Les tirs de loups mettent en péril la survie de l’espèce à long terme

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FOCUS – Dans un rapport rendu fin mars, des spécialistes de l’Office national de la chasse et du Muséum national d’histoire naturelle plaident pour une gestion adaptative de la population de loups en France. Alors que, depuis 2013, les tirs de prélèvements se traduisent par une légère diminution du nombre de loups, ce panel d’experts met en garde les pouvoirs publics : le prélèvement actuel d’une quarantaine de loups par an met en danger l’espèce à long terme.

 

 

 

©Serge-Montagnon

© Serge-Montagnon

Les tirs de pré­lè­ve­ment des­ti­nés à régu­ler le nombre de loups menacent-ils l’espèce ? Alors que la France a auto­risé l’abattage de 36 loups pour la sai­son 2016 – 2017 – sai­son qui s’achève le 30 juin pro­chain –, une exper­tise scien­ti­fique jette un pavé dans la mare.

 

Non seule­ment tuer le loup pour réduire les attaques ne semble pas effi­cace, mais cette “ges­tion” met en péril la sur­vie de l’espèce dans l’Hexagone, plaident ses auteurs, l’Office natio­nal de la chasse et de la faune sau­vage (ONCFS) et le Muséum natio­nal d’histoire natu­relle (MNHN).

 

Commandée par la secré­taire d’État à la Biodiversité Barbara Pompili afin d’évaluer la situa­tion à l’horizon 2025 – 2030 et à long terme du loup gris en France, cette étude appro­fon­die ne va guère dans le sens des der­nières mesures et décla­ra­tions de la ministre de tutelle. Depuis plu­sieurs mois, Ségolène Royal caresse en effet les éle­veurs dans le sens du poil.

 

 

 

Une brigade d’abattage autorisée par Ségolène Royal

 

 

Ainsi, la ministre a‑t-elle donné son feu vert, il y a un an, à la mise en place d’une bri­gade d’abattage dans l’Aveyron et en Lozère. En même temps qu’elle récla­mait, sans suc­cès, des ins­tances euro­péennes, un déclas­se­ment par­tiel du loup, espèce stric­te­ment pro­té­gée par la Convention de Berne…

 

Ségolène Royal à Grenoble le 9 février 2017 avec Bernard Cazeneuve pour la signature du pacte métropolitain d'innovation.

Ségolène Royal, à Grenoble le 9 février 2017, a mis en place une bri­gade d’abattage de loups dans l’Aveyron et en Lozère. © Patricia Cerinsek

La ministre a‑t-elle tout faux ? La poli­tique conduite ces der­nières années ne semble, en tout cas, pas prendre la bonne direc­tion pour tenir ce qui reste l’ob­jec­tif numéro : la conser­va­tion de l’espèce. Les spé­cia­listes ont cal­culé le taux à par­tir duquel une popu­la­tion de loup décline. Au-delà d’une mor­ta­lité de 34 %, la via­bi­lité de l’espèce est sérieu­se­ment com­pro­mise. Que la ten­dance se main­tienne et c’est même l’extinction assu­rée.

 

Le loup a colo­nisé la France jusqu’en 2013. Jusqu’à cette date, son taux de mor­ta­lité, de 22 %, a per­mis à ses effec­tifs de croître. Jusqu’aux tirs de pré­lè­ve­ments. Depuis trois ans, le nombre d’a­bat­tages auto­ri­sés est passé de quelques indi­vi­dus à une qua­ran­taine chaque année. Et la popu­la­tion de loups a com­mencé à régres­ser. De 301 en 2014, elle est ainsi pas­sée à 282 en 2015, d’après les chiffres de l’Office natio­nal de la chasse et de la faune sau­vage. « Sur la période 2014 – 2016, l’ensemble des causes de mor­ta­lité cumu­lées pour­rait repré­sen­ter un total de 34 % », note le rap­port.

 

 

 

Les tirs jugés peu efficaces pour réduire les attaques de troupeaux

 

 

Et demain ? « Si cette poli­tique devait entraî­ner une sta­bi­lité des effec­tifs, elle indui­rait l’impossibilité d’atteindre les objec­tifs de via­bi­lité géné­tique à long terme au sein du seul ter­ri­toire fran­çais », pointent les auteurs de l’étude, qui recom­mandent une ges­tion adap­ta­tive de la conser­va­tion de la popu­la­tion fran­çaise de loups.

 

© Gourdol-Max-ONCFS

© Gourdol-Max-ONCFS

« Si la société accepte les tirs de loups comme un des outils de ges­tion des dégâts sur les trou­peaux domes­tiques […], l’un des enjeux est de déci­der com­ment effec­tuer ces pré­lè­ve­ments sans enga­ger la via­bi­lité de la popu­la­tion. »

 

Si les auteurs de l’étude ne repoussent pas les mesures d’abattage, ils res­tent scep­tiques quant à leur effi­ca­cité. Manque de recul ? « Il est clair que le nombre de loups pou­vant être reti­rés de la popu­la­tion ne pour­rait à lui seul modu­ler les niveaux d’attaque sur le long terme. A par­tir de tra­vaux récents en éco­lo­gie de la faune et en sciences sociales, Bergstrom sug­gère que les méthodes non létales pour réduire les dégâts sur les trou­peaux seraient plus effi­caces et plus jus­ti­fiables que les tirs de pré­da­teurs. Nous ne pou­vons qu’encourager les approches com­plé­men­taires […] »

 

Ce n’est pas la pre­mière fois qu’un rap­port doute de l’efficacité des mesures mises en place. Dans un rap­port rendu en jan­vier 2016, le Conseil scien­ti­fique du patri­moine natu­rel et de la bio­di­ver­sité se disait scep­tique quant à l’efficacité des sys­tèmes de pro­tec­tion des trou­peaux comme des tirs de pré­lè­ve­ment.

 

« Tuer un loup qui n’a jamais atta­qué un trou­peau ne résout rien car on ignore son sta­tut au sein de la meute et, par consé­quent, son com­por­te­ment vis-à-vis des trou­peaux à pro­té­ger, notait le rap­port. Si l’animal est domi­nant, la meute se désor­ga­nise avec can­ton­ne­ment de ses membres et un sérieux risque d’attaques dans des sec­teurs non tou­chés jusque-là. »

 

 

Patricia Cerinsek

 

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Commentaires 3
  1. « « Tuer un loup qui n’a jamais atta­qué un trou­peau ne résout rien car on ignore son sta­tut au sein de la meute  »
    Soit il y a 290 loups en France pour 2800 attaques et je ne vois pas quels sont les loups qui n’at­taquent pas les trou­peaux, soit il y a beau­coup beau­coup de loup et cer­tains n’at­taques pas les trou­peaux. Mais tout cela n’est pas très clair et tou­jours bien orienté.

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  2. D’après les auteurs de cette étude qui sont tous des mili­tants pros loups, il fau­drait en France 5000 loups adultes soit envi­ron 7000 loups pour une popu­la­tion géné­ti­que­ment viable.
    Un loup a besoin en moyenne de consom­mer chaque jour 17% de son poids en viande, soit 4 à 5 kg pour un loup euro­péen, soit 20 tonnes de bio­di­ver­sité par jour sans comp­ter les reste et les repas des lou­ve­teaux !
    Il existe d’autres études qui affirment la même choses avec des chiffres 50 fois moins éle­vés, mais chut. L’ensauvagement à n’im­porte quel prix prime sur la rai­son.
    Je me tiens à la dis­po­si­tion du jour­nal pour des don­nées publiée par des scien­ti­fiques neutres et com­pa­tibles avec la nature anthro­pi­sée d’un pays à forte den­sité humaine.

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    • PC

      03/04/2017
      9:55

      Merci pour votre com­men­taire. Doit-on taxer l’ONCFS – car j’i­ma­gine que c’est à elle que vous faites réfé­rence – de par­tia­lité ? Merci de nous com­mu­ni­quer vos coor­don­nées et les don­nées que vous men­tion­nez, publiées par des « scien­ti­fiques neutres », à l’a­dresse de la rédac­tion : redaction@placegrenet.fr

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