uppsala en Suède et du Musée de Solnhofen en Allemagne.

Véronique Magnin

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