Incertitude financière, malaise managérial… La grève à la MC2 reconduite jusqu’à lundi

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REPORTAGE – Les salariés de la MC2 ont reconduit, vendredi 15 décembre, le mouvement de grève entamé mercredi matin, après de nouvelles négociations infructueuses avec la direction dans l’après-midi. Trente-quatre des cinquante-cinq membres du personnel avaient alors débrayé, dénonçant pêle-mêle les mauvais résultats financiers, les méthodes de management de la direction et la dégradation du dialogue social et des conditions de travail. Un mouvement qui a entraîné l’annulation des deux spectacles programmés vendredi soir. 

 

⇒ Temps de lecture : 13 – 16 min

 

Les sala­riés gré­vistes dis­tri­buent aux spec­ta­teurs des tracts expli­quant les rai­sons de leur mou­ve­ment, jeudi soir. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Accrochée au fron­ton du bâti­ment, sur le par­vis de la Maison de la culture, la ban­de­role noire siglée “MC2 en grève” aimante les regards.

 

Faisant les cent pas autour, munis de leur pile de tracts, plu­sieurs sala­riés de la MC2 inter­ceptent à tour de rôle les pre­miers spec­ta­teurs, ce jeudi 14 décembre au soir.

 

Pour ces der­niers, c’est d’a­bord la douche froide : jouée dans une ver­sion a minima mer­credi soir, la pièce Sombre Rivière, écrite et mise en scène par Lazare, est pure­ment et sim­ple­ment annu­lée cette fois-ci. Mais pas­sés les pre­miers signes de décep­tion, les expli­ca­tions du per­son­nel sus­citent, dans la plu­part des cas, la com­pré­hen­sion, voire l’ap­pro­ba­tion du public. Trente-quatre des cin­quante-cinq sala­riés de la MC2 sont en effet en grève depuis mer­credi. Un mou­ve­ment qu’ils ont décidé de recon­duire ven­dredi soir, faute d’ac­cord avec la direc­tion.

 

 

Une situation financière « périlleuse »

 

Si leurs griefs sont aussi mul­tiples que variés, le malaise, rela­ti­ve­ment ancien, résulte d’une « situa­tion interne pro­blé­ma­tique depuis de nom­breuses années », selon une gré­viste. Premier point, un cli­mat d’in­cer­ti­tude finan­cière devenu très « pré­oc­cu­pant », avec un « défi­cit crois­sant ayant atteint un tel niveau que se pose la ques­tion des emplois », pour­suit celle-ci.

 

Fin 2016, un rap­port de la Cour régio­nale des comptes poin­tait déjà la situa­tion finan­cière « fra­gile » de la MC2, concluant que la prio­rité devait être don­née à la « résorp­tion du défi­cit ». Une pro­messe que le direc­teur Jean-Paul Angot – ancien direc­teur adjoint, nommé fin 2012 et réélu en jan­vier 2017 – s’é­tait engagé à tenir auprès des auto­ri­tés de tutelle de la struc­ture (Ville, Métropole, Département, Région, État).

 

MC2, Maison de la culture de Grenoble © Chloé Ponset - Place Gre'net

Passée en jan­vier der­nier sous le giron de la Métropole, la MC2 se trouve dans une situa­tion finan­cière dif­fi­cile, avec un défi­cit estimé à 432 000 euros en 2016. © Chloé Ponset – Place Gre’net

 

En 2016, le défi­cit était estimé à 432 000 euros, pour un bud­get glo­bal de 10 mil­lions d’eu­ros pro­ve­nant à 65 % de finan­ce­ments publics. Problème : si ce défi­cit venait à dépas­ser les 6 % du bud­get (soit 600 000 euros), cela jus­ti­fie­rait un plan social. Une véri­table épée de Damoclès ali­men­tant les craintes du per­son­nel.

 

« La direc­tion nous dit qu’on est loin des 6 %, qu’il n’y aura pas de plan social, mais en même temps, elle nous dit qu’elle ne connaît pas le défi­cit réel de la mai­son », s’a­gace Nejib Maaroufi, délé­gué syn­di­cal SYNPTAC-CGT (Syndicat natio­nal des pro­fes­sion­nels du théâtre et des acti­vi­tés cultu­relles). Inquiètes, les ins­tances repré­sen­ta­tives du per­son­nel ont décidé d’exer­cer leur droit d’a­lerte éco­no­mique, mer­credi, à l’is­sue d’un comité d’en­tre­prise extra­or­di­naire.

 

D’après cer­tains gré­vistes, l’élé­ment déclen­cheur est inter­venu à l’oc­ca­sion « d’un des der­niers comi­tés d’en­tre­prise, lorsque la direc­tion a évo­qué la situa­tion finan­cière “périlleuse” de la MC2. Ce mot-là a été la goutte d’eau qui a fait débor­der le vase et a déclen­ché beau­coup d’in­quié­tude. Suite à cela, il y a eu une demande du CE [comité d’en­tre­prise, ndlr] pour orga­ni­ser une réunion d’ur­gence et en savoir un peu plus : que veut dire “périlleux”, pour­quoi la situa­tion est-elle périlleuse main­te­nant ? Est-ce que ça veut dire licen­cie­ments, pro­blème de masse sala­riale, défi­cit qui se creuse ? »

 

 

« Les conditions ont commencé à se dégrader avec l’arrivée de la nouvelle direction »

 

Pour les sala­riés, l’in­quié­tude est d’au­tant plus vive qu’aux dif­fi­cul­tés finan­cières s’a­joute une dégra­da­tion des condi­tions de tra­vail, qua­li­fiées de « déplo­rables » par Nejib Maaroufi. Un phé­no­mène qui « date déjà de quelques années », affirme une gré­viste.

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