Jean-Claude Killy : « En 1968, je me disais : si je pouvais être champion olympique, ce serait formidable… »

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TROIS QUESTIONS À… Jean-Claude Killy a marqué l’histoire des Jeux olympiques de Grenoble en décrochant pas moins de trois médailles d’or en ski à Chamrousse. Un demi-siècle plus tard, ce 6 février, l’ancien champion a assisté à la célébration du 50anniversaire de ces JO. “King Killy” compte sur le biathlète Martin Fourcade pour faire tomber son record lors des Jeux de PyeongChang en Corée du Sud, qui débutent le 9 février.

 

 

Place Gre’net – Comment vivez-vous ces célébrations des 50 ans des Jeux olympiques de Grenoble ? Qu’est-ce que ces JO ont apporté à la ville et aux habitants ? Ont-ils contribué à démocratiser la pratique du ski alpin, notamment dans les Alpes ?

 

Jean-Claude Killy : C’est un plai­sir énorme, vrai­ment, parce qu’il y a 50 ans il s’était passé quelque chose d’extraordinaire à Grenoble, pas seule­ment pour moi, mais pour la ville, pour le dépar­te­ment et pour la France. Ces Jeux ont été une superbe réus­site, recon­nue comme telle par le CIO [comité inter­na­tio­nal olym­pique, ndlr]. Cela a été une rup­ture. Il y a eu les Jeux avant Grenoble et après Grenoble. Ils ont été cha­leu­reux, sou­riants, inno­vants.

 

Jean-Claude Killy à Chamrousse lors des Jeux olympiques de Grenoble en 1968. © Chamrousse

Jean-Claude Killy à Chamrousse lors des Jeux olym­piques de Grenoble en 1968. © Chamrousse

 

Je pense que les Grenoblois sont très contents d’avoir eu les Jeux, que l’on parle d’eux en ce moment et qu’ils consi­dèrent qu’ils ont apporté beau­coup à la ville, en dur. Je veux par­ler du contour­ne­ment de la ville, de la gare qui a été sor­tie du centre-ville pour être pla­cée dans un endroit plus adé­quat, de la construc­tion de la mai­rie, etc. La ville a fait un bond en avant consi­dé­rable.

 

« Les Jeux de Grenoble ont mis la France au sens large

sur la carte des pays où l’on faisait bien du ski »

 

Le maire de Grenoble [Éric Piolle, ndlr] a indi­qué qu’il y avait eu presque immé­dia­te­ment 60 000 habi­tants de plus. Ce n’est pas mal. C’est grâce à l’olympisme. En tant qu’ancien membre du CIO, je suis très content.

 

Les Jeux de Grenoble ont mis la France au sens large sur la carte des pays où l’on fai­sait bien du ski. Cela inclut les Pyrénées, les Savoie, évi­dem­ment l’Isère, tous ceux qui avaient un pro­gramme à pro­po­ser mais qui n’avaient pas les moyens de le média­ti­ser. Le CIO en attri­buant les Jeux olym­piques à Grenoble y a contri­bué. C’est plu­tôt sympa.

 

 

Vous imaginiez-vous, il y a 50 ans, repartir de Grenoble avec trois médailles d’or ? Qu’est-ce que ces JO ont changé pour vous ?

 

Jean-Claude Killy : Non, je ne m’imaginais pas du tout rem­por­ter trois titres. Quand je suis arrivé avec ma petite bagnole à Grenoble, je me disais : “Si je pou­vais être cham­pion olym­pique, ce serait for­mi­dable !”

 

Jean-Claude Killy et Marielle Goitschel ont été les héros français des Jeux de Grenoble. Photo Presseports. © Chamrousse

Jean-Claude Killy et Marielle Goitschel ont été les héros fran­çais des Jeux de Grenoble. Photo Presseports. © Chamrousse

J’étais déjà cham­pion du monde. Cela s’est très bien enchaîné. Il y avait une période for­mi­dable. Nous avions une équipe abso­lu­ment extra­or­di­naire.

 

Le ski est un sport indi­vi­duel mais si vous n’avez pas une équipe très forte, vous n’y arri­vez pas. C’est une dis­ci­pline extrê­me­ment com­pli­quée. Nous avions besoin des uns et des autres. La pre­mière médaille d’or en poche [en des­cente, en l’emportant de huit cen­tièmes devant Guy Périllat, ndlr], les deux autres [en géant et en sla­lom] ont été un peu plus faciles [à gagner, ndlr].

 

 

« Grenoble m’a ancré dans le sport pour la suite de ma carrière sportive »

 

Ces Jeux ont été le démar­rage de quelque chose d’autre. Grenoble m’a ancré dans le sport pour la suite de ma car­rière spor­tive parce que je ne vou­lais plus faire de ski [il a fait ensuite de la course auto­mo­bile, ndlr].

 

Le fil rouge de toute ma car­rière – je l’ai décou­vert il y a peu de temps – c’est quand même le sport, que ce soit dans le mar­ke­ting, quand j’étais au conseil d’administration de dif­fé­rentes entre­prises, quand je me suis occupé de dif­fé­rents cham­pion­nats du monde en Savoie ou quand j’étais pré­sident de la société du Tour de France et du Paris-Dakar [Amaury Sport Organisation (ASO), ndlr]… Je me suis bien amusé mais je ne crois pas que cela se serait pro­duit de cette manière-là sans Grenoble.

 

 

Comment jugez-vous l’organisation des Jeux en Corée du Sud ? Quel regard portez-vous sur la génération actuelle de skieurs français et sur le biathlète Martin Fourcade dont le public attend qu’il brille ?

 

Jean-Claude Killy : J’ai reçu un sms du secré­taire géné­ral du CIO qui m’a dit : “C’est très chaud ici et il fait très froid”. Cela veut dire que ce n’est jamais facile de gérer les Jeux olympiques.Il faut à l’avenir que nous nous occu­pions impé­ra­ti­ve­ment des pro­blèmes que ren­contre l’olympisme.

 

Jean-Claude Killy à Grenoble le 6 février 2018. © Laurent Genin

Jean-Claude Killy à Grenoble le 6 février 2018. © Laurent Genin

Dans toute sa splen­deur, dans toutes ses valeurs, il a quand même des points faibles : le gigan­tisme et le dopage évi­dem­ment. Même les plus belles idées ne tiennent pas si nous ne les entre­te­nons pas.

 

Nous pou­vons nous attendre à des Jeux superbes parce que les Sud-Coréens ont fait un tra­vail for­mi­dable, avec beau­coup de cœur. Ce sera la célé­bra­tion des Jeux olym­piques.

 

 

« Martin Fourcade est un athlète et un homme extraordinaire »

 

Je pense que les skieurs fran­çais ont de fortes chances de médailles, notam­ment Tessa Worley [en géant, ndlr] et pour­quoi pas Alexis Pinturault [en sla­lom, en géant ou en com­biné, épreuve com­pre­nant une des­cente et un sla­lom].

 

Martin Fourcade fait l'admiration du triple médaillé d'or olympique. © Wikipedia

Martin Fourcade fait l’ad­mi­ra­tion du tri­plé médaillé d’or olym­pique. © Wikipedia

Vous savez les courses d’un jour ne sont jamais jouées à l’avance. Si vous pre­nez l’histoire du sla­lom de tous les Jeux olym­piques d’hiver qui ont eu lieu, ce n’est qua­si­ment jamais le favori qui gagne. Cela laisse donc la porte ouverte à ceux qui ne s’appellent pas Marcel Hirscher [favori, l’Autrichien est le deuxième skieur le plus vic­to­rieux de tous les temps]. Il est du niveau d’Hirscher, donc cela va mar­cher à un moment ou un autre.

 

Concernant Martin Fourcade, j’ai un regard bien­veillant, de frère, de père, avec toute l’admiration que j’ai pour un ath­lète capable de per­son­ni­fier son sport de cette belle manière, c’est-à-dire avec du recul, sans pré­ten­tion, en aidant tout le monde et en ne se pre­nant pas pour quelqu’un d’autre. C’est un ath­lète et un homme extra­or­di­naire.

 

Il ne peut que briller lors de ces Jeux. Il doit prendre mon record [trois médailles d’or], je le lui donne. Est-il capable d’en décro­cher quatre ? Je crois vrai­ment qu’il peut le faire, bien sûr. Il suf­fit que les choses tournent bien pour lui.

 

Propos recueillis par Laurent Genin

 

 

MC2 - Saison 2020-21
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